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lundi 23 mai 2011

Train de nuit pour Munich- Night Train to Munich, Carol Reed (1940)


Le 3 septembre 1939 à Prague — juste avant la déclaration de guerre —, le professeur Axel Bomasch, inventeur d'un procédé de blindage, ne voulant pas que sa trouvaille tombe aux mains de l'Allemagne nazie, parvient à s'enfuir à Londres, mais laisse derrière lui sa fille Anna, arrêtée par la Gestapo et envoyée en camp de concentration. Là, elle rencontre Karl Marsen, prisonnier comme elle. Ils parviennent à s'évader et à gagner Londres à leur tour. Par l'intermédiaire d'un agent des services secrets britanniques, Gus Bennett, la jeune femme retrouve son père, mais Karl, en réalité un officier nazi, kidnappe les Bomasch qui sont transférés à Berlin. Gus se rend alors dans la capitale du Reich, sous l'identité d'un officier allemand du Génie — il est germanophone —, pour tenter de ravir Anna et le professeur à la Gestapo et de les ramener en Angleterre...

Un Reed très mineur mais pas désagréable puisque si l'on ressent aisément ses objectifs de film de propagande la décontraction et le rythme enlevé de l'ensemble offre un bon moment. On peut même parler d'exercice Hitchcockien revendiqué puisque l'accumulation des péripéties invraisemblables rappelle grandement les extravagances dont le Maître du Suspense se plaît à truffer ses intrigues. Plus précisément c'est à Une Femme disparaît que l'on pense ici puisqu'on en retrouve l'interprète principale Margaret Lockwood, le cadre du train et surtout le duo de scénaristes Sidney Gilliat et Frank Launder qui en signent une intrigue voisine où ils replacent même le duo de personnages comiques Charters et Caldicott incarné par Basil Radford et Naunton Wayne.

L'intrigue dépeint donc une course poursuite et un jeu de faux semblants entre nazis et anglais pour s'assurer les connaissances d'un savant tchèque et de sa fille. Si le début alignant les images oppressantes de la mainmise nazie progressive sur l'Europe donne dans la gravité, c'est vraiment par sa tonalité presque légère que le film surprend. D'abord par la double face de ses héros masculins, Paul Heinreid avec son allure athlétique a tout du héros en puissance avant que l'on déchante grandement à son sujet et à l'inverse Rex Harrison tout en décontraction paraît bien inoffensif en agent dissimulé en chanteur populaire.

Ce relâchement de l'ensemble peut également jouer contre le film puisque tout les éléments sont là pour susciter un suspense au cordeau et que finalement la tension ne se fait guère sentir malgré quelques rebondissements bien amenés.

On se raccrochera donc au rythme enlevé (il y aurait de quoi nourrir au moins 2 ou 3 films avec ce qui se déroule ici en 90 minutes), la mise en scène élégante de Reed (qui a bénéficié de gros moyens le temps de quelques séquences spectaculaires ou de décors impressionnants comme les maquettes de l'usine tchèque, l'intérieur du QG de la Gestapo) et d'un Rex Harrison épatant en espion précieux et insouciant (pour un peu James Bond n'est pas loin dans certaines de ses attitudes).

Le final spectaculaire en téléphérique fait son petit effet (malgré là encore cette mollesse et manque de tension qu'on peut déplorer) annonçant une scène proche du futur Quand les aigles attaquent et conclu de manière satisfaisante cette production peu mémorable (dans ce mélange de tension et de second degré Reed fera bien mieux plus tard notamment Notre Homme à la Havane) mais sympathique.

Sorti en dvd zone chez Critérion et doté de sous-titres anglais

Extrait

14 commentaires:

  1. Pour ce film, des ressemblances avec "Une femme disparaît" d'Hitchcock. POur "Notre agent à la Havane", des ressemblances avec " 5 Fingers" de Mankiewicz. POur "Le 3e Homme", des images à la Welles... etc. etc.
    Carol Reed ne serait-il pas seulement qu'un formidable faussaire ? Un imitateur bluffant?
    L.F.

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    1. Pour les "Images à la Welles" du "Troisième Homme" (1949), je vous invite à revoir "Huit heures de sursis" (1947). Tout le style expressionniste attribué à Welles y est déjà. Les pavés mouillés la nuit, les ombres désarticulées sur les murs, le personnage traqué et surtout, ce qui fait penser à Welles, l'emploi de focales courtes.

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  2. Pour "Train de nuit pour Munich" les similitudes viennent surtout des scénaristes Sidney Gilliat et Frank Launder (passés brillamment en duo à la mise en scène par la suite j'ai évoqués certain de leur film sur le blog) qui recyclent des éléments communs dans leur 2 scripts. "Pour Notre agent à la Havane" et "5 Fingers" tout est déjà dans le roman de Grahame Green et en fait l'ironie est un peu inversée : chez Mankiewicz on s'amuse que les nazi n'utilisent pas d'informations bien réelles et cruciale alors que Notre agent à la Havane s'amuse de la crédulité des anglais pour des informations fausses et grotesque (le coup de l'arme secrète en forme d'aspirateur quel fou rire je ne m'en suis pas remis ^^).

    Reed à une patte tout à fait personnelle même "Le Troisième Homme" qu'on attribue trop faussement à Orson Welles parfois c'est du pur Carol Reed quand on connaît sa filmo.

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  3. Oui, j'avais lu le bouquin de Graham Greene avant de voir le film. Le film m'a un peu ennuyée, notamment parce que j'étais au courant du coup de l'aspiro (mais pas seulement pour ça, bien sûr) . En revanche, ce qui me fait rire chaque fois, c'est le gag récurrent de Noël Coward suivi-précédé-flanqué par les musiciens cubains lorsqu'il marche dans la rue...
    Je suis d'accord avec vous: le 3e Homme est bel et bien un film de C. Reed mais... il reste bel et bien aussi une copie d'un film de Welles. Aussi mortellement ennuyeux que certains Welles en tout cas (Arkadin, Amberson, Citizen Kane. J'exclue "La Soif du mal" que j'adore).
    "Odd Man Out", quant à lui, me fait penser à un pastiche de Fritz Lang.
    Je sais bien que les scénaristes de "Lady Vanishes" sont les mêmes que "Night train to Munich"... Mais, justement, pour copier un tableau de maître, on utilise les mêmes couleurs, le même matériel, n'est-ce pas.
    De Carol Reed, j'aime beaucoup "Trapèze"... qui ressemble à du Hathaway ! Ainsi que l'excellent "Oliver!" qui pourrait être du George Cukor ou Robert Wise des années 60.
    Ce que je veux dire (et qui n'engage que moi, bien évidemment) c'est que Carol Reed est un bon réalisateur mais sans style, sans "patte" particulière. Néanmoins, comme il a une façon souple et brillante de se glisser dans ses " à la manière de", il fait merveilleusement illusion et ça, c'est déjà admirable de savoir faire ça! LF

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  4. Je pense quand même qu'on a trop facilement tendance à attribuer une influence à Welles dès qu'il est au casting sans que ça soit forcément vrai. J'avais moi-même fait cette erreur en voyant l'adaptation de Jane Eyre par Robert Stevenson mais en découvrant d'autre films du réalisateur comme le mélo "Coeur insondable" avec Robert Mitchum et Ava Gardner on voyait que c'était bien son style propre qu'on avait injustement attribué à Welles.
    Pareil pour Norman Foster pour "Voyage au pays de la peur" dont les films noir ont déjà tout les effets dont on a cru Welles responsable sur le tournage. Ca serait limite plutôt Welles qui se serait inspiré de lui !

    Reed a un registre assez varié pas cantonné à un genre ou style de film c'est peut être pour ça que vous avez ce sentiment mais vraiment autant au niveau des thèmes (l'homme courant avec acharnement à son autodestruction dans Outcast of the Islands et Odd man out) ou du style visuel baroque et marqué (il n'y avait pas que Welles qui faisait cela à l'époque) je lui trouve une vraie identité.

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  5. Non, je vous assure qu'en ce qui me concerne, je ne mets pas de l'influence Welles dès qu'il y a la présence de Welles dans un film. Je pense être assez pointue sur le sujet. Je ne confonds ni Norman Forster ni Stevenson avec Welles (d'autant que, outre quelques polars noirs bien serrés, Forster est l'auteur de pas mal des Zorro télé pour lesquels je garde une tendresse éternelle et inconditionnelle). Donc, je crois honnêtement faire la part des choses. Mon opinion sur Reed n'a rien à voir avec la variété de ses thèmes ou ses genres de films. On peut être "varié" et "avoir du style", l'un n'emp^che pas l'autre. Au contraire. Pour exemple, la patte d'un Howard Hawks est parfaitement, immédiatement, définitivement reconnaissable (dans sa manière de raconter une histoire, ses dialogues, sa façon de filmer, son abord des personnages, etc) qu'il filme une comédie musicale, un western, un film noir ou une screwball.
    Je persiste et signe: c'est loin d'être le cas de Reed qui me semble surtout un pasticheur de talent.
    Lisa Fremont.
    PS: j'aime beaucoup Le Banni des Iles, moi aussi.... car ça me fait penser à du W.S Van Dyke et à "Vaudou" de Tourneur.
    On ne se refait pas...

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  6. Hé hé on ne sera pas d'accord je trouve le même genre de lien visuels ou de style quand je regarde différents Reed aussi sans forcément penser à un autre. Et puis le style ne fait pas tout un de mes réalisateurs favoris Robert Wise (ou dans la même famille Richard Fleischer) pouvait passer d'un "Star Trek" à "La Mélodie du bonheur" avec un même résultat grandiose sans qu'on devine même de loin qu'il y avait la même personne derrière la caméra. J'aime les réalisateurs "couteau suisse" ^^

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  7. On va dire que vous c'est les couteaux suisses et moi les fines lames, alors . Comme vous le disiez dans un autre sujet, on ne peut pas être d'accord sur tout, hein. Et c'est tant mieux. Discussions de cinéphiles fous , on appelle ça.
    Alors, comme ça, on aime Robert Wise ?
    Eh ben, moi, ouchh, hum hum... A part "Le Jour où la terre s'arrêta" et "la malédiction des hommes-chats"...
    Vous avez vu "Star!" avec Julie Andrews ? Pffffiioouuu....!! Mor-tel.
    LF.

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  8. Et non pas vu "Star!" mais j'ai le dvd qui traîne depuis un moment il faudra que je vois ça sous peu j'adore Julie Andrews et son autre grande comédie musicale de la même période le "Darling Lili" de Blake Edwards (les deux ayant été des flops retentissant).

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  9. Bon courage.
    Parce que, malgré tout mon amour et toute mon admiration pour Blake Edwards et Julie, Darling Lili est quand même profondément enquiquinant. Hormis le long et beau plan où Julie Andrews chante "whistling away the dark" juste dans un rond de projecteur, qui est magnifique.... Mais ça ne dure que 2 minutes.
    Le reste est vraiment casse-pieds.
    Moins casse-pieds que "Star!", malgré tout, qui est, lui, un sommet (ou un abîme, comme on voudra) d'ennui incommensurable !
    Je la classe parmi les plus mauvaises comédies musicales de toute l'Histoire du cinéma. J'ai pourtant eu la chance de la voir, une première fois, dans son format et son d'origine, en 70 mmm, dans une copie somptueuse à la Cinémathèque française. Et bien, c'est là qu'on voit vraiment que l'argent ne fait pas le bonheur d'un film ni d'un réalisateur !
    Je l'ai revue 25 ans après, soit l'an dernier, en dvd, en me disant que je m'étais peut-être trompée dans mon 1er jugement.
    Que nenni !
    C'est vraiment épouvantable.
    Alors, oui, bon courage pour ces deux pensums.
    Lisa F.

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  10. Ah mais j'ai déjà vu "Darling Lili" et j'ai beaucoup aimé j'en ai parlé là sur le blog

    http://chroniqueducinephilestakhanoviste.blogspot.fr/2011/08/darling-lili-blake-edwards-1970.html

    Et donc à priori je devrais bien apprécié "Stars!" vu nos divergences hé hé

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  11. Bon, quelqu'un qui aime Richard Quine (je n'avais pas vu votre billet sur l'épatant "My Sister Eileen") et Blake Edwards (au point de parler de 6 films) ne peut pas être complètement mauvais ! hé hé.
    J'ai une cinéphilie trop restrictive, je le reconnais bien volontiers. J'accepte d'aller sur une île déserte avec Darling Lili. Il y a de toute façon Julie et Mancini.
    Et puis, en fait, je pardonne tout à Blake Edwards !!!! Je l'aime trop !
    Vous voyez qu'on n'a pas que des divergences.
    Lisa Fremont.
    PS: je me souviens d'une époque lointaine où, parmi 5 spectateurs dans la salle, j'étais la seule à rire à "La Party". Heureusement, ça a changé, le film est devenu culte. En revanche je ne sais pas vous, mais quand j'essaie de persuader les copains que les "Panthère rose" c'est vachement drôle, (je raconte la scène où, gonflé à l'hélium, Clouseau s'envole devant Notre Dame façon quasimodo) on me regarde d'un drôle d'air sceptique ! Ce qui me rassure, c'est que c'était le même air, il y a 20 ans, quand j'évoquais La Party. Patience, donc.
    Si vous les aimez aussi, vous devriez faire un billet sur les Panthère. Celles avec Peter Sellers bien sûr. ça ferait peut-être avancer le schmilblick dans le bon sens.
    Hazanavicius s'en inspire incroyablement dans ses OSS 117.

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  12. J'aime beaucoup la série mais je peux comprendre le rejet pour les Panthère Rose.

    C'est parsemé de gags géniaux mais tous les films ont un rythme poussif et sont rarement captivant d'un bout à l'autre (le 1er volet est même difficilement regardable aujourd'hui), ça se savoure pour les moments de folie douce mais les Edwards avec un script digne de ce nom derrière sont plus réussis et drôle je trouve comme "Qu'à tu fais à la guerre Papa ?". Il y a un seul vrai grand film dans le lot c'est le génial "Quand l'inspecteur s'emmêle" et puis "The Party" avec son concept évite tout ces petits défauts.

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  13. @réponse à Anonyme du 25 décembre:

    Comme je le disais déjà dans un précédent message, "Odds man out" fait, lui, penser à Fritz Lang.
    L.F.

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