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dimanche 15 mai 2011

Isadora - Karel Reisz (1968)


Isadora est l'évocation de la vie de Isadora Duncan, danseuse et chorégraphe américaine à qui on attribue en quelque sorte l'invention de la danse contemporaine. Détachée de la rigueur et des codes de la danse classique, elle s'inspirait plutôt du culte du corps et de la liberté de ton issue du hellénisme pour inventer son propre langage lors de ses danse. Le scénario du film s'inspire de plusieurs sources : l'autobiographie posthume de Isadora Duncan elle-même mais aussi l'ouvrage Isadora Duncan: An Intimate Portrait que lui consacra Sewell Stokes. Du coup, entre réalité et légende, l'histoire suit plutôt fidèlement et chronologiquement les jalons de l'existence de la danseuse mais la mise en scène de Karel Reisz, la narration surprenante et l'interprétation fabuleuse de Vanessa Redgrave dans le rôle titre cherchent eux à retranscrire par l'image la liberté d'esprit qui était celle d'Isadora Duncan.

Un prégénérique étrange pose le ton d'emblée en nous montrant une Isadora enfant jurant fidélité à son art et promettant de ne jamais se marier. On découvre ensuite une Isadora vieillsante et affaiblie installée sur la French Riviera où elle rassemble ses souvenirs afin d'écrire ses mémoires. Le récit obéit donc à un va et vient entre passé et présent où la légende fanée et excentrique du présent transforme ses travers en vertus de la réussite de la danseuse libre et aérienne du passé.

On suit donc, des clubs de théâtre populaire à la bonne société européenne puis au salles les plus prestigieuses l'ascension irrésistible d'une Isadora qui a tout pour elle : la beauté, l'originalité et le talent. Karel Reisz alterne donc une réalisation sobre et sans éclat lors des passages du présent et rend ainsi déplacée et pathétique toute l'exubérance de Isadora alors qu'à l'inverse il l'entoure d'une aura de quasi déesse virevoltante dans le passé. Une caméra virevoltante accompagne la liberté de sa gestuelle scénique, les cadrages les plus déroutants apportant une flamboyance grandiose au passages dansés.

Tout cet apparat ne serait rien si la nature profonde de Isadora Duncan n'avait pu être saisie. Vanessa Redgrave devait déjà un Oscar et un prix d'interprétation cannois à Karel Reisz pour leur précédente collaboration sur Morgan deux ans plus tôt. Elle relève ici le défi (pour une nomination à l'Oscar et un nouveau prix à Cannes) en étant habitée de bout en bout par l'esprit d'Isadora. Tour à tour exaltée et radieuse, aigrie et cruelle, elle est tout aussi convaincante dans le zénith de la jeunesse triomphante que dans le déclin pitoyable.

On vante beaucoup (et à juste titre) la performance récente de Natalie Portman dans Black Swan et celle de Vanessa Redgrave est encore plus impressionnante puisqu'il s'agit ici autant de composer une danseuse crédible que de faire ressentir l'essence de l'art d'une vraie personnalité.

C'est donc de cette liberté que s'anime le film entièrement soumis à l'image pour exprimer les états d'âmes de son héroïne. C'est avant tout à une divagation dans les souvenirs d'Isadora plutôt qu'à un biopic classique que nous assistons. Les séquences du passé s'entrechoquent donc sans cohérence ni volonté de continuité ou d'unité de ton, Isadora passant d'une romance enflammée à une autre, le comique le plus outrancier (la passion pour l'homme grenouille fabuleux de drôlerie) au drame bouleversant.

La seule à même de relier ce kaléidoscope, c'est Isadora et sa fougue intacte pour la danse. Cela se manifeste entre autre lors d'un insert la voyant dans son esprit s'animer au milieu de colonnes antiques lorsqu'elle exprime son amour pour cette période, ou encore cette superbe scène d'amour avec James Fox où le plaisir de l'étreinte s'exprime dans son esprit par une chorégraphie au sol en montage alterné avec la vraie scène d'amour.

Le plus grand drame de l'existence d'Isadora avec la perte de ses enfants noyés dans un accident de voiture offre également un très beau moment. L'accident et la dernière vision des enfants aura été vu de manière fragmentée toute la première moitié du film et s'étire enfin là comme dans un mauvais songe par le jeu sur la vitesse de l'image, la photo voilée et le montage jouant sur la répétition. L'ensemble imprègne avec force le côté réellement traumatique de l'évènement pour Isadora.

La même force guide les derniers passages dansés pour des émotions contrastées : l'exceptionnelle communion avec le public soviétique joignant le geste et la voix pour relancer le spectacle interrompus par un coupure de courant et à l'inverse l'intolérance américaine pour Isadora désormais associée aux communistes (Vanessa Redgrave possédée étant extraordinaire durant ces deux moments).

Au milieu de toute cette frénésie le film n'oublie jamais d'exprimer les nombreux apports de la danseuse à sa discipline et notamment son goût pour l'enseignement avec de jolis moments dans l'école qu'elles dirigea dans une Russie rongée par la misère. Etonnamment, Karel Reisz comme tombé sous le charme de son héroïne lui fait presque retrouver son lustre d'antan lors de l'ultime retour au présent le temps d'une fête endiablée.

Lorsque la cruelle réalité doit reprendre ses droits, le réalisateur expédie la mort d'Isadora (très surprenante et inattendue pour qui ne sait pas à l'avance la teneur des faits) brutalement arrachée à la vie et concluant abruptement ce beau film qui perd sans prévenir sa raison d'être.

Sorti en dvd zone 2 français chez Doriane Films éditeur qu'il faut louer pour toutes les pépites du cinéma anglais qu'il nous sort. Un bonus intéressant avec Maurice Bejart et la danseuse Maïa Plissetskaïa exprimant leur sentiments sur les apports de Isadora Duncan. Pour les anglophones une édition collector très complète arrive aussi fin mai en dvd zone 2 anglais.

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