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mardi 10 mai 2011

La Vérité sur Bébé Donge - Henri Decoin (1951)


Elisabeth Donge dite: "Bébé Donge" a empoisonné son époux, François Donge. Ce dernier, sur son lit de souffrance revit les moments clés de sa vie avec Bébé, qui l'ont amené dans cette chambre de clinique. Gros industriel et collectionneur de jolies femmes, François a épousé Elisabeth d'Onneville, plus par lassitude que par amour. Bébé, jeune fille idéaliste et passionnée, n'a pu trouver en lui ce qu'elle attendait. Dix ans plus tard, cruellement déçue, elle a empoisonné son mari.

La Vérité sur Bébé Donge est la troisième adaptation de Simenon pour Henri Decoin (après Les Inconnus dans la maison en 1942 et L'Homme de Londres en 1943) qui signe là un de ses meilleurs films en plus de relancer la carrière de celle qu'il contribua à lancer (et qui fut un temps son épouse), Danielle Darrieux. Un construction audacieuse entre passé et présent va contribuer à nous dépeindre le désagrégement d'un couple formé par Jean Gabin et Danielle Darrieux. Le présent nous montre un Gabin agonisant sur son lit d'hôpital empoisonné par son épouse et, loin de lui en tenir rigueur, c'est au contraire le regret de son attitude passée envers elle qui s'amorce en flashback et nous fait comprendre comment l'on en est arrivé là.

François Donge (Jean Gabin) est donc un riche industriel provincial, farouchement indépendant et amateur de femmes. Séduit par la candeur de sa future belle-soeur Bébé (Danielle Darrieux) il finit pourtant par l'épouser sans changer d'un pouce ses habitudes. Le scénario dépeint de manière grinçante les moeurs de cette bourgeoisie provinciale pour qui tout n'est qu'apparence. Les mariages les plus stables sont ceux arrangés par l'entremetteuse jouée par Gabrielle Dorziat et ceux qui s'unissent pour de réels sentiments finissent broyés par leur environnement. Jean Gabin incarne ainsi cet homme tout puissant et égoïste pour lequel le mariage n'est qu'une formalité de façade qui va briser les élans romantiques d'une Danielle Darrieux constamment en demande d'affection. Entre adultères, répliques cinglantes et indifférence le quotidien finit par installer le couple dans l'habitude (superbe montage sur dix années se faisant au rythme des soirées d'anniversaires de mariage) mais cela ne peut suffire à la passionnée Bébé qui va alors commettre l'impensable.

Le présent inverse le rapport avec une Bébé désormais insensible et distante envers cet homme qui l'a tant déçue alors que la flamme se ranime chez François Donge enfin conscient de son attitude et qui souhaite la reconquérir. Danielle Darrieux est aussi captivante en jeune mariée lumineuse et folle d'amour qu'en femme mûre austère (la quasi tenue de deuil du présent répondant aux robes stylisée aperçues dans les flashback pour illustrer ce changement d'état d'esprit) tour à tour aimante et vive puis d'une retenue guidée par une rancoeur tenace. Gabin déploie tout son registre pour nous intéresser à ce personnage fort détestable et imbu de lui-même, sa rédemption finale s'avérant très touchante dans son inutilité.

Le portrait se fait tout aussi féroce en toile de fond avec cette communauté (y compris les proches) prête à étouffer le crime pour maintenir l'illusion intacte sauf pour narguer l'adversaire (Le malheur vous va bien...). La mise en scène de Decoin, sobre et précise n'en est pas moins doté de belles idées comme ses effets de flous amorçant étonnamment les retours en arrière où cette séquence finale où la voiture transportant Bébé disparait dans la nuit noire.

Malgré quelques petites longueurs un pur diamant noir et sans espoir (le fait de ne jamais voir leur enfant n'est sans doute pas innocent) qui rappelle pas mal certaines futures atmosphères qu'on verra chez Claude Chabrol .

Disponible en dvd chez Gaumont dans la collection Gaumont à la demande

Extrait

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