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lundi 16 mai 2011

Le Mauvais Chemin - La Viaccia, Mauro Bolognini (1960)


En 1890, Amerigo, jeune homme rangé, quitte la ferme paternelle pour venir travailler à Florence dans le magasin de vins de son oncle. Il s'aperçoit que son oncle mène une vie de débauché, à la merci de Beppa, sa maitresse, et qu'ils ont un fils illégitime. Amerigo tombe fou amoureux de Bianca, une fille de moeurs légères, mais son oncle le renvoit à la ferme quand il le surprend entrain de le voler.

La Viaccia est le film de la rupture pour Mauro Bolognini, celui par lequel s'affirme la touche de raffinement, de tragédie et de romanesque qu'on lui connaîtra dans ses grandes oeuvres des années à venir. Jusque là il s'était imposé dans les années cinquante par des comédies inoffensives avant d'aligner plusieurs réussites importantes néanmoins très empreinte de la personnalité de son prestigieux scénariste attitré Pasolini. La Viaccia impose donc sur tout les points la véritable touche du réalisateur tel l'attirance pour la grande adaptation littéraire (ici d'un roman de Mario Pratesi), le film en costume et la reconstitution d'inspiration picturale et le grand mélodrame.

La personnalité de Bolognini ne se résume pas à ce simple apparat puisque les grand thèmes et la construction de La Viaccia annoncent déjà son Bubu de Montparnasse dans la perte d'illusion du héros incarné par Jean-Paul Belmondo, le pouvoir de l'argent et l'univers de la prostitution. La Viaccia, c'est un une étendue de terrain fermier dont les membres d'une famille se disputent l'héritage. D'emblée la notion de richesse et possession domine tout les autres sentiments lors d'une sordide séquence où le patriarche meurt (sans rien laisser aux siens) alors que ses enfants se préoccupe plus de la distribution de ses biens que de l'accompagner dans ses derniers instants. Le rugueux père de famille paysan joué par Pietro Germi envoie donc son fils à la ville pour travailler chez son oncle ayant racheté le domaine, et ainsi s'attirer ses faveurs pour la famille lorsque viendra à son tour le moment de léguer l'héritage. Belmondo est finalement le seul personnage désintéressé et sans calcul du film, obéissant constamment à son coeur pour le meilleur et pour le pire.

Tombé sous le charme de la prostituée Bianca (Claudia Cardinale), il va tout lui sacrifier : sa fierté, sa situation et cette fameuse possibilité d'héritage. Bianca est elle plus ambigüe puisque bien que réellement amoureuse de lui, elle fonctionne également selon les même précepte matérialiste (soit l'exacte inverse de Bubu de Montparnasse où l'homme poussait l'héroïne amoureuse sur le trottoir) et qui oscille tout le film entre la tentation d'un ailleurs avec Amerigo et conserver sa rentable mais sordide situation. Belmondo et Cardinale forment un couple magnifique dont Bolognini capte l'alchimie avec brio par son formalisme (cadrage splendide, superbe photo de Leonida Barboni) qui accentue encore la touche charnelle de leur scène ensemble.

C'est la première collaboration entre le décorateur Piero Tosi et Mauro Bolognini sur un film à teneur historique et le résultat est époustouflant de bout en bout. Les visions de cette Florence grisâtre, austère et majestueuse à la fois offre quelques moment de toutes beauté notamment la première rencontre entre Belmondo et Cardinale sous la pluie. Le luxe un peu vulgaire de la maison close a également quelque chose de captivant, surtout quand il s'oppose au sentiments pur échangés par notre couple et formant ainsi un obstacle symbolique et sous-jacent à leur union.

Hormis quelques petites longueur, Bolognini affiche donc déjà une belle aisance et un sens de la dramaturgie certain qu'il ne cessera d'affiner par la suite. Après un film dans l'ensemble plutôt en retenue laissant émerger quelque éclats, les vingt dernières minutes passent par toutes sortes sentiments contradictoires pour Amerigo dans un crescendo puissant avant une conclusion parfaite de mélancolie.

Sorti tout récemment en dvd zone 2 français aux Editions Montparnasse.

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