Bouffeur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que ça intéresse tout mes visionnages de vieilleries, coup de coeur et nanar potentiels. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau visionnage et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

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mardi 31 mars 2015

L'Exorciste Chinois - Gui da gui ou Encounters of the Spooky Kind, Sammo Hung (1980)

Cheung est un homme courageux mais un naïf qui ignore que sa femme le trompe avec son patron. Ce dernier est un riche marchand sans scrupule qui décide de se débarrasser de son employé gênant. Il décide donc de louer les services d'un puissant sorcier taoïste corrompu. Heureusement, son collègue qui n'est pas de son avis, entreprend d'aider Cheung à se défendre contre les maléfices qui le hantent dans la nuit.

Après la mort de Bruce Lee le kung fu pian connu un certain déclin faute de successeur digne (et de l'avalanche de mauvais clone du Petit Dragon), laissant le champ au wu xia pian dans le cinéma martial hongkongais. Le renouveau viendrait de l'émergence des Lucky Star, ce groupe d'artistes martial formé à l'Opéra de Pékin où l'on trouverait entre autre des futurs grande stars comme Sammo Hung, Jackie Chan ou Yuen Biao. La bande ne tombera pas dans le piège de singer Bruce Lee (même si Jackie Chan se perdra brièvement dans une Nouvelle Fureur de vaincre de sinistre mémoire) mais au contraire renouvèlera le genre en croisant leur extraordinaire compétence martiale à leur sens du spectacle en offrant un mélange détonant de kung fu et de comédie à leurs films. Jackie Chan partira ainsi de production de kung fu classique matinée d'humour farfelu avant de faire évoluer cette veine en l'inscrivant dans des grands genres classiques comme le polar avec Police Story (1985) ou le film d'aventures avec Le Marin des mers de chine (1982).

Sammo Hung évoluera de la même manière mais il se démarque du classicisme (voir de l'aseptisation) d'un Jackie Chan par un sérieux grain de folie où tout sera forcément plus outrancier dans les chorégraphies déjantées (le mémorable Prodigal Son (1982)), l'humour cantonais bas du front (le génial film d'aventures Shanghai Express (986)), la violence et le machisme (le film de commando Eastern Condors (1987)). Forcément l'un des sous-genres les plus populaires du cinéma hongkongais 80's ne pouvait naître que de son cerveau malade avec la ghost kung-fu comedy qui croise donc arts martiaux et surnaturel en exploitant génialement tout le folklore populaire fantastique chinois.

L'intrigue assez basique de vaudeville voit Cheung (Sammo Hung) modeste employé dupé par son épouse et son patron qui entretienne une liaison. Devenu trop encombrant pour les amants, ceux-ci engagent un moine taoïste pour s'en débarrasser et c'est donc une nuée de démons, revenants et autres vampires qui vont se déchaîner sur le malheureux. Sammo Hung nous plonge dans un premier temps dans cet environnement ou le surnaturel est justement naturel avec quelques moments d'humour où les premières manifestations de l'au-delà sont des fausses alertes tordantes, que ce soit un cauchemar de Cheung où une mauvaise blague de ces amis. Jouant sur la bêtise et la naïveté de son héros, l'intrigue le confronte ensuite malgré lui au malin dans des séquences où Sammo Hung équilibre brillamment humour et terreur.

Les mines ahuries et la couardise de Cheung provoquent l'empathie immédiate, l'imagerie réellement inquiétante (presque toutes les scènes se déroulant dans des temples abandonnés au milieu de nulle part) lorgne vers la Hammer avec cette photo bleutée et sombre où se tapissent des menaces indicibles et l'aspect monstrueux et grotesques des créatures démoniaques suscite le dégout autant que le rire façon Evil Dead. La mise en scène de Sammo Hung trouve ainsi un entre-deux surprenant dans les scènes de veilles nocturne de Cheung où la montée en puissance des scènes, l'introduction savamment calculée de l'élément perturbateur fantastique et la confrontation déjantée provoque une hilarité teintée de frisson.

Contre-plongées menaçantes, jeu sur le hors-champ et peur du noir, tous les codes de l'horreur sont là pour finalement aboutir à un affrontement martial délirant où les aptitudes des démons causeront bien des soucis à Cheung. Là c'est un festival avec au programme zombie, démons sauteurs (puisque enterrés avec les chevilles attachées pour qu'il ne s'éloigne pas de leur tombe) fantômes hantant des miroirs... Certains moments sont totalement irrésistibles comme cette scène où Cheung doit partager sa couche avec un cadavre qui mime tous ses gestes dont il se moque bien à tort.

On retrouve le machisme légendaire de Sammo Hung avec le personnage de l'épouse, une affreuse mégère infidèle et fourbe incarnée avec jubilation par Lung Chan. Son côté traditionaliste ressurgit également avec la confrontation entre les deux moines taoïste, le mauvais bafouant ses préceptes en jetant des sortilèges pour de l'argent tandis que le bienfaiteur de Cheung les respecte. Les scènes de rituels sont prétexte à tous les excès avec en point d'orgue un mémorable affrontement final entre les deux moines juchés sur des échafaudages qui déchaînent l'enfer dans un spectacle impressionnant, inventifs et truffés de rebondissements.

L'ensemble se conclut sur une chute au machisme si outrancier et improbable que cela en est tordant tant Sammo Hung semble capable de tout. Le film signe la naissance de la ghost kung fu comedy, un filon qu'exploitera Sammo Hung dans une suite ainsi que dans la saga des Mister Vampire (on croisera d'ailleurs ici son futur héros Lam Ching-ying dans un amusant rôle de policier) qu'il produit tandis que Tsui Hark recyclera tous ces éléments dans une veine plus romanesque pour son inoubliable Histoires de fantômes chinois (1986).

Sorti en dvd zone 2 français chez HK vidéod dans un coffret comprenant la suite

Extrait

dimanche 1 septembre 2013

Le Marin des Mers de Chine - Project A ou ‘A’ gai waak, Jackie Chan (1983)



Hong Kong, début du XXe siècle. Les pirates rançonnent les mers. Dragon, jeune garde-côte turbulent, préfère démissionner plutôt que d'obéir aux nouvelles règles qui rattachent son service à la police. Avec son ami Fei, un voleur au grand cœur, Dragon décide de démanteler un réseau de trafic d'armes. Jackie Chan devant et derrière la caméra, réalise ce chef d'œuvre du ciné kung fu. Un classique indémodable...

Le Marin des mers de Chine constitue le premier grand classique cinématographique de Jackie Chan. L’artiste avait déjà effectué un chemin impressionnant jusque-là, échappant au destin de clone de Bruce Lee pour s’inventer son personnage bagarreur et casse-cou, plus humain que le Petit Dragon dans sa dimension comique. Si cette réinvention lui assoit un succès instantané et une grande popularité à Hong Kong et en Asie, Jackie Chan n’aura pas encore tourné un film à la mesure de son talent. Le Maître Chinois (1978) et Le Chinois de déchaîne (1978), ses deux collaborations avec  Yuen Woo-ping seront les plus belles réussites de cette première période mais en restent encore à des trames basique de kung-fu pian. Déjà tenté par une carrière internationale, il ira également se perdre dans des productions américaines avec Le Chinois (1980), L'Équipée du Cannonball (1981) où il n’est qu’un second couteau perdu parmi les stars ou encore Le Retour du Chinois (1983). 

Mis en confiance par le succès de ses premières réalisations (La Danse du Lion (1980) et Dragon Lord (1982)) c’est en étendant son ambition que Jackie Chan va signer son première vraie grande réussite avec Project A.  L’expérience américaine à défaut d’être concluante aura élargie sa vision du cinéma d’action et plus qu’un basique kung fu pian, Le Marin des Mers de Chine est une vraie comédie d’action et d’aventures échevelée.  La Golden Harvest accorde des moyens immenses à sa star qui signe un film d’époque à la reconstitution soignée et aux décors impressionnants, notamment les batailles maritimes. Il y développe également son emploi de flic sans peur et sans reproche qu’il retrouvera dans un cadre contemporain dès Police Story (1985) et ses suites où dans des œuvres plus aventureuses comme Crime Story (1993) de Kirk Wong, polar pur et dur.

Jackie convoque ses deux compères Sammo Hung et Yuen Biao dont les caractéristiques font osciller le ton du film en comédie pure et intrigue policière. Jackie Chan est ainsi un membre de l’unité des garde côtes dans la péninsule de Hong Kong du début du XXe siècle (et donc sous administration anglaise) en constante rivalité avec les policiers de terrain eux mené par Yuen Biao. On s’amuse ainsi de cette concurrence, les débraillés et fêtards garde côtes suscitant l’animosité des plus rigoureux policier et prétexte parfait à une homérique scène de bagarre dans un bar où va se croiser la route de Yuen Biao et Jackie Chan. 

On bascule ensuite dans la joyeuse comédie de régiment quand les garde côte se démantelés pour intégrer la police et subir ainsi la rude discipline de leurs anciens rivaux. Toute cette introduction plus légère aura donc servit à nous attacher aux personnages et tisser leurs liens tandis que le leur redoutable ennemi commun se dévoile en filigrane, les nantis corrompus au service du redoutable pirate Lo (Dick Wei). Le concours de Fei (Sammo Hung) ne sera pas de trop avec un personnage à la Han Solo (un rebondissement final reprenant directement celui majeur du premier Star Wars).

Un scénario simple et astucieux qui nous conditionne donc parfaitement avant que Jackie Chan ne déploie un crescendo d’action survoltée. On retiendra en particulier cette course poursuite rocambolesque qui multiplie les prouesses, notamment une poursuite à vélo à la chorégraphie époustouflante et bien sûr l’hommage de Jackie Chan à l’Harold Lloyd de Monte là-dessus ! (1923) lorsque suspendu à une horloge il effectue une de ses cascades les plus stupéfiantes (et le générique making-of met le frisson quant au risque encouru).

Le final à la James Bond est plus conventionnel mais bien amené avec un affrontement final furieux et où on aura précédemment savouré quelques moments de comédie cantonaise bien loufoque (souvent coupée dans les montages français d’ailleurs) avec son lot de quiproquos et de gags nonsensiques (le gag des mots de passe irrésistible). Immense succès à Hong Kong, le film ouvre une voie royale à Jackie Chan qui dans les années à venir étendra sa nature de trublion kamikaze dans des genres bien plus variés et connaîtra une suite en 1987. 

Sorti en dvd zone 2 français chez HK Vidéo

lundi 3 septembre 2012

Ip Man 2 - Yip Man 2, Wilson Yip (2010)



Fuyant la République populaire de Chine, Ip Man se réfugie à Hong Kong en 1949. Il y découvre une ville en désordre, où règnent la misère et la violence. À sa grande stupeur, de nombreuses écoles d'arts martiaux sont obligé de payer un tribu à la police anglaise. Révolté par cette situation, et grâce à ses indéniables talents en matière d'arts martiaux, Ip Man décide d'ouvrir sa propre école, basée sur le wing chun. Aussitôt, il est défié par les maîtres des écoles de la ville, qui n'hésitent pas à envoyer leurs élèves provoquer les quelques personnes prêtes à suivre l'enseignement d'Ip Man.

Ip Man (2008) avait été une vraie réussite et la collaboration la plus significative entre Wilson Yip et Donnie Yen. Ce dernier avait enfin trouvé SON grand personnage emblématique l’installant au côté des Jet Li, Bruce Lee ou Jackie Chan. Malgré quelques défauts, le film retrouvait un lustre épique et héroïque oublié depuis les Il était une fois en Chine (entre temps Les Trois Royaumes de John Woo et Detective Dee l’ont retrouvés) et augurait de belles promesses pour la suite qui ne manquerait pas de se faire vu le succès rencontré. Deux ans plus tard arrive donc cet Ip Man 2 qui prolonge bien les thématiques les plus passionnantes du premier volet, mais déçoit grandement sur d’autres points.


Ip Man montrait le parcours initiatique d’une icône ramenée à son statut de simple homme de chair et de sang. Maître d’arts martiaux adulé et respecté de tous, Ip Man découvrait la vacuité de cette aura l’entourant lorsqu’il assistait impuissant aux exactions de l’envahisseur japonais contre lequel ses facultés s’avéraient inutiles. Simple être humain, il ne pouvait désormais plus opposer que sa conviction à l’ennemi et endosser ainsi les souffrances du peuple chinois. En se battant pour sa propre gloire, Ip Man restait une figure creuse mais en tant qu’étendard de la Chine, il méritait enfin la légende qui l’accompagnait.

Cette suite reprend la même progression où notre héros, désormais installé à Hong Kong, va devoir reconquérir son statut et, à l’inverse, passer de l’homme à la légende. On découvre ainsi un Ip Man devant refaire ses preuves lorsqu’il ouvre une nouvelle école et rencontrer la défiance des maîtres déjà installés. Intimidations, altercations avec les gangs locaux et difficultés à joindre les deux bouts forment l’essentiel de cette première partie prenante. Les morceaux de bravoures sont aussi nombreux et fulgurants que dans le premier opus , avec notamment un affrontement dantesque à la machette contre une horde de voyous, et surtout un rite d’initiation se concluant par un combat virtuose Sammo Hung/Donnie Yen en équilibre sur une table.

Le film pêche malheureusement en voulant artificiellement reproduire le schéma du précédent volet. Après la barbarie de l’envahisseur japonais, c’est le mépris de l’occidental, et plus précisément anglais, qui constitue l’antagonisme de cet opus. Problème : le contexte dramatique fort de Ip Man ne trouve pas son équivalent ici, d’autant que la finesse des thématiques similaires dans la trilogie Il était une fois en Chine de Tsui Hark est absente. Les éléments les plus intéressants sont amenés par la touchante interprétation de Sammo Hung, dont le personnage, à force de compromis, se trouve pieds et poings liés à la corruption étrangère. Le traitement xénophobe et caricatural des anglais plombe malheureusement l’ensemble, d’autant que le casting prolonge la tradition des acteurs occidentaux ridicule dans le cinéma hongkongais. Si le film ne se drapait pas d’un ton relativement sérieux, l’écart serait sans doute plus acceptable, mais dans ce contexte l’ensemble devient très embarrassant.

La dernière partie lorgne ainsi dans un poussif remake de Rocky IV, où un boxeur anglais défie les arts martiaux chinois. L’interprétation grotesque de ce dernier, contrebalancé au ton dramatique appuyé, déséquilibre totalement le film, d’autant que ses capacités sont artificiellement gonflées. Il faut donc une certaine suspension d’incrédulité pour accepter de voir Sammo Hung malmené par un bœuf braillard bodybuildé ou Donnie Yen rencontrer des difficultés face à lui. Malgré l’idée judicieuse de jouer sur la différence de gabarit pour justifier l’opposition des styles, les combats sont très poussifs.

Wilson Yip n’ose pas dans les Ip Man donner dans la démesure « comics book » de certains de ses autres films, ce qui aurait pu faire passer éventuellement. On a un ton de fresque ambitieuse pour un traitement de série B musclée bas du front, il y a un écart qui handicape constamment le film. Cela déteint même sur la prestation de Donnie Yen, finalement trop lisse vu le cheminement moins subtil de cette suite. A défaut du grand film attendu, on aura finalement un honnête divertissement et rien de plus. Un troisième épisode est en préparation, on l'espère plus intéressant...

Comme le premier, disponible en dvd zone 2 français chez HK Vidéo