Dévoreur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que cela intéresse tous mes visionnages de classiques, coups de coeur et curiosités. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau film et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère! Vous pouvez me contacter à justinkwedi@gmail.com, sur twitter et instagram

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jeudi 16 août 2012

The Half-Naked Truth - Gregory La Cava (1932)


En 1932, aux Etats-Unis. Le bonimenteur d'une fête foraine miteuse devient un dynamique publicitaire à New York en transformant une danseuse, limitée jusque-là aux attractions, en sensation à Broadway.

Gregory La Cava réalise une savoureuse comédie Pré-Code avec ce très amusant The Half-Naked Truth. L'histoire se pose en féroce satire du monde du spectacle et des affres de la célébrité. On aura ainsi une démonstration de la vacuité du statut de vedette où le succès est moins affaire de talent que de promotion appropriée. Jimmy Bates (Lee Tracy) bonimenteur professionnel végète ainsi dans une fête foraine miteuse avec sa petite amie mexicaine Teresita (Lupe Velez) attraction du numéro de danse orientale plus pour sa plastique que ses dons de scène. Jimmy a alors l'idée d'inventer un scandale dans le trou paumé où ils jouent en faisant de Teresita la fille illégitime d'un notable local dont l'identité sera révélée à la fin du show.

La méthode fonctionne et l'attrait du scandale attire la foule jusqu'à ce que l'intervention du shérif fasse tourner court à l'arnaque au terme d'une bagarre homérique où la fête foraine sera saccagée. Qu'à cela ne tienne, Bates et sa belle vont appliquer la méthode à plus grande échelle là où tout se passe, Broadway. Teresita va ainsi passer pour une mystérieuse princesse turque évadée d'un harem dont les extravagances vont faire sensation et projeter en haut de l'affiche.

La description de ce monde du spectacle où tout n'est qu'affaire de rumeurs et de sensationnel n'est pas bien reluisante mais amuse par les excès nécessaire à attirer la lumière. La Cava déploie donc toute l'extravagance et le délire qu'on lui connaît avec une Lupe Velez qui passe la première demi-heure du film à moitié nue dans une tenue de danse orientale sexy, qui accueille les journalistes dans sa suite où elle héberge un lion et plus tard Bates se trouvera une nouvelle protégée écervelée qu'il exploitera dans un numéro sauvage de nudiste...

Le talent et l'amour de l'art n'ont rien à faire ici, à l'image du premier numéro de Lupe Lopez à Broadway qui ennuiera le public tant restera conventionnel et l'enflammera dès qu'elle se dénudera et entonnera une chanson grivoise. Dans le même ordre d'idée le directeur artistique joué par Frank Morgan suivra constamment le sens du vent de plus en plus assujetti au génial promoteur qu'est Bates.

L'ensemble est miraculeusement sauvé du cynisme total par ses personnages très attachants. Lee Tracy et Lupe Velez forment un couple orageux et attachant dont les échanges musclés font des étincelles. Lee Tracy en manager frénétique offre un grand numéro comique, sourire enjôleur, débit de parole hystérique cherchant toujours à vous embobiner. Lupe Velez en mexicaine volcanique est tout aussi excessive mais sous cette débauche d'énergie La Cava parvient toujours à faire ressentir les liens qui unissent son couple malgré les trahisons (la demande en mariage avortée).

Le comparse bougon joué par Eugene Pallette (qui retrouvera La Cava sur Mon homme Godfrey) dégage la même sympathie. Plus globalement, le film est une ode à cet art de saltimbanque que la quête de renommée perverti et rend moins amusant. Une vision qui semble associée à la ville, son opulence et ses tentations qui vont séparer les héros alors que le joli épilogue où on retrouve numéros minables et public péquenot est synonyme d'authenticité et de réunion. Même si La Cava a fait bien mieux après, un très bon moment.

Inédit pour l'instant en dvd mais cela doit sortir en speptembre aux Editions Montparnasse dans la collection RKO

samedi 2 juin 2012

La Fille de la cinquième avenue - Fifth Avenue Girl, Gregory La Cava (1939)


Alfred Borden, PDG millionnaire, est déprimé, il se sent délaissé par sa famille qui le néglige oubliant même son anniversaire. Il rencontre à Central Park une jeune femme au chômage, Mary Grey. Il l’invite à dîner dans un night-club à la mode pour fêter son anniversaire. Charmé par la joie de vivre de Mary, il lui propose de venir vivre chez lui afin d’attiser la jalousie de sa famille.

Fifth Avenue Girl est au premier abord pour Gregory La Cava une sorte de variation sur le même thème de son chef d'œuvre My man Godfrey au pitch rigoureusement similaire : un personnage défavorisé s'immisce chez des nantis dont il va perturber l'existence et redonner un certain sens des réalités à leur vie oisive. Le principal changement semble uniquement être le sexe de l'élément perturbateur, William Powell en majordome pince sans rire dans Mon homme Godfrey et Ginger Rogers (qui affine là son nouvel emploi d'héroïne prolétaire) en chômeuse sarcastique. La différence est bien plus profonde cependant et loin du remake masqué, le message de Fifth Avenue Girl est tout autre malgré la construction similaire.

Mon homme Godfrey, vrai film social usait des codes de la screwball comedy pour délivrer un récit tout en hystérie où le trait largement forcé servait à montrer le détachement d'une famille riche totalement délurée bientôt ramenée sur terre par l'arrivée du clochard reconverti majordome Godfrey. Pour situer l'approche différente des deux films il suffit de comparer les entrées en matière proche et éloignée à la fois. Mon homme Godfrey débute sur une colère homérique du patriarche joué par Eugène Palette contre sa famille trop dépensière qui montrera bientôt son sens de l'excès totalement inconscient. Dans Fifth Avenue Girl le chef de famille de famille Alfred Borden (Walter Connolly) a aussi des reproches à adresser à sa famille : tandis qu'il trime pour assurer la survie de sa compagnie, les siens s'amuse joyeusement et le délaissent.

Sa femme flirte avec d'autres hommes, son fils joue au polo au lieu de le seconder et sa fille entame une tapageuse existence de "débutante" fêtarde. Le mal est si profond que le soir de son anniversaire Borden se trouve désespérément seul. C'en est trop et parti noyer sa solitude à Central Park il rencontre la chômeuse pince sans rire Mary Grey (Ginger Rogers) qu'il va utiliser pour susciter la jalousie de sa famille et la reconquérir. Dans Mon homme Godfrey la famille est visible d'entrée dans toute sa folie et extravagance pour souligner leur frivolité, cette même famille brille par son absence dans l'ouverture de La fille de la cinquième avenue. C'est là tout le propos de ce second film, le fossé progressif d'une famille où chacun est devenu un étranger pour l'autre, le mari et son épouse, les parents et les enfants, l'enjeu étant la reconstruction de cette entité (et assez ironiquement la famille de Mon homme Godfrey en dépit de tous ses travers est sans doute plus soudée).

Ce n'est pas leur attitude déconnectée qui est reprochée ici (les quelques scènes du genre n'atteignent jamais la folie azimutée de Mon homme Godfrey) mais bien leur indifférence les uns aux autres. La construction très intelligente du film montre donc le rapprochement entre Borden et Ginger Rogers installée chez lui qui scandalise peu à peu la famille. L'enjeu semble au départ purement matériel à travers l'épouse snob jouée par Verree Teasdale mais ce n'est qu'une surface puisque blessée dans sa fierté elle va apprendre à aimer de nouveau cet époux qui s'éloigne d'elle et tenter de le reconquérir. Pour le fils oisif joué par Tim Holt, c'est l'heure de prendre ses responsabilité, Borden délaissant en apparence ses affaires ses affaires pour la compagnie de Ginger Rogers.

C'est d'ailleurs par Ginger Rogers que la mécanique trop bien huilée s'enraye quand lorsque la famille se rapproche elle se trouve confrontée à sa propre solitude. L'actrice traverse les petites crises de chacun avec un détachement ironique parfait avant de fendre magnifiquement l'armure lors de la conclusion.

Les préoccupations sociales de La Cava même si moins appuyées (et qui retrouveront leur importance dans le très noir Primrose Path à suivre de nouveau avec Ginger Rogers) sont toujours bien présentes que ce soit sous forme de moquerie où les pauvres comme les riches en prennent pour leur grade (le passage au restaurant au début, la rhétorique communiste clichée du personnage Michael le Ninotchka de Lubitsch ou le Un, deux trois de Wilder ne sont pas loin) mais aussi un regard plus tendre comme l'escapade à Central Park de Ginger Rogers et Tim Holt voyant défiler en voisins de banc des communautés hétéroclite du peuple new yorkais, marin de passage comme émigrants japonais. Sans complètement égaler les autres réussites de cette grande période d'inspiration pour La Cava, vraiment un joli film.

Sorti en dvd zone 2 français chez Montparnasse dans la collection RKO

mardi 22 mai 2012

Primrose Path - Gregory La Cava (1940)


Fille d’une prostituée et d’un ivrogne, Ellys May décide de cacher son passé lorsqu’elle tombe amoureuse d’un jeune homme de bonne famille. Quelque temps après leur mariage ce dernier découvre la vérité…

Ginger Rogers aura traversé les années 30 et gagné ses galons de star au rythme des trépidantes comédies musicales qu'elle tourna dans le duo vedette qu'elle formait avec Fred Astaire. Auréolée d'une image plutôt glamour au vu des cadres prestigieux traversés par les neuf films du duo, la comédienne su remarquablement se réinventer après leur dernière production en commun La Grande Farandole. Désormais elle serait la "girl next door", la fille de la rue qui traverserait l'écran affectée à des métiers ordinaires et connaissant les tracas financier du commun des mortels.

Ce nouvel emploi réaliste aurait cours dans de très beaux films comme Étranges vacances (1944) de William Dieterle où elle joue une repris de justice mais la transformation eu cours dès les années 30 dans la comédie Mademoiselle et son bébé et surtout dans le merveilleux Pension d'artistes (1937) de Gregory La Cava. Sur ce dernier film La Cava maître de la comédie y effectuait également sa mue dans le registre du mélodrame à travers la description réaliste du quotidien difficile d'aspirants artistes. Le réalisateur et sa star allait donc évoluer en commun sur le plus léger 5th Avenue Girl, leur collaboration trouvant son aboutissement dans ce très noir Primrose Path.

Gregory La Cava avait déjà dans ses comédies fait montre de ses préoccupations sociales dont le chef d'œuvre Mon homme Godfrey. Ici les rires ne viennent pas atténuer la description sordide de la misère et le film s'avère particulièrement audacieux et risqué dans une imagerie glauque telle que l'on n'en avait plus vu depuis l'instauration du Code Hays. Ellis May (Ginger Rogers) est une jeune femme vivant avec sa famille dans le misérable quartier de Primrose Hill à l'extrémité de la ville. La scène d'ouverture offre un panorama déprimant de ce cadre avec ordures, routes poussiéreuses, gamin souillon s'amusant en pleine rue et bicoques brinquebalantes.

Le spectacle est tout aussi peu réjouissant lorsqu'on pénètre dans la demeure d'Ellis May où se révèleront progressivement la subsistance du foyer au rythme des cadeaux des clients de a mère prostituée, son père alcoolique et dépressif et les deux extrêmes entre la grand-mère ayant initiée cet état et la petite sœur dont le comportement prédestine à un futur similaire. Cet avenir, Ellis May aimerait tant y échapper et trouvera une voie possible par la rencontre d'Ed Wallace (Joel McRea) patron de bar ému par le franc parler et les attitudes de garçon manqué de la jeune fille. Le plus dur reste pourtant à faire, lui avouer ses origines honteuses.

Primrose Path anticipe de trois décennies le terrible Affreux, sales et méchants de Ettore Scola avec un même constat. La misère et la fange sont des moteurs de perversion, d'avilissement et de laideur qui vous aspire inéluctablement et vous condamne à reproduire ce cycle sans espoir de s'en sortir. Comme un symbole l'être le lus perverti sera aussi le plus âgé avec la terrible grand-mère joué par Queenie Vassar, véritable mère maquerelle ayant poussé sa propre fille vers la prostitution et espérant voir ses petites-filles suivre le même chemin (ainsi le passage plutôt mignon où la benjamine s'affaire maquillée et déguisée en dame fait paradoxalement froid dans le dos) afin "d'aider la famille".

Les dialogues se font acerbes, les personnages oscillant entre renoncement alcoolisé (le père décrépit joué par Miles Mander) et joie de vivre de façade avec la figure de mère touchante malgré l'adversité que représente Marjorie Rambeau. Dans cet océan de noirceur, la candeur de Ginger Rogers et l'histoire d'amour enlevée avec Joel McRea offrent des respirations bienvenues à travers plusieurs jolis moments tendres.

Tout cela est peut-être malheureusement éphémère tant il semble difficile de faire oublier d'où l'on vient dans le regard des autres et surtout dans celui pour qui cela compte le plus. Ginger Rogers vacillante mais toujours la tête haute est absolument remarquable et offre une de ses performances dramatique les plus accomplies. Elle conserve une forme de dignité dans ses tentatives d'échappée comme dans ses renoncements qui rendent son personnage particulièrement attachant, n'en rendant que plus fort ses déboires sans que La Cava surenchérisse la veine mélodramatique dans sa mise en scène sobre.

Le film eu maille à partir avec la censure avec cette description sans fard de la prostitution qui si elles ne sont jamais nommée tel quel les montrent avec crudité dans leur vulgarité aguicheuse. La conclusion amène une facette plus lumineuse et positive à l'ensemble et si l'on est heureux pour les personnages difficile de ne pas y voir une convention destinée à adoucir la teneur du récit afin de le quitter sur une note d'espoir ténu.

Sorti en dvd aux Editions Montparnasse dans la collection RKO

Extrait

mercredi 11 janvier 2012

Mon homme Godfrey - My Man Godfrey, Gregory La Cava (1936)

Lors d'une « course aux objets », Irene Bullock — qui appartient à la « haute société » — fait la connaissance d'un aristocrate vagabond nommé Godfrey. Elle le fait engager par sa mère, Angelica Bullock, qui, tel un mécène, entretient Carlo qui se dit artiste. Cornelia, la sœur d'Irène, éprouve rapidement une véritable aversion pour Godfrey, et lorsqu'un collier de perle disparaît, elle tente de le faire accuser du vol.

Au croisement de la pure screwball comedy et récit social grinçant, une étonnante et inventive comédie. Le contexte de la crise des années 30 est au cœur du scénario où sous l'angle de l'humour l'insouciance des nantis face à la misère environnante est passée au vitriol. C'est même par une course à l’objet insolite que l'on découvre notre héros sans abris Godfrey qui accepte d'être désigné comme trophée pour le bon loisir des riches. Un concours de circonstances l'amène à devenir le majordome au sein de la famille de sa "mécène" Irene Bullock et d'ainsi côtoyer de près la folie de la haute société.

Gregory La Cava assène ainsi un rythme éreintant truffé de situations loufoques (le cheval dans la bibliothèque, Carlo imitant le gorille) et de personnages délirants à travers les membres de la famille Bullock. La mère de famille (Alice Brady) écervelée et superficielle entretenant un pseudo artiste, une fille aînée (Gail Patrick qui retrouvera La Cava dans le beau Pension d'artistes) séduisante mais aussi vénéneuse qu'un serpent et un père dépassé mais qui laisse faire et paie toujours les dégâts.

Même la très attachante Irene (Carole Lombard) s'avère être une insupportable gamine capricieuse qui trépigne et boude lorsque les évènements ne tournent pas en sa faveur dont les tentatives de séductions avortées de Godfrey. Carole Lombard est aussi agaçante qu'à croquer et tout comme Godfrey on ne sait trop si on veut la secouer ou l'embrasser, une sorte d'enquiquineuse magnifique. L'alchimie avec William Powell (son ex-mari à la ville) fait constamment des étincelles.

La leçon du film c'est que cette oisiveté détachée n'est pas un point de non-retour grâce au personnage de Godfrey. Une révélation nous apprendra qu'il a lui aussi brûlé la chandelle par les deux bouts en son temps, ce qui l'a conduit à sa misérable situation où on le trouve au début. De cette expérience, il tentera discrètement de ramener cette famille à la raison et finalement contribuer à son tour au bien être de la communauté.

William Powell est absolument parfait de prestance, de bagout et seul figure calme plongée au milieu du chaos ambiant. Sa prestation irrésistible lui vaudra une nomination à l'Oscar. En plus de son rythme enlevé et de ses thèmes passionnants, le film a pour lui un soin plastique marquant avec la belle photo de Ted Tetzlaff et l'incroyable décor que constitue cette immense demeure bourgeoise. Grande comédie et difficile d'imaginer meilleur fin que ce mariage (presque pas) contraint, génial !

Sorti en dvd zone 2 français chez Wild Side dans la collection Vintage Classic. Pour les anglophones je recommande la très belle édition Criterion en zone 1.


jeudi 17 novembre 2011

Pension d’artistes - Stage Door, Gregory La Cava (1937)


A Footlights Club, une pension de femmes artistes, cohabitent Jean Maitland, une danseuse blonde sarcastique ; Linda Shaw, une brune prétentieuse ; Kaye Hamilton, une jeune comédienne obsédée par son art ; Catherine Luther, une ancienne vedette ; Judy Canfield, une rousse exubérante, Eve, Annie et bien d'autres encore.
Terry Randall, une riche héritière souhaitant faire ses preuves sur scène, s'intègre au groupe et partage sa chambre avec Jean.

Stage Door est un des plus beaux films produit par la RKO durant les années 30 et constitue une étape importante pour ces participants. Gregory La Cava entre ses débuts dans l’animation puis le burlesque durant les années 20 et ses comédies sociales sophistiquées des années 30 (dont le célèbre Notre homme Godfrey) s’essayait avec brio au drame. Ginger Rogers encore associée à son duo de comédie musicale avec Fred Astaire démontrait l’étendue de sa palette tandis que la déjà star Katherine Hepburn retrouvait les sommets après plusieurs échecs commerciaux consécutif.

Le film adapte une pièce à succès jouée à Broadway et qui s’attarde donc sur les différents destins d’aspirantes artistes féminines vivant en communauté dans une modeste et bouillonnante pension. Gregory La Cava a en plus de ses deux têtes d’affiche engagé un remarquable casting féminin (dont une toute jeune Lucille Ball encore jeune starlette avant d’être icône de télévision) qu’il oblige à vivre ensemble pendant quinze jours en amont du tournage. Sur les lieux, une assistante prend des notes où sont retenus les échanges les plus piquant dont nombre seront réutilisé dans le film. A l’écran, cela donne un naturel remarquable illustrant la complicité des actrices qui ont dues mettre beaucoup de leurs propres sentiments et angoisses dans des situations qu’elles ont certainement connues.

Gregory La Cava délivre un portrait contrasté, à la fois drôle et tragique des différentes locataires. Les grandes ambitions artistiques son éclipsées par la recherche fébrile du prochain cachet et cette angoisse se dissimule chez la plupart par un détachement de façade qui occasionne des échanges vachards savoureux notamment par une Ginger Rogers à la gouaille irrésistible. Les situations, de la plus triviale à la plus pathétique illustrent également les hauts et les bas d’une carrière dans le monde du spectacle et la manière dont les hasards du destin peuvent se montrer providentiels comme terriblement cruels.

Katharine Hepburn jeune fille riche sans expérience venue se fondre dans cet univers va ainsi voir tout lui sourire tandis que la passionnée Andrea Leeds (nominée à l'Oscar du second rôle, le film récoltera 4 nominations) ira de désillusion en désillusion jusqu’à abandonner tragiquement la partie. D’autres aspects plus sordides sont abordés même si atténué par une fausse légèreté comme la nécessité de céder aux avances des producteurs pour un job, aléas accepté avec plus ou moins de philosophie tel les revirements moraux de Ginger Rogers face à un entreprenant Adolphe Manjou.

L’ensemble du film joue de cette tonalité douce-amère avant de basculer ouvertement dans le drame sur la toute fin. Katharine Hepburn qui n’a jamais souffert ne s’accomplit en tant qu’actrice que par la traumatisante tragédie qui conclut le récit. L’émotion se fait bouleversante devant son jeu transfiguré sur scène et les yeux embués de ses amies spectatrices rongées par la même douleur.

Un moment suspendu et poignant porté par une très grande Katharine Hepburn, égalée en intensité par une Ginger Rogers muette et magnifique. On retiendra néanmoins le traditionnel The show must go on dans la jolie conclusion. Une possible étoile s’est éteinte au profit d’une autre, certaines s’envolent vers d’autres destins tandis que d’autres s’agrippent vaille que vaille à cette carrière et une nouvelle locataire prend place dans cette chaleureuse pension d’artiste.

Sorti en dvd zone 2 français aux Editions Montparnasse dans la collection RKO
Extrait avec cette passe d'arme savoureuse entre Ginger Rogers et Katharine Hepburn