Bouffeur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que ça intéresse tout mes visionnages de vieilleries, coup de coeur et nanar potentiels. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau visionnage et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

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mardi 22 mai 2012

Primrose Path - Gregory La Cava (1940)


Fille d’une prostituée et d’un ivrogne, Ellys May décide de cacher son passé lorsqu’elle tombe amoureuse d’un jeune homme de bonne famille. Quelque temps après leur mariage ce dernier découvre la vérité…

Ginger Rogers aura traversé les années 30 et gagné ses galons de star au rythme des trépidantes comédies musicales qu'elle tourna dans le duo vedette qu'elle formait avec Fred Astaire. Auréolée d'une image plutôt glamour au vu des cadres prestigieux traversés par les neuf films du duo, la comédienne su remarquablement se réinventer après leur dernière production en commun La Grande Farandole. Désormais elle serait la "girl next door", la fille de la rue qui traverserait l'écran affectée à des métiers ordinaires et connaissant les tracas financier du commun des mortels.

Ce nouvel emploi réaliste aurait cours dans de très beaux films comme Étranges vacances (1944) de William Dieterle où elle joue une repris de justice mais la transformation eu cours dès les années 30 dans la comédie Mademoiselle et son bébé et surtout dans le merveilleux Pension d'artistes (1937) de Gregory La Cava. Sur ce dernier film La Cava maître de la comédie y effectuait également sa mue dans le registre du mélodrame à travers la description réaliste du quotidien difficile d'aspirants artistes. Le réalisateur et sa star allait donc évoluer en commun sur le plus léger 5th Avenue Girl, leur collaboration trouvant son aboutissement dans ce très noir Primrose Path.

Gregory La Cava avait déjà dans ses comédies fait montre de ses préoccupations sociales dont le chef d'œuvre Mon homme Godfrey. Ici les rires ne viennent pas atténuer la description sordide de la misère et le film s'avère particulièrement audacieux et risqué dans une imagerie glauque telle que l'on n'en avait plus vu depuis l'instauration du Code Hays. Ellis May (Ginger Rogers) est une jeune femme vivant avec sa famille dans le misérable quartier de Primrose Hill à l'extrémité de la ville. La scène d'ouverture offre un panorama déprimant de ce cadre avec ordures, routes poussiéreuses, gamin souillon s'amusant en pleine rue et bicoques brinquebalantes.

Le spectacle est tout aussi peu réjouissant lorsqu'on pénètre dans la demeure d'Ellis May où se révèleront progressivement la subsistance du foyer au rythme des cadeaux des clients de a mère prostituée, son père alcoolique et dépressif et les deux extrêmes entre la grand-mère ayant initiée cet état et la petite sœur dont le comportement prédestine à un futur similaire. Cet avenir, Ellis May aimerait tant y échapper et trouvera une voie possible par la rencontre d'Ed Wallace (Joel McRea) patron de bar ému par le franc parler et les attitudes de garçon manqué de la jeune fille. Le plus dur reste pourtant à faire, lui avouer ses origines honteuses.

Primrose Path anticipe de trois décennies le terrible Affreux, sales et méchants de Ettore Scola avec un même constat. La misère et la fange sont des moteurs de perversion, d'avilissement et de laideur qui vous aspire inéluctablement et vous condamne à reproduire ce cycle sans espoir de s'en sortir. Comme un symbole l'être le lus perverti sera aussi le plus âgé avec la terrible grand-mère joué par Queenie Vassar, véritable mère maquerelle ayant poussé sa propre fille vers la prostitution et espérant voir ses petites-filles suivre le même chemin (ainsi le passage plutôt mignon où la benjamine s'affaire maquillée et déguisée en dame fait paradoxalement froid dans le dos) afin "d'aider la famille".

Les dialogues se font acerbes, les personnages oscillant entre renoncement alcoolisé (le père décrépit joué par Miles Mander) et joie de vivre de façade avec la figure de mère touchante malgré l'adversité que représente Marjorie Rambeau. Dans cet océan de noirceur, la candeur de Ginger Rogers et l'histoire d'amour enlevée avec Joel McRea offrent des respirations bienvenues à travers plusieurs jolis moments tendres.

Tout cela est peut-être malheureusement éphémère tant il semble difficile de faire oublier d'où l'on vient dans le regard des autres et surtout dans celui pour qui cela compte le plus. Ginger Rogers vacillante mais toujours la tête haute est absolument remarquable et offre une de ses performances dramatique les plus accomplies. Elle conserve une forme de dignité dans ses tentatives d'échappée comme dans ses renoncements qui rendent son personnage particulièrement attachant, n'en rendant que plus fort ses déboires sans que La Cava surenchérisse la veine mélodramatique dans sa mise en scène sobre.

Le film eu maille à partir avec la censure avec cette description sans fard de la prostitution qui si elles ne sont jamais nommée tel quel les montrent avec crudité dans leur vulgarité aguicheuse. La conclusion amène une facette plus lumineuse et positive à l'ensemble et si l'on est heureux pour les personnages difficile de ne pas y voir une convention destinée à adoucir la teneur du récit afin de le quitter sur une note d'espoir ténu.

Sorti en dvd aux Editions Montparnasse dans la collection RKO

Extrait

1 commentaire:

  1. nous avons parlé de ce film dans une autre vie. Je crois que le sordide est plus prononcé dans les termes que vous employez qu'en réalité : je m'obstinais à voir une comédie là où vous ne voyiez que la fange et ses éclaboussures. J'ai le souvenir d'une grand mère avide et avare,
    un sale personnage en somme, mais "mère macquerelle" non.
    Je vais l'ajouter à la liste des films que je dois revoir. Mon revirement sur le Max Ophüls est bien la preuve qu'on ne voit pas deux fois la même chose (quand nous échangions des mails, je me relisais et m'efforçais d'écrire le mieux possible. Dans cette petite fenêtre ce n'est d'une part pas possible et d'autre part je me suis laissé contaminer par votre français exotique, excentrique, qui me libère de la forme orthopédique de l'orthographe).

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