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lundi 28 mai 2012

Dangereuse sous tous rapports - Something Wild, Jonathan Demme (1986)


Charles, un bourgeois bien sous tous rapports, à l'existence tranquille, voit sa vie bouleversée par l'arrivée dans sa voiture de la sexy Audrey Hankel. Tous deux s'offrent le temps d'un week-end une fugue pleine de péripéties. Cette escapade prendra toutefois une tournure dangereuse avec la rencontre de Ray Sinclair, l'ancien mari d'Audrey.

Milieu des années 80. L'ère du matérialisme et de la réussite est à son sommet, le légendaire greed is good du Gordon Gecko de Wall Street ne s'est jamais autant vérifié et les yuppies new yorkais sont désormais les nouveaux dieux et modèles de réussite sociale. Quelques œuvres remettent en cause ce modèle avec le roman American Psycho de Bret Easton Ellis et son yuppie serial killer ou le fameux Wall Street d'Oliver Stone. Something Wild qui vaudra sa premier grand succès à Jonathan Demme s'inscrit dans cette veine même s'il est différent. Plutôt que la verve cynique des titres précités, Demme porté par le script prodigieux d’E. Max Frye va donner un étonnant mélange de conte, de film noir et de screwball comedy à sa critique sociale.

Charles Driggs (Jeff Daniels) est un cadre haut placé en passe de devenir vice-président de sa compagnie. Déjeunant dans un bar, un acte aussi futile que révélateur sur son attrait pour le danger change son destin : il part sans payer l'addition. Dès lors la mystérieuse Lulu alias Audrey (Melanie Griffith) lui met le grappin dessus et l'entraîne dans une suite de péripéties inattendues. Toute la construction du film fonctionne sur le motif du double. Double nature du héros incarné par Jeff Daniels, yuppie coincé dont la nature aventureuse, violente et déjantée va se révéler à lui de manière surprenante. Mélanie Griffiths avait de manière plus référentielles incarnée une figure double dans l'année précédente dans le Body Double de Brian De Palma.

Cette nature symbolique demeure ici avec son look de brune sensuelle et mystérieuse toute de noir vêtue du début de film (reprenant volontairement celui de la Loulou de Pabst le rapprochement avec les personnages de Louise Brooks étant évident) puis blonde fragile et innocente dans la seconde partie. Le film en lui-même bascule de la joyeuse, délirante et joyeuse screwball comedy moderne au pur cauchemar dans un mouvement qui rappelle le Blue Velvet de David Lynch, le After Hours de Martin Scorsese mais aussi Alice au pays des merveilles où Mélanie Griffith fait office de lapin blanc entraînant Jeff Daniel vers un monde fou et inconnu.

La folle aventure dans laquelle il est entraîné plus ou moins volontairement offre à Driggs le piquant qui manque à sa vie avec une fascinante Mélanie Griffiths. On pense d'abord avec son allure brune à une femme fatale de film noir qui va se jouer du héros mais au contraire c'est un personnage candide qui trouve le partenaire idéal en Driggs dont elle a décelée la douce folie, les deux offrants des moments très touchant (la réunion d'anciens élèves, la rencontre avec la mère de Lulu). Mélanie Griffith offre une de ses plus attachantes prestations, tout comme Jeff Daniels gauche et maladroit.

Le couple provient pourtant de deux mondes bien différent, l'upper class new yorkaise et l'Amérique white trash se confrontant avec fracas dans la seconde partie et l'arrivée du très inquiétant Ray Sinclair (Ray Liotta) ex fiancée ultraviolent d'Audrey. La nature imprévisible de l'intrigue si charmante jusque-là prend un tour bien plus inquiétant, les coups de folie de Sinclair faisant surgir des éclats de violences saisissant qui font virer le conte coloré au thriller menaçant, la tonalité estivale éclatante cédant aux ténèbres (on pense à nouveau à Blue Velvet).

Même si elle parait nettement plus soft aujourd'hui (Tarantino est passé par là pour ce croisement de violence, de légèreté et d'humour noir), cette violence fit son petit effet à l'époque et la performance électrisante de Ray Liotta (l'autre grande révélation du film) dont le regard bleu magnétique rongé par l'amour maladif et la folie hante longtemps.

Jonathan Demme offre une mise en scène énergique et élégante où les élans les plus aériens (la scène de bal) côtoient des fulgurances plus détonantes à la manière de la brutale dernière confrontation avec Sinclair. La photographie de Tak Fujimoto se fait tapageuse pour accentuer cette nature de conte bariolé (mettant en valeur les très criard décors et look 80's) qui s'estompe progressivement. Le procédé accompagne ainsi progressivement la transformation des héros. Au bout de l'odyssée, Driggs a découvert une autre part de lui-même et qui rend tout retour à son ancienne vie rangée impossible.

Sous ses aspects provocateurs, Audrey aspire à bien plus de sécurité et d'affection qu'il n'y parait. La chanson Wild Things revenant en boucle dans la bande-son illustre donc cette facette double (avec les reprises à la tonalité menaçantes, joyeuses ou sauvage de la chanson) où libérer ses instincts peut être libérateur comme destructeur. La dernière scène où Melanie Griffiths arbore une allure glamour et virginale (clin d'œil Hitchcockien de Demme qui rapproche l'actrice de sa mère Tippi Hedren dans Marnie) signe ce nouveau départ possible dans cette très jolie fin.

Sorti en dvd zone 2 français chez MGM mais privilégier la belle édition Criterion en zone 1 et doté de sous-titres anglais.

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