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mercredi 9 mai 2012

Femmes - The Women, George Cukor (1939)


Mary Haines est l’épouse exemplaire d’un homme d’affaires Stephen Haines et mère d’une petite fille. Elle est entourée d’amies plutôt cancanières, spécialement Sylvia Fowler qui sait quelque chose que Mary ignore. Stephen a une liaison avec Crystal Allen, une vendeuse arriviste. Grâce « aux bons soins » de Sylvia, Mary découvre la vérité. Après une forte confrontation avec Crystal, et poussée par Sylvia, Mary part à Reno pour y obtenir rapidement le divorce.

Souvent qualifié de cinéaste de "la femme" par sa capacité à capturer la psychologie féminine, George Cukor prenait l'adage au pied de la lettre en 1939 en s'attaquant à The Women. A l'origine on trouve une pièce de Clare Boothe Luce, triomphe sur les scènes de Broadway à son lancement en 1936 et qui totalisera pas moins de 666 représentation. Dépeignant les mœurs de la haute société de Manhattan à travers ses femmes, la pièce avait pour originalité sa distribution exclusivement féminine mais également des dialogues très crus pour les échanges acerbes entre les protagonistes. Dès 1937, les droits du film sont achetés en vue d'en faire un véhicule pour Claudette Colbert qui serait dirigé par Gregory LaCava (qui se rattrapera sur le merveilleux Pension d'artiste en projet au féminin) mais le projet n'aboutira pas.

Il faudra attendre 1938 pour que le projet avance, la MGM l'envisageant désormais pour Norma Shearer et Carole Lombard. Seule la première sera finalement de la production tandis que s'ajoute le réalisateur idéal pour un tel matériau avec un George Cukor fraîchement disponible après avoir été congédié du plateau d'Autant en emporte le vent par David O'Selznick.

Le principe du casting totalement féminin est conservé (au contraire du remake de 1956 The Opposite Sex trahissant le concept en incluant des acteurs) va donner une des distributions les plus extraordinaires de l'époque : Norma Shearer donc, mais aussi Joan Crawford, Rosalind Russell, Joan Fontaine, Paulette Goddard, Phyllis Povah (seule rescapée des acteurs de la pièce et reprenant le rôle qu'elle y tenait) pour un total de 130 rôles plus ou moins conséquent.

Dès l'ouverture, on saisit bien que The Women est un film "sur les femmes" et non pas féministe avec un générique où nous sont présentés les héroïnes, chacune étant associées à un animal reflet de leur personnalité allant du peu flatteur au réellement moqueur. La métaphore sur la jungle que constitue la communauté féminine est posée mais c'est plutôt à un poulailler qu'on songera durant la première séquence. Nous sommes dans un salon de soin où Cukor fait virevolter sa caméra du bain de boue à la manucure, de la salle de massage à la coiffure tandis que partout résonne une sorte de piaillement infernal, magma indistincts de médisances, commérages et méchancetés.

L'un d'entre eux se distingue bientôt de l'ensemble lorsqu'on apprend que l'épouse modèle Mary Haines est trompée par son mari avec une vendeuse de parfum. Cukor croque avec un mordant jubilatoire la sournoiserie de ce groupe de femme qui loin de plaindre leur "amie" répandent la rumeur et multiplie face à elle les allusions désobligeante. La plus odieuse et hypocrite est incarnée par une Rosalind Russell survoltée qui rend sa Sylvia Fowler aussi détestable qu'hilarante.

On n'en dira pas autant de Joan Crawford dans le rôle de la maîtresse croqueuse de diamants Crystal Allen, vénale et sans scrupule. Joan Crawford vampirise totalement son image de jeune fille pauvre et ambitieuse et anticipe les futurs emplois de la Warner avec cette séductrice carnassière bien évidemment associée à un fauve lors du générique.

La rivalité avec Norma Shearer au sein du film en dissimulait d'ailleurs une autre bien réelle dans les coulisses de la MGM. Norma Shearer était en effet mariée à Irving Thalberg, producteur et bras droit de Louis B. Mayer président du studio. Ce statut amena Joan Crawford à l'accuser d'en jouer pour obtenir les plus beaux rôles du studio. Les scènes les opposant ne s'en trouvent que plus chargée d'électricité tel ce face à face dans le salle d'essayage où la "biche" Norma Shearer se fait dévorer toute crue par l'impitoyable panthère Joan Crawford.

L'intrigue un peu lâche tourne ainsi autour de ses différentes intrigues amoureuse où on va croiser d'autres extravagant personnages tel la chorus girl à croquer Miriam Aarons (Paulette Goddard), une comtesse échaudée mais toujours prête pour une nouvelle passion (Mary L'amour l'amour Boland) et la plus timide et introvertie Peggy (Joan Fontaine) toutes sur la route du divorce à la ville de Reno.

Tous ses différents personnages sont des miroirs possibles de l'attitude à adopter pour une Norma Shearer toujours amoureuse mais ne pouvant surmonter l'humiliation de la tromperie. Sous les excès, le script est d'une grande finesse pour mettre à jour les questionnements soulevés par la situation de l'héroïne.

Doit-elle comme le lui conseille sa mère fermer les yeux comme si de rien n'était car "les hommes sont ainsi", affirmer sa liberté de femme moderne et punir l'infamie par le divorce ? La réponse est entre les deux et lui sera donné le temps d'un brillant dialogue avec Paulette Goddard, suivre son cœur et se battre pour son homme si elle tient toujours à lui.

Ni misogyne, ni féministe mais simplement humain obéissant à leur sentiments profonds : voilà la vision de la femme pour Cukor et le cheminement que suivra Norma Shearer. Au diable les mauvais conseils et la fierté lors de la géniale conclusion où l'oie blanche Mary Haines se transforme en harpie digne de ses adversaires et se joue enfin d'elles.

Cukor mène tambour battant un film long de 2h15 sans vrais rebondissements, sans vraies grandes trame directrice. Il parvient à ne jamais ennuyer dans ce qui se résume à de longues conversation entre femmes par un sens du rythme (les répliques assassines même édulcorées pleuvent sans férir, Mrs Prowler !), de la trivialité vulgaire assumée (la bagarre assez chaotique à la ferme de Reno) et une élégance visuelle époustouflante tel cette irruption inattendue du technicolor le temps d'une présentation de mode classieuse. Et bien évidemment des stars au seconds rôles en passant par la moindre figurante la femme, drôle, séduisante, ridicule ou fragile est magnifiquement mise en valeur.

Sorti en dvd zone 2 français chez Warner

4 commentaires:

  1. J'ai un souvenir détestable de ce film auquel il faudrait sans doute que je redonne une chance.

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  2. Oui si on ne rentre pas dedans ça peut assez vite être insupportable vue l'hystérie et la superficialité de certains personnages, retente oui ! Sinon entre ce film et le "Chaînes conjugales" de Mankiewicz on voit où ont été s'inspiré les créateur de Desperate Housewiwes ça saute aux yeux.

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  3. je n'ai encore rien vu, rien lu, mais depuis LES CHAUSSONS ROUGES je porte Norma Shearer aix nues
    Joan Crawford est superbe dans tous ses rôles (sauf dans GRAND HÔTEL …)

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  4. Attention grosse confusion entre Norma Shearer l'actrice hollywoodienne emblématique de la MGM et Moira Shearer danseuse étoile de métier reconvertie actrice dans "Les Chaussons Rouges" et quelques autres films (on la voit dans "Les Contes d'Hoffman et "Le Voyeur" tojours chez Powell/Pressburger entre autre) à part le nom pas du tout la même personne !

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