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jeudi 21 mars 2013

Ladybird - Ken Loach (1994)


Maggie a eu quatre enfants de quatre hommes différents. A la suite d'une liaison violente, l'assistante sociale lui retire la garde de ses enfants. Elle rencontre Jorge, refugié latino-américain et parvient enfin au bonheur. Ensemble, ils vont tout tenter dans un long combat contre l'administration pour reprendre les enfants de Maggie.

Ken Loach réalisait un de ses films les plus poignants et captivant avec Ladybird.  Loach y développait un récit habilement construit et nettement moins linéaire que ces œuvres précédentes servant un propos lucide et implacable sur les faillites du système. Le film s’ouvre sur la rencontre entre notre héroïne Maggie (Crissy Rock) avec Jorge (Vladimir Vega) émigré sud-américain auquel elle va raconter son histoire illustrée en flashback. Tout comme il le fera dans Carla’s Song (1995), Ken Loach évite toute ficelle romantique pour lier ses personnages. Ce sont  les épreuves et les douleurs qui les lieront,  leur détresse respective qui vont les rapprocher. On apprend ainsi le passé violent et douloureux de Maggie, l’ayant amenée à avoir quatre enfants de père différents, à fréquenter systématiquement des hommes brutaux et à en perdre la garde. 

 Sans négliger le parcours pénible de Maggie, Loach ne la pose pas non plus en victime innocente du système. Sa responsabilité est clairement engagée sur certains drames de sa vie tel cet incendie se déclenchant dans la chambre de ses enfants alors qu’elle se trouve au karaoké ou sa tentative d’enlèvement lorsqu’ils lui seront retirés une première fois.  Ken Loach ne masque pas les défauts de son héroïne et critique le système dans la façon dont il l’enfonce dans ses travers sans lui proposer de vraies solutions  pour s’en sortir.  Formant avec Maggie un couple d’opprimés, Jorge narre à son tour les péripéties l’ayant menés en Angleterre et sortant d’un régime fasciste il a un regard idéaliste du fonctionnement des institutions de son pays d’accueil. Comme dans Carla’s Song ou Bread and Roses, Jorge fait office  d’écho à des personnages symptôme s en lutte avec le système. 

Cette absence d’accompagnement des institutions se signalera cruellement lorsque Maggie tentera de remettre de l’ordre dans son existence. La société ne lui pardonne pas ses erreurs passée et s’appuie sur celles-ci pour la priver du bonheur.  On assistera ainsi par deux fois  à l’enlèvement des nourrissons du couple de manière physiquement et psychologiquement très éprouvante, se déroulant à la maternité même. Les tribunaux où vont se défendre Maggie et Jorge sont des lieux de stigmatisation et d’oppression où leur mode de vie est scruté et jugé.

Le caractère indompté de Maggie (Crissy Rock à fleur de peau est époustouflante) de Maggie la rend face à cette injustice incapable de s’adapter, de jouer le jeu du système pour parvenir à ses fins.  On le constatera lors de l’accueil agressif réservé à l’assistance sociale à chacune de ses visites. Maggie face à ses désillusions ne devient qu’un bloc de haine et de désespoir, tout comme Jorge découvrant l’injustice au sein de cette terre promise étrangère. Loach fait perdre à leur appartement sa dimension apaisante en en faisant un lieu de repli narcissique et de renoncement. Il perd aussi portée intime avec l’intrusion à tout moment de la police ou des assistantes sociales. 

La conclusion s’avère terrible et paradoxale. On quitte Maggie après un nouvel et insoutenable enlèvement de son bébé tandis qu’un carton nous indique qu’elle et Jorge ont finalement pu enfin fonder une famille mais qu’ils n’ont jamais revus leurs aînés. Loin d’être une facilité (inspiré d’une histoire vraie l’issue fut effectivement de cet ordre) ce paradoxe exprime parfaitement le propos de Ken Loach. Contrairement à nombre de ses films, le réalisateur ne s’attaque pas à l’inefficacité des structures sociales. Leur action est nécessaire et logique mais ne fonctionne que sur une logique de privation, de punition ne tient compte que des faits au détriment de l’individu. Maggie ne sera qu’un pion, qu’une affaire de plus à résoudre pour une entité froide et austère oubliant l’humain et ne la mettant jamais en position de s’en sortir. Comme dans Carla’s Song (vrai film jumeau de ce Ladybird) le poids du passé s’avère insurmontable et empêche les héros d’avancer.

Sorti en dvd zone 2 français chez Diaphana

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