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vendredi 29 mars 2013

Le Flambeur - The Gambler, Karel Reisz (1974)


Axel Freed est un professeur de littérature qui a un vice : le jeu. Un vice qui lui fait perdre tout son argent, sa petite amie et l'affection de ses proches. Une descente aux enfers qui ne l'empêche pourtant pas de continuer à dépenser son argent aux tables de jeux...

Karel Reisz signe son premier film américain avec The Gambler, transposition moderne façon polar urbain du Joueur de Dostoïevski. C'est ce dernier aspect qui semble faire le lien avec la filmographie anglaise de Karel Reisz alors qu'à première vue ce cadre semble bien éloigné de son univers. Bien au contraire, l'addiction au jeu du héros autobiographique de Dostoïevski (puisque l'auteur était dévoré lui-même par le même démon du jeu) rejoint totalement les thématiques du réalisateur. Les héros de Karel Reisz sont tous des obsessionnels névrosés en quête d'un absolu les faisant fuir leur mal-être, leur environnement oppressant. Le plus marquant reste l'ouvrier incarné par un Albert Finney s'étourdissant en beuveries pour oublier sa condition sociale dans Saturday Night and Sunday Morning (1960), bientôt suivi par David Warner amoureux acharné dans le survolté Morgan (1966) et une Vanessa Regrave tout entière consacrée à son art de la danse dans Isadora (1968) flamboyant biopic d'Isadora Duncan. Le Nick Nolte traumatisé par la guerre du Vietnam suivrait également dans le précurseur Les Guerriers de l'enfer (1978).

Le film s'ouvre sur une frénésie de notre héros Axel Freed (James Caan) qui se met dans un terrible pétrin dans une salle de jeu clandestine ou ne sachant s'arrêter malgré les avertissements il contracte une dette de 44 000 dollars. L'ensemble de l'intrigue le verra tenter de rattraper ce dérapage tout en essayant de réfréner ses pulsions de jeu. James Caan est toujours excellent lorsqu'il s'agit de dévoiler la fragilité de personnages qui en apparence en impose (le Sonny Corleone du Parrain, le cambrioleur du Solitaire) et son prestation intense ne fait pas exception ici.

Réfléchi et mélancolique après ses errements (les multiples inserts où il se revoit pariant), pris de folie mais lucide sur les risques encourus (ces mêmes inserts teintant de regrets ses actes lorsqu'il repense à ceux l'ayant aidés sa mère notamment) le personnage possède un vrai charme et une détermination qui le rendent attachant, fragile et font comprendre cette force de conviction qui l'enfonce en fait face au bookmaker conciliant ou aux amis trop compréhensifs qu'il tape. On a ainsi une relation mère/fils fort bien illustrée par Reisz avec une Jacqueline Brookes poignante en mère dépassée et la romance entre Caan et Lauren Hutton parait faussement superficielle au départ pour prendre un tour tout aussi fort et intime.

Sans surligner à l'excès, le scénario de James Toback lance quelques pistes passionnantes quant à la nature du vice d'Axel. Les scènes de cours (il est prof de littérature) nous éclairent à travers ses choix de lecture avec une allusion directe à Dostoïevski et sa notion du 2+2 = 5. Cette idée exprime complètement le fonctionnement du danger recherché par le joueur (ou l'artiste, le sportif comme il est suggéré) qui pense un court instant surmonter la logique naturelle des choses et la transcender dans par sa prise de risque. C'est cette adrénaline qui est recherchée par le parieur compulsif, la défaite est indispensable au plaisir des rares victoires et le gain n'a finalement que peu d'importance (la scène où il défie de jeunes basketteurs).

Caan dans sa fuite en avant semble constamment rechercher cela, prenant des risques insensés alors qu'il est renfloué, défiant la chance à l'excès lorsqu'elle lui sourit enfin. Autre point intéressant, le carcan de son milieu juif respectable, nanti et étouffant semble provoquer ce besoin de liberté pour Freed tel cette scène où il flambe la somme qu'il devait rembourser après les remontrances de son oncle sur sa petite amie Lauren Hutton. Finalement, notre héros ne se sent vivant qu'à la table de jeu, quoi qu'il lui en coûte.

Reisz qui avait si bien su filmer les milieux populaires dans son Saturday Night and Sunday Morning est tout aussi inspiré capturer cette urbanité new yorkaise, ses salles de jeux enfumées (hormis une escapade plus prestigieuse à Las Vegas) ou son ghetto noirs hostile à la fin. On baigne dans une atmosphère de polar même s'il n'y a pas de réelle intrigue policière notamment avec un joyeux casting de trognes connues tel Paul Sorvino en ami bookmaker ou un mémorable Burt Young en homme de main rappelant virilement leurs dettes aux mauvais payeurs. La déchéance est totale pour notre héros qui n'y réchappera finalement qu'au prix de son âme, la seule chose à parier restant finalement sa vie dans un tragique final suintant la haine de soi. Un grand Karel Reisz.

Sorti en dvd zone 1 chez Paramount et doté de sous-titres anglais ainsi que d'une vf

Extrait

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