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lundi 18 mars 2013

Le Droit d'aimer - My Reputation, Curtis Bernhardt (1946)

En 1946, aux États-Unis. Une jeune veuve est partagée entre son amour pour un séduisant militaire et la peur du scandale.

Un beau mélodrame qui annonce en tout point le fameux Tout ce que le ciel permet de Douglas Sirk (1955). Il y est déjà question de l'enfermement moral au cœur d'une Amérique provinciale où une femme va défier les conventions bien malgré elle. Jessica Drummond (Barbara Stanwyck) est une jeune veuve que la perte récente de son époux plonge dans un grand désarroi, autant par la douleur de l'absence que par le constat qui en découle sur sa situation personnelle. D'abord soumise à l'autorité d'une mère (Lucile Watson) à cheval sur les conventions puis mariée et mère très jeune, Jessica n'a jamais réellement vécu pour elle ni suivie ses désirs profonds.

 Aujourd'hui avec son mari disparu et ses fils partis en pension, elle doit faire face au grand vide que constitue sa vie. Barbara Stanwyck, fragile et à fleur de peau offre une touchante prestation en femme esseulée se rendant soudain compte de sa dépendance aux autres, de sa vulnérabilité dans cette vie sans but. 

La mise en scène de Curtis Bernhardt et le scénario isole constamment Barbara Stanwyck, les situations les plus anodines renforçant sa détresse tel ce pique-nique en famille annulé par une sortie des enfants avec leurs amis concluant la scène une plongée sur la silhouette de Jessica seule face à cette grande maison vide (on pense aussi à sa première apparition son visage illuminé dans l'obscurité de sa chambre soulignant déjà l'expression de sa solitude). Le monde qui l'entoure s'avère terriblement oppressant avec les commérages constants animant la communauté au moindre geste de chacun et la montre proie des maris infidèles en quête d'aventure.

 Quelques pistes sont lancées sur une rébellion possible de l'héroïne face à cet environnement avec ses conflits constant avec sa mère, veuve nichée dans sa tour d'ivoire conformiste qu'elle souhaiterait voir rejoindre sa fille trop passionnée à son gout. Le salut viendra bien sûr d'un homme dont l'amour saura la libérer de ces entraves. Si Bernhardt ne verse pas dans l'archétype de Tout ce que le ciel permet qui faisait du sauveur un homme des bois massif incarné par Rock Hudson, George Brent gouailleur, viril et protecteur incarne un esprit indépendant totalement opposé à la personnalité timorée de Jessica et à la société guindée qu'elle fréquente. 

Les scènes entre eux sont chargées d'une sensualité et symbolique marquée. Barbara Stanwick s'agrippe à George Brent la ramenant en ski à son chalet lors de leur première rencontre comme pour signifier ce soutien dont elle a besoin pour échapper à son monde mais chute en essayant de rattraper son chapeau envolé, celui-ci exprimant encore les peurs et réticence à vivre sa vie. Barbara Stanwyck qui lascive et sensuelle nous faisait tourner la tête avec un bracelet à la cheville deux ans plus tôt dans Assurance sur la mort propose une performance brillamment inversée et tout aussi troublante, de plus en plus féminine et sensuelle a son insu au contact de Brent (l'abandon des coiffures stricts pour ses cheveux lâché la mettant en valeur n'intervenant qu'a partir de leur rencontre). 

Il faut la voir ici reculer pour mieux sauter face aux assauts de George Brent dont une scène où l'émoi se dispute à la gêne quand il la caresse longuement tandis qu'elle est recroquevillée sur son canapé dans la solitude d'une chambre d'hôtel. Audacieux titillement du Code Hays d'autant que même si cela reste sous-jacent on devine dans la dernière partie une Jessica libérée prête à coucher avec son amant hors de la sacro sainte institution du mariage.

Il est également question d'opposition de classe dans cette échappée, George Brent avec ses manières rudes et son franc parlé n'ayant rien à voir avec cette bourgeoisie provinciale hypocrite. C'est là que réside les réticences des "amies" de Jessica et de sa mère qui par contre ne voit aucun mal à voir l'héroïne refaire sa vie avec l'ancien comptable de son époux, guindé, coincé et copie conforme des hommes de leur sphère. A nouveau on retrouve en moins extrêmes les conflits qui seront au cœur de Tout ce que le ciel permet lorsque Jane Wyman sera poussé dans les bras d'un croulant à la sexualité moins agressive que le charpenté Rock Hudson. Dernier point commun, le poids de la rumeur qui atteint les enfants et éveille leur intolérance en les montrant incapables d'accepter de voir leur mère refaire sa vie. 

Le constat est moins désespéré ici par la jeunesse des enfants, rendant leur réaction compréhensible (à l'opposé des jeunes adultes détestable qu'on verra chez Sirk) et donnera l'occasion à Barbara Stanwick de se montrer à nouveau bouleversante dans une scène de confession impudique magnifique. Globalement Sirk tire constamment son propos vers la tragédie et l'amertume sous la flamboyance des images quand dans son film précurseur Bernhardt maintien constamment une lueur d'espoir à l'image de la belle conclusion. Un grand et beau mélodrame hollywoodien et un des plus beaux rôles de la grande Barbara Stanwyck.

Sorti en dvd zone 1 chez Warner, le disque est multizone et sous-titré français

Extrait

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