Bouffeur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que ça intéresse tout mes visionnages de vieilleries, coup de coeur et nanar potentiels. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau visionnage et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

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dimanche 24 mars 2013

Chorus (1978-1981)


Certains exégètes du rock distinguent son âge d’or en deux périodes distinctes, 1965-1968 et 1977-1979. Non pas que les autres années déméritent en grands disques, loin de là, mais sortis du rock’n’roll des pionniers, tout les soubresauts (culturels, vestimentaires) de cette musique semblent influencés et déterminés par ces deux moments clé. Pour exemple, le rock progressif et le hard rock, genres rois de la première moitié des 70’s, ne  sont que des prolongements pour le premier des expérimentions de la vague psyché et le second des ruades du rock garages des sixties. Quant à la vague grunge des années 90, elle reproduisait différemment les phénomènes du mouvement punk, tant dans sa culture du « do it yourself » que par sa récupération future par les majors. On peut en dire autant des années 2000, vraie décennie du revival, qui n’aura rien inventé mais contribué à brillamment faire revivre toutes les autres grâce à des groupes doués et cultivés (la démocratisation du piratage aidant…)

En France, si nous avons pu faire preuve de quelques éclats au niveau de la pop (le séisme Gainsbourg n’étant pas des moindres), pour ce qui est du rock, nous avons toujours été sérieusement à la traîne. Le premier âge d’or vit les groupes de rock français noyés sous la vague yé yé (qui éclipsait même parfois les artistes étrangers avec d’affreuses relectures franchouillardes de tube Motown entre autres) et un peu plus tard, seuls des ovnis comme Magma (groupe de rock progressif majeur ayant entre autre inventé sa propre langue dans laquelle étaient chantés les morceaux) pu se faire connaître hors de nos frontières. On en revient donc à ce fameux deuxième âge d’or 77-79, qui vit l’émergence du punk, de la new wave et du post punk. Les groupe français doués trouvaient une certaine audience et la télévision se faisait enfin le relais des secousses musicales venues d’ailleurs. Parmi les émissions phares, Chorus est une des toutes premières et sans doute la plus culte. Le programme naquit et disparu comme souvent d’un concours de circonstances typiquement français : le fils adolescent du président de la chaîne était féru de rock puis s’en désintéressa une fois entré en grande école.

Le coffret édité par l’INA se propose de montrer les meilleurs moments de l’émission. La vision (ou revision pour les plus âgés) de cet intact panorama de la modernité de Chorus s’impose, autant par rapport aux émissions qui l’ont précédé que de celles qui ont suivies. Avant Chorus, les quelques émissions rock apparues donnaient dans un sérieux de cathédrale vraiment pas rock’n’roll, comme Pop 2 (présenté par Patrice Blanc-Francard), où des rock critics abordaient la chose sur un ton professoral poussiéreux. Les Enfants du Rock durant les 80’s offre le seul pendant valable à Chorus, mais le talent très relatif de certains groupes phares de l’époque range plus l'emission du côté d’une certaine nostalgie. Aujourd’hui, on citera bien évidemment Taratata, mais entre son très envahissant Nagui et une programmation qui oscille entre rock (classique comme nouveaux talents) et grosse variété française, le quota est loin d’être rempli.

Chorus évitait tout ses écueils grâce à la passion communicative et l’éclectisme d'Antoine De Caunes, qui mettait en avant ce qui était au bout du compte la seule chose importante : la musique. La présence de l’animateur se faisait donc minimale, uniquement informative et tournée vers la dérision, avec de cours modules farceurs (où intervenait le trublion Jacky, plus connu pour être un des acolytes de Dorothée) entre les performances des artistes. Les 3 DVDs du coffret reflètent donc parfaitement les évolutions musicales de ce moment charnière et la programmation ouverte d’Antoine de Caunes.

Chacun des menus déroule une suite de prestations enchaînées (playlist), un plus long live consacré à un groupe phare (Big concert) et quelques performances rallongées de deux ou trois titres (live express). Sur le premier disque, tous les ténors du post punk et de la new wave naissants s’enchaînent donc avec Magazine, Siouxsie and The Banshees ou encore une prestation explosive des Cure (avec pour les fans la mythique A Forest interprétée sur des paroles différentes !). On s’amusera d’ailleurs pour ces derniers de l’allure d’adolescents débraillés arborée par un groupe au look futur si étudié (Robert Smith osant le bas de survêtement rose !). Le gros morceau : un live incandescent des Clash alors que l’immense London Calling vient de sortir.

Le second disque fait honneur à la vague française, avec les aussi doués qu’oubliés Marquis de Sade, Taxi Girl ou encore les Dogs, tandis que Téléphone tient son rang de Rolling Stones/Who français par une flamboyante prestation. Autres moments forts : les Jam de Paul Weller, au sommet de leur art, les Undertones teigneux et l’hilarant set des rude boys de Madness. Pat Benatar, aisément rangé au rayon des plaisirs coupables aujourd’hui, offre également un moment phénoménal sur une Heartbraker sauvage. Le troisième disque est plus éclaté, entre la présence surprenante de Yellow Magic Orchestra (premier groupe de Ryuichi Sakamoto), le folk envoûtant de John Martyn, le rock classieux des Pretenders ou la rage de Elvis Costello.

Là aussi on constate un réel fossé avec la manière de filmer la musique live aujourd’hui. Chorus datant des balbutiements du clip, tous les tics cherchant à dynamiser le rapport musique/image (pour le meilleur et pour le pire) sont absents, au privilège d'une mise en scène (assurée par Don Kent et Claude Ventura) totalement au service des musiciens et de leur performance. La caméra suit le plus souvent un musicien seul ou l’ensemble du groupe en se plaçant à différents endroits de la scène (grand plan d’ensemble du fond de la salle, caméra portée derrière le batteur ou accompagnant les musiciens sur scène) dans un montage très peu découpé, où on savoure en leur entier les prouesses musicales des plus chevronnés, tels un Stewart Copeland au feeling stupéfiant à la batterie pour Police. Le public, sans être invisible, ne se devine qu’à travers les réactions des artistes (la caméra passant souvent derrière l’artiste au micro) et n’est réellement mis en avant qu’en cas de sollicitations fougueuses des groupes comme les sauts de kangourous communicatifs de Madness ou les assauts teigneux de Elvis Costello.

Tournés au théâtre de l’Empire puis au Palace, les concerts de Chorus étaient diffusés à l’heure dominicale le dimanche et éveillèrent toute une génération à des sonorités nouvelles de 79 à 81. Les images d’époques sont plutôt bien conservées et ces presque 9h de musique sont un vrai enchantement, même s’il semble que pas mal aient été coupées (Devo ? Roxy Music ?)... peut être pour un volume 2 en cas de succès (?) Pas de bonus, si ce n’est un livret contenant des interviews d'Antoine De Caunes et Yves Bigot et un petit historique de l’émission. Quelques recherches permettront de mettre la main sur de savoureux bonus cachés entre l’hypnotique passage de Kratwerk (sans public !) et une interview décalée des Stray Cats où Jacky s’en donne à cœur joie dans le grotesque.

Sorti en dvd aux éditions de l'INA

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