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lundi 4 mars 2013

Lune de miel mouvementée - Once upon a honeymoon, Leo McCarey (1942)



Vienne 1938. Katie O’hara, une jeune chanteuse américaine, épouse un riche baron proche des nazis, ce qu'elle ignore. Pat O'Toole un journaliste mondain britannique qui enquête sur ce mariage, est séduit par Katie et commence à s'intéresser aux activités de son mari. Il décide alors de les suivre dans leur lune de miel à travers une Europe en guerre.

Lune de miel mouvementée permet à Leo McCarey, à l'instar du Lubitsch de To Be Or Not to Be de croiser drame et comédie pour évoquer la dure réalité de l'invasion nazie en Europe. S'il n'égale pas le chef d'œuvre de Lubitsch (sorti la même année mais plus risqué car tourné avant Pearl Harbor et l'engagement des USA dans le conflit), McCarey signe une grande réussite aussi charmante qu'audacieuse dans ses élans de noirceur.

Tout démarre dans la plus grande frivolité avec les préparatifs de mariage de la faussement distinguée Katherine Butt-Smith dissimulant la vraie fille de Philadelphie Katie O’hara (Ginger Rogers) avec un baron autrichien tandis que les troupes allemandes sont aux portes de Vienne. En une scène de conversation téléphonique avec sa mère restée aux USA, McCarey pose le caractère de son héroïne, coureuse de château en Espagne et de distinctions les plus éloignées possibles du milieu populaire dont elle est issue. Problème, le Baron Von Luber (Walter Slezak) est un dangereux agent double à la solde des nazis facilitant la chute des régimes convoités par Hitler par ses manigances. Le journaliste Pat O'Toole (Cary Grant) tentera de la mettre en garde en vain mais tombé amoureux, il la poursuivra à travers une Europe à feu et à sang pour la sortir de ce mauvais pas.

On est ici dans un registre différent de To Be Or Not to Be ou la tension et la grosse farce cohabitaient avec un brio confondant. La légèreté n'intervient là que par l'intermédiaire de ces deux personnages principaux et elle ne fera que s'estomper au fil de la prise de conscience de Ginger Rogers et de notre découverte d'un monde en plein chaos. On rit ainsi bien fort lors du quiproquo voyant Cary Grant se faire passer pour le couturier afin d'approcher Rogers (ou dans sa manière de prononcer le Butt de Butt-Smith les anglophones s'esclaffent et le Code Hays ne voit pas passer l'injure) , son jeu de saxophone dans la cabine voisine d'un train et quelques autres petits gags bien sentis. McCarey introduit ainsi joliment la romance naissante où les regards insistants et l'attirance se font jour entre deux pitreries mais aussi l'inconscience de Ginger Rogers sur la situation et les enjeux lors de ce moment où Grant lui fait écouter une allocution radio prouvant la duplicité de son fiancé sans réaction de sa part.

Ginger Rogers dans son registre de fille du cru (hilarante scène où elle teste un espion en imitant tous les accents des Etats américains) n'a que faire de ces affaires politiques, non, pour elle l'éveil viendra bien sûr du contact avec le réel plus que par de grands discours. On découvrira ainsi la vraie bonté qu'abrite le personnage lorsqu'elle sauvera sa femme de chambre juive et ses enfants en lui confiant papiers et vêtements. Le réel s'invite aussi dans ces visions de destruction du ghetto de Varsovie où lors de ce passage où Grant et Rogers subissent l'ignominie des camps lorsqu'ils seront pris pour des juifs, choix osés dans le cinéma Hollywoodien de l'époque (qui au mieux ne faisaient que les évoquer sans les montrer).

En y regardant bien, le film est clairement le parcours initiatique de Ginger Rogers, Cary Grant ne servant que de guide et révélateur de cette réalité pour elle. Après la prise de conscience (la traversée d'une Europe tombant sous le joug de l'envahisseur), la dernière partie est celle de l'engagement, concrétisant le cheminement de Kathie. De spectatrice impuissante, elle passe à une vraie opposition en s'improvisant espionne. Ginger Rogers est très touchante ce registre habilement amené par McCarey notamment dans l'hésitation entre de ces nouveaux devoir (et ce patriotisme réveillé) et son amour pour Cary Grant notamment ce dernier dîner romantique où elle n'ose lui dire ses projet.

Cary Grant est tout aussi parfait et à contre-courant : voilà un héros masculin qui ne fait finalement qu'accompagner l'héroïne, ne la sauve concrètement jamais (voir l'évasion finale ou la fin de l'infâme baron) mais s'avère totalement indispensable. C'est une sorte d'ange gardien aidant Ginger Rogers à poser le regard là où il faut, à se poser les vraies questions et c'est à elle de faire le reste du chemin. Et bien évidemment il est toujours aussi irrésistible de drôlerie, sa réaction ahurie sur le bateau quand il pense avoir vu quelqu'un passer par-dessus bord est à pleurer. Un beau McCarey donc, intelligent, romantique et engagé.

 Sorti en dvd zone 2 français aux Editions Montparnasse dans la collection RKO

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