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jeudi 7 mars 2013

The Thing - John Carpenter (1982)


Hiver 1982 au cœur de l'Antarctique. Une équipe de recherche composée de 12 hommes découvre un corps enfoui dans la neige près d'une base norvégienne. Décongelée, la créature retourne à la vie en imitant la forme de n'importe quelle entité organique. Dès lors, le soupçon s'installe entre les hommes de l'équipe. L'un d'entre eux, MacReady, est prêt à tout pour empêcher la créature de se propager parmi les membres de l'équipe, qui commencent à perdre confiance en eux…

John Carpenter avait connu une ascension fulgurante avec ses quatre premiers films qui le mena logiquement à The Thing, son film le plus ambitieux à ce jour. Quasi inventeur du slasher avec le glaçant Halloween, il aura confirmé ses aptitudes pour le fantastique avec The Fog tandis que New York 1997 démontrait son aptitude à tirer une oeuvre ambitieuse d’un budget moyen tout en affirmant pour la première fois son iconoclasme symbolisé par le teigneux Snake Plissken.   

Le succès public et critique de ces films lui permet donc d’accéder à sa première production au sein d’un studio avec The Thing. Carpenter  était un grand admirateur de la première version signé par son modèle Howard Hawks qu’il découvrit enfant mais, plutôt qu’un simple remake il choisira de revenir aux sources de la nouvelle originale de  John W. Campbell  Who Goes There? Celle-ci s’axait plus sur l’aspect transformiste de la créature extraterrestre, sa capacité à dupliquer l’humain et la paranoïa qui en découlait au sein du groupe de personnages alors que Hawks avait signé un film de monstre plus classique dans sa transposition.

Carpenter saura parfaitement exploiter les moyens fournis par Universal (pour ce qui restera son plus gros budget) avec une longue pré production où il s’entourera d’une équipe technique de haut vol  avec entre autre le maquilleur Rob Bottin ou le maître du matte painting Albert Whitlock.The Thing inaugure chez Carpenter ce qu’on nomme dans son œuvre la trilogie de l’apocalypse et auxquels s’ajouteront Prince des Ténèbres (1987) et L’Antre de la folie (1995).

Sous haute influence de l’œuvre de Lovecraft, ces films évoquent une fin du monde causé par un ailleurs inconnu situé dans une autre dimension peuplée de créature innommables (Prince des Ténèbres), d’un esprit dérangé seul capable d’imaginer ces horreurs innommables (L’Antre de la folie) et pour ce The Thing qui inaugure le cycle l’apocalypse passera littéralement par cette illustration cette entité monstrueuse digne des grands Anciens dépeints par le maître de Providence. 

Dès l’ouverture et cet hélicoptère poursuivant un chien dans l’immensité arctique, une atmosphère de désolation pesante s’instaure. Les plans multiples sur le chien rescapé, la découverte du sort affreux de la base norvégienne puis celle de ce vaisseau spatial niché au cœur des glaces tissent habilement le mystère tout en nous introduisant remarquablement chacun des membres de l’équipe. Carpenter fit le choix d’un casting entièrement masculin, idée judicieuse puisque lorsque la paranoïa et la suspicion s’installe les comportements prendront immédiatement un tour violent et machiste dans les confrontations naissants de cet isolement.

L’ensemble des acteurs sont caractérisé avec un brio rare par Carpenter (l’individualiste MacReady, Clark responsable des chiens plus intéressé par ses bêtes et à l’écart du groupe) et finalement les surgissements du surnaturel se feront de plus en plus exacerbés au fil de l’ambiance délétère régnant au sein du groupe. Après une première et abominable manifestation de la Chose faisant muter le chien, plus rien n’est sûr. 

Les travellings traversent les couloirs de la station sans que l’on sache le regard de qui l’on suit, la musique glaciale et répétitive d’Ennio Morricone instaure un malaise constant. Carpenter nous fait même douter de notre seul point de repère lors d’une ellipse où le héros MacReady s’avère possible porteur du mal et rendant désormais toute éventualité possible. Ainsi préparé, nous allons assister aux créations cauchemardesques issues de l’imagination de Rob Bottin pour dépeindre la Chose. 

Carpenter voulait à tout prix s’éloigner du sempiternel homme en costume pour sa créature et les facultés d’imitation de la Chose lui permettent grâce à l’aide Rob Bottin d’éviter cet écueil. La Chose n’est pas un tout personnifié par une entité extraterrestre physiquement identifiée, mais une dérive dégénérée, organique et changeante des êtres copiés. On assistera donc à nombre de mutations en cours ou inabouties, des sursauts protecteurs terrifiant de cette chose aboutissant à de véritables aberrations difformes à la Jérôme Bosch. Après la transformation canine du début, tout s’avère donc possible et les évolutions les plus inattendues et insoutenables donneront des visions infernales tel celle de la fabuleuse scène du test sanguin, monument de tension mené de main de maître par Carpenter.

En ces temps d’avant le numérique, The Thing est un sommet des effets spéciaux physiques reposant sur le savoir-faire (les extérieurs en matte-painting de Whitlock pour montrer le vaisseau extraterrestre) et l’imagination, Rob Bottin (21 ans à peine mais déjà responsable des réussites des loups garous de Hurlements entre autre) auquel Carpenter laissa une grande liberté et qui expérimenta grandement pour donner vie à ses idées les plus folles. Dans une œuvre d’une telle noirceur, l’issue ne peut être positive et Carpenter nous offrira une fin ouverte et ambigüe dont on ne peut imaginer un aboutissement heureux. 

Tous cet ensemble de décisions courageuse contribuera à faire de The Thing un des plus grands films d’horreur jamais réalisé, mais seulement au fil du temps et du statut culte progressivement acquis. Au moment de sa sortie, The Thing est bien trop nihiliste et insoutenable pour le public de l’époque qui fait un triomphe à l’extraterrestre bienveillant et messianique de Steven Spielberg, ET. L’échec du film bouleversera à jamais la trajectoire ascendante de Carpenter qui perd alors son statut de valeur montante hollywoodienne. Il nous restera cependant toujours ce monument de terreur propre à longuement hanter nos nuits.

Sorti en dvd zone 2 français et dans un très beau bluray chez Universal

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