Bouffeur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que ça intéresse tout mes visionnages de vieilleries, coup de coeur et nanar potentiels. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau visionnage et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

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samedi 2 mars 2013

Rio Bravo - Howard Hawks (1959)



Un shérif arrête le frère de l'homme le plus puissant de la région. Il n'a pour alliés qu'un adjoint ivrogne, un vieillard boiteux, un gamin, une joueuse de poker et un hôtelier mexicain, et contre lui une armée de tueurs.

Grand classique de Hawks, Rio Bravo est reste ce monument du western tout en était une forme d'aboutissement parfait du style de son réalisateur. C'est pourtant un Hawks dans le doute qui aborde le film, sa prolifique carrière ayant connu sa plus longue interruption avec l'échec de son onéreux péplum La Terre des Pharaons quatre ans plus tôt et après lequel il s'exilera en Europe. De retour à Hollywood, Hawks décide donc de revenir au western genre auquel il a déjà offert son lot de chef d'œuvre avec La Captive aux yeux clairs et La Rivière Rouge. Le financement du film sera obtenu grâce à l'accord immédiat de John Wayne alors que la Warner est moyennement motivée à le produire.

En effet le western s'il est loin d'être en déclin a surtout envahi les écrans du média en pleine expansion qu'est la télévision avec des série comme Cheyenne, Maverick ou Au nom de la loi. Un constat s'impose alors à Hawks et guidera les directives données à ses scénaristes Jules Furthman et Leigh Brackett. Dans toutes ses séries, l'essentiel est de retrouver ses héros d'une semaine à l'autre, plus que les scénarios, c'est le lien et l'attachement entre les personnages et le téléspectateur qui fait perdurer le programme.

Dans cet ordre d'idée, l'intrigue de Rio Bravo est une suite d'archétypes dans son canevas et ses personnages : le shérif livré à lui-même et seul contre tous, le méchant riche propriétaire à aux hommes de mains nombreux et vénaux, l'ivrogne en quête de rédemption, le jeune coq virtuose de la gâchette... Ce importe ici c'est la célébration si chère à Hawks de cette époque où "les hommes étaient des hommes", une ode à la camaraderie masculine, à cette union et ce courage qui permet de répondre présent dans l'adversité. Sorti des personnages principaux, tout l'arrière-plan de Rio Bravo est une quasi abstraction, le théâtre d'une tragédie qui se moque bien de dépeindre avec réalisme le quotidien de cette ville. L'action n'arrive qu'au moment opportun, le méchant est presque invisible et ses sbires des silhouettes (John Carpenter saura s'en souvenir pour son remake officieux Assaut), le croque-mort chinois n'apparait qu'après que la poudre ait parlé et que les cadavres jonchent les rues de la ville.

L'important, c'est la progression dramatique des personnages, leur amitié et leur union à laquelle va se mêler la romance piquante entre John Wayne et Angie Dickinson. Hawks avait de nombreuse fois usé de ce procédé (Seul les anges ont des ailes par exemple ne fonctionne pas différemment) mais jamais la trame principale n'avait paru aussi annexe. Ici une fois les héros venus à bout de leur démons, de leurs angoisse, de leur timidité et ayant trouvé leur place, une fois soudé en un tout courageux, expérimenté et audacieux, ils sont invincibles comme le montre le brillant climax final. Le chemin sera long pour en arriver jusque-là et va mettre en valeur son extraordinaire casting. Dean Martin offre là sa plus belle prestation dramatique, loin de la coolitude et décontraction qu'on lui connaît.

Fragile, à fleur de peau et tourmenté en alcoolique repenti il est vraiment le pivot du film, la résolution reposant sur sa possible rédemption. John Wayne fait du John Wayne et est parfait en shérif droit comme la justice et bourru, roc sur lequel tous se reposent mais humanisé par sa maladresse dans sa jolie romance avec Angie Dickinson. Wayne n'a d'ailleurs jamais été aussi tendre, bousculé par une Angie Dickinson typique des héroïnes de Hawks (qui aura réutilisé nombre de dialogues et situations par lesquels il aura façonné la Lauren Bacall du Port de l'angoisse et Le Grand Sommeil) avec une sexualité plus agressive (quelles jambes n'est-ce pas ?). Walter Brennan retrouve un emploi qu'il connaît bien avec le boiteux et bougon Stumpy, toujours aussi attachant et drôle tandis que Ricky Nelson fait un fringant jeune premier, sobre et séduisant.

Fort de tous ces atouts, Hawks au sommet de son art nous offre un florilège de son registre avec une pureté inégalée. Screwball comedy enlevée (les échanges entre Wayne et Dickinson du plus moqueur au plus tendre sont un régal), maîtrise narrative stupéfiante (l'ouverture sans dialogue où les rapports sont posés avec limpidité, John Wayne qui descend chercher Angie Dickinson et la porte jusqu'à sa chambre) et action parcimonieuse mais d'une redoutable efficacité.

Et que dire de cet instant de plénitude absolue, cette complicité à l'image lorsque notre groupe enfin complet chante et joue à l'unisson (et l'occasion pour Ricky Nelson star rock'n'roll adolescente de démontrer ses talents) ? Avec Rio Bravo Howard Hawks nous fait tout simplement partager un grand moment avec des amis qui ne nous quitteront pas de sitôt même après le mot fin...

Sorti en dvd zone 2 français chez Warner

Extrait "My riffle, my poney and me" la classe tout simplement !

5 commentaires:

  1. Bonjour Justin, je suis entièrement d'accord avec votre critique, analyse juste, chef d’œuvre intégral!
    Je me demande dans quel format (4/3 ou 16/9 ou autre écran large) le film a-t-il été tourné.
    J'ai vu et aimé ce film à l'origine en noir et blanc, puis en couleur 4/3 sur nos premiers écrans télé, puis vu et revu en VHS, et j'ai l'impression que le format du DVD Blu-ray actuellement disponible recadre le film et grignotte les images.
    Sauriez-vous me répondre? Ou un autre internaute cinéphile?
    Merci d'avance.

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  2. Hello Isabelle,

    A l'origine le film a été tourné 1:37 et a depuis été réédité en 1:85, format utilisé sur le dvd et probablement le blu-ray ce qui explique le rognage d'image...

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    1. Merci Justin, il me semblait bien que certains plans souffraient d'un cadrage inapproprié. Il est regrettable que certains éditeurs de DVD ne prennent pas en compte le format original. Personnellement je suis assez sensible à la composition de l'image et le changement de format peut lui nuire...
      Puis-je vous demander quelle est votre source pour cette information? (Connaître le format d'origine est une question qui m'intéresse souvent, mais où trouver l'info?).

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  3. Le changement de format est indiqué sur la page wikipedia du film

    http://fr.wikipedia.org/wiki/Rio_Bravo_%28film%29

    Pour les changements de format on est passé dans une situation inversée de l'époque de la vhs. Avant on rognait l'image pour qu'elle rentre dans l'écran de télévision pour les diffusion tv et maintenant c'est l'inverse pour que ça s'adapte au 16/9e. Dans les deux cas ce n'est pas très intelligent de la part des éditeurs...

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  4. Il est vrai que les films en Cinémascpoe ne passaient pas dans nos petits écrans...
    Je vais de ce pas sur wikipedia!
    A bientôt...

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