Bouffeur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que ça intéresse tout mes visionnages de vieilleries, coup de coeur et nanar potentiels. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau visionnage et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

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mercredi 8 novembre 2017

Fievel et le Nouveau Monde - An American Tail, Don Bluth (1986)


Dans l'Empire russe, en 1885, les souris sont de plus en plus menacées par la race féline. La famille Souriskewitz décide de mettre un terme à son triste sort en émigrant aux États-Unis, terre pleine de promesses où, se murmure-t-il, il y a des miettes de pain sur toutes les armoires et on n'y rencontre pas de chat. Pendant le voyage en bateau, le fils de la famille, Fievel, est malencontreusement séparé des siens lors d’une tempête et disparaît en mer. Pensant que Fievel s'est noyé, les autres membres de la famille arrivent à New York.

Don Bluth avait démontré avec Brisby et le Secret de NIHM (1982) qu’il était possible de réaliser un film d’animation complexe et formellement ambitieux hors du giron des Studios Disney alors en pleine déroute artistique. Malheureusement le public ne fut pas au rendez-vous pour diverses raisons – la confusion dû à la dichotomie entre l’univers inquiétant du film et le design des héros à la Disney -, et la structure Don Bluth Productions conçue pour produire le film mettra la clé sous la porte. Don Bluth se renfloue en concevant avec ses acolytes de toujours Gary Goldman et John Pomeroy le jeu vidéo Dragon's Lair qui surfe sur le succès des salles d’arcade à l’époque. Cependant la beauté ténébreuse de Brisby aura marqué un certain Steven Spielberg qui veut ajouter la corde animation à la l’arc de sa société de production Amblin. Au-delà de l’aspect business, cela relève aussi d’un vœu plus personnel de Spielberg qui souhaite rendre hommage à son grand-père maternel, émigrant juif venu de Russie dont le surnom était Fievel. Il voit donc en Don Bluth l’illustrateur idéal et relance celui-ci dans une production ambitieuse financée par coproduite par Universal.

Spielberg engage donc les scénaristes Judy Freudberg, et Tony Geiss pour mettre en forme l’histoire sous sa supervision et celle de Don Bluth. Tous partagent (avec également la productrice Kathleen Kennedy) de même racines avec des grands-parents émigrants juifs ce qui marquera fortement le ton du film mais également certains choix  comme associer justement les souris au peuple juif et les chats à des oppresseurs qu’on pourrait associer aux nazis. Don Bluth qui avait quitté Disney pour plus de liberté se trouve à nouveau corseté dans une logistique lourde où il doit en référer simultanément à Spielberg et Universal et manœuvrer avec un budget certes conséquent de 6,5 millions de dollars, mais loin des standards Disney avoisinant les 12 millions au vu de l’ambition du film. Néanmoins le film porte sa patte il parviendra à imposer nombre parti pris forts. Alors que Steven Spielberg souhaitait un univers entièrement anthropomorphique (façon Robin des bois de Disney), Bluth optera pour un monde des animaux coexistant avec celui des hommes (plutôt à la manière de Bernard et Bianca) et en offrant un parallèle miniature.

Brisby et le Secret de NIHM et son oppressant cadre de fantasy s’était avéré trop intimidant pour le jeune public et à l’inverse Anastasia (1997) et sa Révolution Russe proprette se montrerait trop aseptisé. Avec Fievel et le Nouveau Monde, Don Bluth trouve l’équilibre adéquat grâce à divers choix judicieux. Le fait de ne jamais dériver du point de vue et de Fievel crée une empathie immédiate pour le petit garçon séparé de ses parents dans un pays inconnu. Bluth a notamment retenu la leçon de Walt Disney sur Pinocchio (1940) qui faisait de son héros un enfant chétif et influençable plutôt qu’un pantin de bois garnement. Sans aller aussi loin dans la noirceur que le classique de Disney, Don Bluth n’oublie jamais de caractériser Fievel comme un enfant, curieux, turbulent mais qui peut également se sentir apeuré et isolé seul dans la grande ville. Tous le début du film amorce cela avec une témérité de Fievel qui l’emmène toujours un peu plus loin, jusqu’à être arraché à ses parents. Cela alterne dans une veine trépidante (l’attaque des chats qui suit l’assaut des cosaques en Russie), candide (Fievel s’arrêtant et s’émerveillant à chaque objet, bâtiments ou créatures qu’il croise alors qu’il monte sur le bateau emmenant la famille en Amérique) puis franchement inquiétante avec l’impressionnante tempête qui va expulser Fievel du bateau. 

Les émotions de l’enfant guident dont le rapport à son environnement, la bascule se faisant avec la tempête où la mer prend les contours d’une créature monstrueuse. Dès lors le Nouveau Monde oscille entre rencontre sinistres et bienveillantes (le pigeon franchouillard), entre décorum lumineux et exploration des bas-fonds inquiétants. On sent les concessions de Don Bluth qui semble fortement abréger les péripéties les plus sombres (Fievel réduit en esclavage mais qui s’enfuit dans la foulée) et pour le coup Pinocchio allait bien plus loin dans les maux affligeant son jeune héros. Cette noirceur édulcorée est d’autant plus prononcée quand le visuel glaçant est contrebalancé par un revirement léger. Ainsi l’exploration d’égouts peuplés d’insectes gigantesques rappelle les visions les plus étouffantes de Brisby mais derrière c’est la rencontre légère avec le chat Tiger moins prédateur que ses congénères (et qui est en fait une redite du side-kick corbeau Jeremy de Brisby). On pourrait le regretter mais finalement Fievel est présenté dans une telle candeur qu’il est difficile d’accepter un rebondissement trop dur pour ce personnage chétif et attachant.

Le design y est notamment pour beaucoup, Don Bluth revient à un graphisme plus arrondi et doux avec ses petites mains, grands yeux et oreilles. Il revient en fait à un trait plus disneyen, loin des rongeur à la silhouette allongée anguleuse de Brisby et effectue finalement la même mue que fit Disney entre son Mickey Mouse initial et la refonte adoucie inaugurée dans Fantasia (1940) et le sketch L’Apprenti Sorcier. La vraie noirceur qu’il n’ose pas dans les péripéties, Don Bluth la défini par sa mise en scène où les plongées écrasent Fievel face à un interlocuteur intimidant ou dans un décor oppressant. De même certains plans larges l’isolent dans de grands espaces (le zoom arrière lorsqu’il est dans l’orphelinat et perd espoir) pour souligner sa solitude.

Ce qui fit également le succès du film, c’est la vision chaleureuse du rêve américain ou pour chaque chenapan ou oppresseur croisé, vous trouverez également une bonne âme prête à vous secourir. Le film donne pour cela dans une merveilleuse veine contemplative, tour à tour radieuse (les envols autour de la statue de la Liberté en construction, le film célébrant aussi le centenaire de son achèvement en 1886) et mélancolique telle la magnifique scène où Fievel et sa sœur entonnent à distance la chanson Somewhere Out There. Le travail sur la reconstitution et les décors est impressionnant, tout en restant constamment ludique par le pendant miniature du monde des souris (notamment le couloir d’arrivée où les migrants se déclarent). L’identité et l’assimilation est un des thèmes sous-jacents du film. Fievel n’est pas transformé négativement (ni même plus mûr) après ses aventures et reste ce petit garçon innocent.

Alors que les origines et donc l’identité sont fortement ancrées dans le nom des personnages (le nom de famille Mousekewitz), ils en sont délestés par assimilation à leur arrivée en Amérique (Tanya étant rebaptisée Tilly). Cette assimilation rend notre héros anonyme dans la faune de New York quand il est appelé Fillie et ce n’est qu’en retrouvant son patronyme de Fievel, celui qui le rend unique, que ses parents retrouveront sa trace. Fort de toutes ces qualités, le film boosté par la capacité marketing d’Universal sera un triomphe inattendu au box-office américain. Don Bluth prouve alors qu’il peut égaler aussi un Disney moribond en terme de succès et Fievel deviendra une véritable icône, générant une suite moins aboutie en 1991 avec Fievel au Far West (1991). Toute l’équipe se retrouvera pour un autre grand succès estampillé Amblin, Le Petit Dinosaure et la Vallée des merveilles (1988).

Sorti en dvd zone 2 et bluray chez Universal 

jeudi 26 février 2015

Poltergeist - Tobe Hooper (1982)

L'heureuse famille Freeling mène une vie tranquille et prospère dans la petite ville de Cuesta Verde. Cependant, leur maison devient le théâtre d'étranges phénomènes quand des objets commencent à se déplacer et que le sol se met à trembler. Une nuit, la petite Carol Anne disparaît et se met à communiquer avec ses parents à travers la télévision. Les Freeling font alors appel à un parapsychologue.

En cet été 1982, la schizophrénie de Steven Spielberg se dévoilait au grand jour avec la sortie d’E.T. qu’il réalisait et de ce Poltergeist qu’il produisait (voir un peu plus). Le cinéaste aura constamment hésité en ce début de carrière entre un sens du merveilleux fascinant et touchant (E.T., Rencontre du troisième type (1977) et un talent exceptionnel pour provoquer la terreur (Duel, Les Dents de la mer (1975)). Une dualité voir un dilemme qui court tout au long de sa carrière et qui donnera des œuvres bancales comme Jurassic Park (film tout public aux écarts gore inattendus) et bien sûr Indiana Jones et le temple maudit (1984) monument de sadisme qu’il reniera par la suite. Il faudra attendre les années 2000 pour qu’il parvienne à résoudre cette schizophrénie dans des films plus équilibrés et cohérent. Sortis à une semaine d’intervalle, E.T. et Poltergeist sont les revers d’une même pièce. Le cadre de banlieue pavillonnaire américaine qui fera le charme des futures productions Amblin sert donc l’introduction d’un élément surnaturel qui va bouleverser la vie d’une famille ordinaire. 

D’un côté un extraterrestre fragile, messianique et bienveillant, de l’autre des esprits frappeurs malfaisant. Spielberg a écrit le scénario de Poltergeist et a signé l’histoire d’E.T. (remise en forme par Melissa Mathison pour le script) et les deux films relèvent bien sûr du traumatisme que furent pour lui le divorce de ces parents à l’adolescence. Chacun des films s’affirme comme une réponse à cette douleur originelle. E.T. voyait un être venu d’ailleurs apaiser la solitude du jeune Elliott dans sa famille séparée, à l’inverse Poltergeist et sa menace de l’au-delà viendra se briser face à l’amour inconditionnel d’une famille soudée. E.T. est un des chefs d’œuvres de Spielberg, Poltergeist sera juste un efficace film fantastique à cause du manque de maîtrise de Tobe Hooper pourtant largement dépossédé de son pouvoir de décision sur le tournage.

De curieux phénomènes vont se faire jour dans le quotidien de la famille Freeling, vivant paisiblement dans la ville de Cuesta Verde, en pleine expansion immobilière. De mystérieux interlocuteurs semblent s’adresser à la cadette à travers un canal neigeux de la télévision, des objets se déplacent… Tout cela se déroule dans l’ambiance lumineuse, bienveillante et bleutée typique de Spielberg mais le malaise s’installe progressivement. Le film est très représentatif de la transformation du cinéma américain avec l’avènement des premiers blockbusters que sont Les Dents de la mer (1975) et Star Wars. Alors que sur des thèmes voisins un Rosemary Baby ose l’ambiguïté et le malaise dans une longue montée d’angoisse et que Friedkin ennuie volontairement dans sa première heure de mise en place avant de déchaîner l’enfer dans L’Exorciste (1973), Poltergeist pêche par sa peur du vide. 

Le script dégaine ses cartouches trop tôt à coup de péripéties spectaculaires (l’attaque de l’arbre, l’enlèvement de Carol-Ann et les multiples phénomènes physiques dû au poltergeist) et caractérise superficiellement la famille, trop parfaite (même si attachante) et du coup sans autre enjeu ni double lecture que celui du postulat de base. E.T. encore amenait une plus grande profondeur justement par la longue caractérisation de la famille meurtrie par le divorce et introduisait avec une grande finesse l’élément perturbateur qu’était ET (dont les scènes qui précède l'apparition comporte plus de mystère). Ici la famille est idéale et sans aspérité et il faut toute la conviction d’une excellente JoBeth Williams et la bouille attachante de Heather O'Rourke pour que l’émotion fonctionne. On se raccrochera à la critique sociale, rapprochant un peu l’ensemble à du Stephen King lissé quand on connaîtra les origines sordides de la prospérité immobilière de la ville.

Même problème côté peur puisque l’on est asséné sans interruption d’effet choc reposant plus sur les trucages que la mise en scène pour faire monter l’angoisse. L'horreur plus graphique et impressionnante n'est pas un mal en soi mais le tout est de savoir doser ses effets comme Carpenter su le faire magistralement avec The Thing. La touche contemplative de Spielberg fait mouche le temps de quelques apparitions spectrales mais dans l’ensemble c’est plus impressionnant que réellement terrifiant (et pour le coup on est plus proche du Tobe Hooper de Lifeforce (1985)) même si le final n’hésite pas dans la touche macabre, usant de vrais squelettes humains (un choix qu’on affirme être la cause de l’espèce de malédiction qui frappa certains membre du casting disparus dans des circonstances tragiques). 

Cet aspect « horreur tous public » fera le succès du film (qui connaîtra deux suites) et Spielberg sera le roi de cet été 1982 avec le triomphe de E.T. Un petit classique du fantastique 80’s donc (auquel les récent Insidious et Conjuring doivent tout) mais peut-être un peu surestimé, un remake doit sortir en 2015 et avec l’outil numérique le côté fête foraine risque d’être encore plus indigeste même si l’espoir est permis puis que le réalisateur est Gil Kenan, responsable du plus bel hommage à Amblin (bien plus que Super 8) avec le film d’animation Monster House (2006).

Sorti en dvd zone 2 français chez MGM

mercredi 31 décembre 2014

E.T. l’extra-terrestre - E.T. the Extra-Terrestrial, Steven Spielberg (1982)

Une soucoupe volante atterrit en pleine nuit près de Los Angeles. Quelques extraterrestres, envoyés sur Terre en mission d'exploration botanique, sortent de l'engin, mais un des leurs s'aventure au-delà de la clairière où se trouve la navette. Celui-ci se dirige alors vers la ville. C'est sa première découverte de la civilisation humaine. Bientôt traquée par des militaires et abandonnée par les siens, cette petite créature apeurée se nommant E.T. se réfugie dans une résidence de banlieue. Elliot, un garçon de dix ans, le découvre et lui construit un abri dans son armoire. Rapprochés par un échange télépathique, les deux êtres ne tardent pas à devenir amis. Aidé par sa sœur Gertie et son frère aîné Michael, Elliot va alors tenter de garder la présence d'E.T. secrète.

En ce début des années 80, Steven Spielberg se trouve au sommet de l’industrie Hollywoodienne dans une carrière déjà passée par toutes les étapes possibles. Les Dents de la mer (1975), son succès fulgurant et la terreur maritime qu’il provoque en Amérique en font le golden boy auquel on ne refusera plus rien. La rêverie de Rencontre du troisième type (1977) sera également un succès compensant les dépassements de budget importants, ce qui n’arrivera pas avec l’onéreuse blague potache 1941 (1980) qui commence à faire circuler de lui l’image d’un réalisateur dépensier et incontrôlable. Spielberg se remettra donc en question et saura se souvenir de ses débuts télévisés à l’économie pour Les Aventuriers de l’Arche Perdue (1981), remise à jour du film d’aventures où le serrage de vis budgétaire de la Paramount n’empêchera pas le film d’être aussi épique que spectaculaire.

Passé par tous ces sentiments et voyant son statut  renforcé, Spielberg décide de s’atteler à une œuvre plus personnelle. E.T. naît de deux projets différents au départ. A la fin de Rencontre du troisième type, le personnage de Richard Dreyfuss s’envolait dans le vaisseau extraterrestre sous la tutelle bienveillante d’aliens qu’on entrapercevrait avant qu’ils ne disparaissent à leur tour. Le réalisateur s’était toujours demandé ce qu’il adviendrait si  l’un d’eux n’était pas reparti et avait préféré rester pour étudier la Terre. Parallèlement, Spielberg souhaitait faire un film intimiste et personnel faisant écho au grand traumatisme de son adolescence, le divorce de ses parents. 

L’idée était donc de traiter des conséquences du divorce en adoptant le point de vue d’enfant et de personnage inspirés de sa famille et de son entourage. Adolescent chétif et solitaire, le drame n’avait fait qu’accentuer son mal-être et il avait souvent imaginé à l’époque l’intervention d’un ami qui viendrait résoudre ses problèmes. Et si cet ami était un extraterrestre bienveillant ? C’est cette question qui fera le lien entre les deux projets, Spielberg ayant rapidement la trame complète en tête et il confiera à la scénariste Melissa Mathison la lourde tâche de mettre ses idées en forme.

E.T. doit beaucoup au classique SF Le Météore de la nuit (1953) de Jack Arnold. Ce dernier se démarquait par ses extraterrestres pacifistes traqués dans les Etats-Unis en proie à la terreur communiste. La rencontre tournerait court avec des humains encore trop violents. Arnold usait cependant d’une atmosphère angoissante ne révélant que tardivement l’absence de menace des aliens et jouant finalement sur l’imagerie des films de science-fiction plus belliqueux pour mieux surprendre. Spielberg procède de manière différente où sans dévoiler entièrement son aspect, il amène l’empathie pour E.T. en adoptant en vision subjective son regard bienveillant pour la faune et la flore terrienne. Cette douceur causera sa perte quand ses congénères quitteront la planète sans lui car pressés par des hommes menaçants. L’extraterrestre paisible, son rapport doux à notre environnement mais également la malveillance humaine s’exprime donc dès cette magnifique scène d’ouverture. Ne manque plus qu’une rencontre entre l’extraterrestre et un humain qui saura donner un autre visage de notre race.

Cela se fera à travers le jeune Elliott (Henry Thomas), cadet solitaire d’une famille monoparentale venant de vivre une séparation. Spielberg montre par fragment le physique d’E.T., d’abord une silhouette clairement extraterrestre, un doigt humanoïde, une sonorité étrange. Ce sont presque des codes de cinéma d’horreur qui suscitent la crainte et le mystère pour notre jeune héros intrigué mais l’on devine que cette peur est partagée jusqu’à ce que le visage d’E.T. se dévoile. La créature créée par Carlo Rambaldi évite toute facilité « anthropomorphique », c’est un être qui n’a rien d’humain mais dont l’allure frêle, la démarche incertaine et surtout ce visage aux grands yeux si expressifs  (inspiré de  Carl Sandburg, Albert Einstein et du chat de Carlo Rambaldi) véhiculent une douceur qui ne peut abriter un être néfaste. L’apprivoisement est donc mutuel, tissant de manière hésitante l’amitié et le lien télépathique qui unira E.T. et Elliott. Le fantastique s’invite dans le quotidien avec subtilité et délicatesse, renforcé par le rapport des autres membres de la fratrie à E.T. notamment une toute jeune Drew Barrymore à la bouille charmante.

E.T. exprime la présence de l’ami idéal qu’il aurait souhaité à ses côté durant son enfance malheureuse. L’esthétique du film dessine également un cadre idéalisé de la banlieue pavillonnaire où grandit Spielberg. On navigue entre un visuel à la Norman Rockwell (les vues majestueuse dans une lumière douce du panorama de cette ville pavillonnaire) mais également Walt Disney lors des séquences élégiaques en forêt qui évoquent Bambi (1942) avec ces clairières de contes, ces arbres à perte de vue aux hauteurs insoupçonnées et même l’apparition explicite d’une biche en clin d’œil discret. Spielberg s’inspire de ces maîtres sans les copier pour autant. 

Au naturalisme et à la dimension nostalgique de Rockwell se substitue la photo diaphane de Allen Daviau qui donne cet aspect immaculé de rêve éveillé et invente littéralement l’esthétique 80’s Amblin (société de production de Spielberg) maintes fois reproduite par la suite (Gremlins (1984) et Explorers (1985) de Joe Dante, Les Goonies (1985) de Richard Donner ou plus récemment Super 8 (2010) de JJ Abrams). Spielberg fait également renaître l’esprit candide, enfantin et féérique de Disney dans un cadre ordinaire et ce à une époque le studio est au creux de la vague et décrié. L’interprétation sincère et à fleur de peau, le visage angélique et le caractère bien trempé d’Henry Thomas joue pour beaucoup dans cet émerveillement. Tout comme dans Les Dents de la mer, Spielberg fait également de l’animatronique restreinte de la créature un atout, ses mouvements limités accentuant sa fragilité.

Le Météore de la nuit avait associé sa thématique à la peur communiste. Spielberg la mêle au cinéma paranoïaque des 70’s. Les fameux « men in black » gouvernementaux sont des ombres qui distillent une menace latente dans la première partie puis concrète et oppressante dans la seconde. Le réalisateur étend ce parti pris à tous les adultes où les plus mal intentionnés, des agents gouvernementaux aux scientifiques en passant par le professeur de biologie restent sans visage. Seuls ceux capables de compassion sont dignes d’être montrés dans cette œuvre à hauteur d’enfant, l’attachante mère jouée par Dee Wallace ou le savant incarné par Peter Coyote. Ce sera le premier adulte (hormis la mère) dont nous découvrirons le visage, ému par Elliott et pour s’adresser à lui il se baissera, se mettant à sa hauteur mais finalement aussi à celle d’E.T.

La dernière partie transcende par son tourbillon de sentiments les éléments superbement esquissés jusque-là. La relation fusionnelle E.T./ Eliott est magnifiée dans la perte et les retrouvailles tandis que les « créatures de l’ombre » abattent leur menace sur eux. Spielberg verse également dans l’analogie religieuse où E.T. arbore une allure de messie fragile dont les disciples en culottes courtes vont accompagner l’ascension et assister émerveillés à ses miracles. L’envol face au barrage policier sur les notes célestes de John Williams est un grand frisson (et réponse à la scène mythique où le vélo en vol voyait son ombre se dessiner dans la pleine lune) visuel et émotionnel bientôt dépassé par une déchirante scène d’adieu. 

Le passage de cet être sensible et fragile venu des étoiles aura ressemblé et fait oublier ses soucis à une famille qui ne sera plus jamais la même et dans le cœur de laquelle il demeurera à jamais. La tristesse et la fascination nous étreint lorsque le film s’achève sur le regard d’Elliott rivé vers les étoiles. Spielberg aura atteint là une grâce qu’il ne tutoiera plus que sur A.I. (même s’il signera d’autre grands films) preuve de son investissement dans cette œuvre personnelle mais finalement si universelle. Le triomphe du supposé « petit film » deviendra le symbole de ce qu’il peut produire de meilleur. 

 Sorti en dvd zone 2 français et bluray chez Universal

lundi 13 décembre 2010

Le Secret de la Pyramide - Young Sherlock Holmes, Barry Levinson (1985)


À Londres en 1870, le jeune John Watson fait son entrée dans sa nouvelle école. Il y rencontre un autre adolescent à l'esprit de déduction très développé : un certain Sherlock Holmes... Très vite, Holmes et le futur docteur Watson se lient d'amitié et sont conduits à mener leur première enquête lorsque de mystérieux suicides ont lieu dans leur entourage.

Le principe du "begins" consistant à dépeindre les jeunes années d'une figure célèbre très en vogue dans le cinéma hollywoodien actuel (Batman Begins, Casino Royale...) n'est pas neuf mais la mode est probablement née avec ce film (et le 3e volet des aventures d'Indiana Jones) racontant la rencontre imaginaire et les premières aventures de Sherlock Holmes et son acolyte Watson encore adolescent. Si cet épisode de jeunesse est totalement absent des écrits de Arthur Conan Doyle, le scénario de Chris Colombus (auparavant auteur de celui fameux de Gremlins) est d'une déférence parfaite à l'esprit de l'auteur anglais. La première partie du film défini donc les personnalités établies de ses deux héros dans un contexte teenage et scolaire. Nicholas Rowe (qu'on a apparemment plus trop recroisé sur grand écran depuis dommage) est excellent d'assurance et d'esprit en jeune Sherlock Holmes, incarnant parfaitement les qualités du héros en devenir mais aussi ses failles à travers une certaine fébrilité.

Alan Cox incarne lui un jeune Watson encore timide et emprunté qui va s'affirmer au cours de l'aventure avec Holmes, c'est sa voix off adulte qui fait office de guide dans ce parcours initiatique commun vu à travers ses yeux. On ne peut s'empêcher de constater les énormes similitudes dans l'atmosphère avec la série des Harry Potter lors de toute les séquences dans l'école, l'élève antagoniste de Holmes arborant même suite à une mauvaise blague la parfaite allure d'un Drago Malefoy ! Colombus ayant bien plus tard réalisé les deux premiers volets de Harry Potter le lien est évident.

Produit par Steven Spielberg via sa société de production Amblin, le film est traversé de la schizophrénie du réalisateur entre horreur et merveilleux (doit a rappeler que l'année où il réalisa ET il produisit voire plus Poltergeist ?) qui s'était manifesté de manière spectaculaire l'année précédente dans Indiana Jones et le Temple Maudit où une noirceur malsaine côtoyait l'aventure trépidante. Il en est de même ici où en ces heures de productions édulcorées on s'étonnera de la multitude de pur moments horrifiques et cauchemardesque pour un film pour enfant. Les séquences d'hallucination et de suicide provoquées par le poison égyptien sont l'occasion de scène aussi inventive que terrifiantes où les victimes sont punies dans leurs fêlures les plus intimes ou leurs péché mignons.

Les effets spéciaux d'ILM s'en donnent à coeur joie que ce soit le poulet qui se rebiffe en ouverture, le chevalier qui s'échappe d'un vitrail d'église (toute première séquence à user des images de synthèse) et surtout Watson soudainement agressé par des biscuits (qui rappelle une tout aussi traumatisante scène de cauchemar de Akira). Le Londres victorien lorgne également bien sur les atmosphère gothique de la Hammer lors de la dernière partie totalement nocturne et Spielberg est à nouveau convoqué lors d'une reprise à l'identique de la séquence de rituel sacrificiel du Temple Maudit (d'ailleurs le décorateur est le même sur les deux films), l'Inde cédant la place à l'Egypte.

Le film à la bonne idée de définir la personnalité de Holmes à partir de son mentor et d'un ennemi mystérieux et redoutable révélé en conclusion, on retrouve ainsi la fantaisie et l'inventivité d'un côté et la rigueur et la maîtrise de l'autre s'équilibrant au coeur de l'aventure. Vraiment un excellent film (très bon score de Bruce broughton grand compositeur des 80's un peu oublié aujourd'hui) bien qu'on peine à y distinguer la personnalité de Barry Levinson simple exécutant ici et que sa noirceur trop prononcée en ait causé l'échec commercial. Une bonne surprise vous attends d'ailleurs si vous restez jusqu'au bout du générique...


Sorti en dvd zone 2 français et pour les parisien ça ressort en salle en ce moment un vrai plaisir !