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vendredi 1 juillet 2011

Contre-Espionnage - They Met in the Dark, Karel Lamac (1943)


Dégradé après avoir perdu son navire sur de faux ordres ennemis, Le commandant Heritage se lance a la recherche des espions responsables de sa destitution.

Brillant, alerte et inventif, They met in the dark est un des thrillers d'espionnage les plus réussis du cinéma anglais de l'époque. Comme souvent dans ce type de production, le mètre étalon qualitatif est Hitchcock et si ce n'est la mise en scène moins inspirée de Karel Lamac on est tout proche des sommets du Maître du Suspense. L'aspect qui frappe en premier sur ce terrain là est le rythme trépidant du film. Le récit s'ouvre sur le procès de l'officier britannique Heritage (James Mason) qui dupés par des ordres erronés est responsable de la perte de son navire et se trouve alors d'entrée radié de l'armée. Pas de scène introductive du drame ni même une séquence en flashback pour montrer le déroulement des évènements dramatiques qui lancent l'histoire, on est directement lancé sur l'enquête que va mener Heritage revenu à la vie civile pour prouver son innocence.

Tout le film se poursuit sur ses bases de pure efficacité elliptique porté par un scénario particulièrement astucieux et riches en coup de théâtre surprenant. Heritage croise sur sa route Laura Verity (Joyce Howard) jeune femme fraîchement débarquée de son Canada natal dans une demeure qu'il inspecte et où va se trouver un cadavre dont elle va le soupçonner d'être le meurtrier. Cadavre qui va se volatiliser lorsqu'elle amènera la police sur les lieu et il va ainsi s'ensuivre un piquant chassé croisé amoureux entre les deux personnages, Mason devant parallèlement à ses investigations protéger la jeune femme bien décidée à prouver la vérité de ses dires.

James Mason est absolument parfait de prestance, d'esprit et d'humour en espion séducteur et forme un duo étincelant avec l'oubliée Joyce Howard qui transcende par sa vivacité et son charme ce qui s'annonçait comme un rôle de faire valoir féminin écervelé et il n'en est rien. Les scènes de séduction ou d'altercation entre eux évoque le meilleur de la screwball comedy et amènent constamment une touche de décontraction bienvenue dans cette intrigue tortueuse.

Le script nous amène ainsi sur la piste d'une compagnie de spectacle aux agissements douteux et dont les membres dissimulent des agents nazis. Cet univers du spectacle amènent son lot des situations inattendues quant à l'usage des talents des artistes espion avec une révélation franchement épatante dans la dernière parti quant au plan ennemi et qui explique l'escamotage narratif si étonnant en ouverture. Le film croise la touche typiquement british (l'humour constant, les personnages secondaires loufoque comme le bras droit de Mason joué par Edward Rigby) avec une esthétique plus influencée par les origines disparates de ses instigateurs. Karel Lamac d'origine tchèque retrouve ainsi son compatriote Otto Heller à la photo, le tout produit par l'émigrant roumain (et producteur très interventionniste) Marcel Hellman.

Certaines séquences surprennent ainsi par leur expressionnisme très prononcé comme la poursuite dans la nuit noire campagnarde en début de film, tout en ombres inquiétantes. Le montage percutant d'un certain Terence Fisher est au diapason du côté mystérieux et déroutant du film et on ne s'ennuie pas une seconde. Excellent casting pour compléter avec notamment David Farrar et surtout une mémorable galerie de méchant avec un Karel Stepanek adepte de l'étranglement au foulard ou encore Tom Walls qui se joue de son image d'amuseur pour révéler un manipulateur machiavélique. Très bonne surprise donc !

Sorti en dvd zone 2 anglais dépourvu de sous-titres.

Petite curiosité une scène coupée du film mais qui donne une bonne idée du ton

8 commentaires:

  1. Ah, c’est vraiment sympa de parler de ces films anglais des années 30-40, qui révèlent aussi de petites perles… On est ici en plein dans le cinéma de propagande, qui devait remonter le moral des Anglais durant la guerre, et finalement, un film (relativement) léger d’espionnage était tout à fait ce qu’il fallait…
    Joyce Howard, ici parfaite, trouve là un de ses meilleurs rôles avec ‘The Night Has Eyes’ (là on tombe dans ‘Le chien des Baskerville + Jane Eyre’), encore celui d’une ‘ingénue’ plongée dans une histoire invraisemblable. Au début, son personnage, presque caricatural d’Anglaise ‘posh’ peut taper un peu sur le système, mais on finit par s’y attacher après la fameuse scène du train (digne d’un Hitchcock !). James Mason nous fait en début de film une excellente imitation du Capitaine Hadock, avant de rentrer dans un personnage digne d’une ‘screwball comedy’: les dialogues prennent souvent la forme d’une partie de ping-pong. C’est un peu surprenant quand on pense aux rôles de méchants (horrifiquement mauvais mais drôlissimes à regarder !) qu’il interprétait parallèlement dans les fameux films Gainsborough (dans le genre, ‘The Wicked Lady’ est un must absolu…) On le connaît mal dans cette facette de comédien léger, mais ‘They Met in the Dark’, par instants ‘Candlelight in Algeria’, et surtout ‘A Touch of Larceny’ font regretter qu’il ait été tellement cantonné dans des rôles de ‘baddies’ fascinants, mais parfois un peu trop coulés dans le même moule. Avec un bon script, il avait un vrai talent comique : l’ ‘understatement’ à l’anglo-saxonne fonctionne merveilleusement avec sa diction….(Je conseille d’ailleurs vivement le dernier, relativement difficile à trouver, mais jouissif : Vera Miles et George Sanders sont aussi absolument formidables.)
    L’intrigue de TMITD elle-même n’est pas si passionnante que cela, et cela tient par la distribution, parfaite dans les rôles. Mention très bien pour les méchants espions, même si on ne comprend pas très bien leurs motivations profondes de collaborateurs nazie : ils sont jsute mauvais, c’est tout. Les scènes du dancing sont très enlevées (surtout la bagarre organisée, qui fait penser à une chorégraphie d’Astérix !)

    Apparemment le film a été retaillé en 1948 et coupé de 10-12 minutes. C’est sans doute de la première version que provient l’extrait avec le prêteur sur gages. Au dos de mon DVD (allemand) il y a également une photo de Laura Verity en uniforme de l’armée. Etait-elle déjà engagée ou le fait-elle après sa rencontre avec Heritage ? impossible de le savoir, mais j’aimerais bien voir la version intégrale qui a sans doute aussi d’autres scènes secondaires avec ces merveilleux ‘character actors’ anglais…

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  2. Ah j'ai justement "The Wicked Lady" en dvd que je n'ai pas encore regardé vous l'avez bien vendu ça sera réparé dans la semaine ! Bien noté aussi tout les autres titres que vous citez merci ;-)

    Je suis loin de bien connaître pour l'instant mais j'aime beaucoup les productions Gainsborough que j'ai vu jusqu'ici j'en ai abordé quelques unes sur le blog comme "Le Septième Voile" superbe mélodrame psychanalytique ou le film à sketch "Easy Money" très plaisant aussi.

    C'est vrai qu'on a pas eu souvent l'occasion d'apprécier James Mason dans ce registre plus léger c'est dommage tant il est excellent ici tout en nuances enjouées. Hormis un Bertrand Tavernier c'est dommage que toute cette période du cinéma anglais soit si peu analysée (et trouvable surtout) en France ça fourmille de trésors méconnus...

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  3. “The Wicked Lady” est un film absolument pervers!! “Si (l'histoire) m'était contée, j'y prendrais un plaisir extrême”, etc etc. Le pire c’est qu’on se laisse emporter par le récit, tout en sachant que c’est d’une maladresse littéraire insensée, que les rebondissements de l’intrigue sont littéralement incroyables, que les deux personnages “mauvais” de l’histoire sont totalement excessifs, truculents, “over the top”,... et que le film prend vie avec eux. En outre, pour l’époque, les dialogues sont assez salaces, les décolletés profonds (même la gentille blonde y a droit) et on s’amuse follement à regarder tout cela. Les “gentils” sont pleins de principes, mais pas trop, et évitent la mièvrerie, ce qui est un exploit. Au deuxième degré, c’est tout à fait jubilatoire. Je crois d’ailleurs que la version US a été censurée (dialogues et décolletés) car trop osée !
    Ceci dit, c’est très soigné : certains enchaînements de scènes sont très pensés et l’image est souvent superbe.

    Margaret Lockwood, qui n’est en général pas une très grande actrice mais une femme superbe, est tout à fait convaincante et brillante en peste qui arrive à transgresser pratiquement tous les 10 commandements en un seul film…

    Ceci dit, je comprends que Mason ait enragé de devoir jouer ce type de personnages et qu’il ait été pris d’une panique totale à l’idée d’enchaîner ce type de trucs encore et encore.
    Ce qui me gène quand même plus, c’est que le public féminin anglais ait été subjugué par les personnages que Mason jouait alors : il campe alors très souvent un homme violent, divisé, torturé par un secret inavouable, un personnage byronien en somme, ou tout à fait dans la lignée des héros des Soeurs Brontë. On peut comprendre la hargne des personnages mais on ne peut totalement excuser entièrement les transgressions commises… tout en étant fasciné par elles (le frisson de l’interdit, sans doute !)
    Peut-on aussi expliquer cette adhésion du public par le fait qu’en temps de guerre, il valait mieux se cantonner à une violence imaginaire plutôt que de penser aux risques quotidiens ?
    Qu’on ait pu ériger en objet de désir des personnages qui sont profondément violents et misogynes est aussi la preuve que la censure cinématographique en temps de guerre a permis des représentations de la masculinité impossibles autrement. (Par exemple, dans Gaslight” (la version de 1940 est la meilleure !), Paul Mallen (Anton Walbrook, excellent) parait tout à fait fascinant et un mari attentif, mais à mesure que la narration avance, le portrait se fissure et l’on voit la monstruosité affleurer. Mais c’est un fou meurtrier…) Dans “The Night Has Eyes”, il y a d’ailleurs une espèce de mise en abyme de cette tendance cinématographique, car le personnage de la maîtresse d’école (Joyce Howard) confie au compositeur névrosé et cloîtré chez lui (car dangereux ?) qu’elle a pu être attirée par des hommes peu intelligents mais brutaux, et il lui répond : “I know, the queer fascination with cruelty…”

    Oui, en France on a également des petits trésors, mais ils semblent être moins actifs pour ressortir tout cela en DVD, hélas ! Cela reste quand même relativement dur à trouver. Mais on avait une école d’acteurs exceptionnelle avec des “gueules” qu’on ne voit plus, et des scénarios en béton.
    Plus tardif, 1950, j’ai regardé récemment “Lady Paname” (1950, le seul film de Jeanson) avec Suzy Delair, Louis Jouvet et Raymond Souplex, et cela mérite vraiment d’être vu : les scènes de music-hall sont fantastiques.

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  4. ca commence à changer un peu en France ceci dit grâce à des initiatives comme les Dvd Gaumont à la demande qui permettent d'éditer de manière limitée des productions inédites et oubliées et Pathé vas s'y mettre aussi ces prochains mois.

    Pour le français non-anglophone par contre impossible de découvrir tout un pan de cette passionnante production anglaise la phrase de Truffaut "le cinéma anglais n'existe pas" a causé quelques dégâts sur l'intérêt qu'il peut susciter en France c'est dommage...

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  5. Ahurissant ! La belle-soeur et future biographe de James Mason, Diana de Rosso, était une espionne, une vraie !! Et sa "couverture" de mari avait été trouvé par l'acteur ! C'est là où la réalité dépasse la fiction !
    http://www.telegraph.co.uk/news/obituaries/1424544/Diana-de-Rosso.html

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  6. Excellent, elle a dû bien s'amuser des descriptions du milieu dans les rôles d'espion parfois fantaisistes de son beau-frère ^^

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  7. Ben, apparemment, elle lui a dit qu'elle avait vu très peu de ses films !!!! Elle n'était pas vraiment une fan fondue.
    Je viens de lire sa bio de Mason, qui apporte certains éclairages sur le bonhomme (encore que... c'est souvent raccoleur et à la limite de l'atteinte à la vie privée !!) et la vie de star à Hollywood, mais qui est très décevante en tant qu'apport sur les interprétations cinématographiques.
    Par contre l'autobiographie de Stewart Granger est bidonnante et très instructive sur ses années Gainsborough !! (Son récit du tournage du "Caesar and Cleopatra" d'après Shaw, qui a duré UN an !!!! vaut le détour..)

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  8. Assz curieux qu'elle ait été sa biographe si elle connaissait si peu sa carrière... A propos de Stewart Granger mon coffret traverse actuellement la Manche vivement je vais me régaler !

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