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samedi 2 juillet 2011

Fahrenheit 451 - François Truffaut (1966)


Dans une société dystopique où la connaissance est considérée comme un danger, les livres sont interdits. Le métier de Guy Montag consiste à les repérer et à les détruire par le feu. Mais un jour, sa rencontre avec Clarisse le pousse à remettre son activité en question.

Fahrenheit 451
est un films les plus atypiques de Truffaut, marquant pas mal de première pour le réalisateur en étant notamment son premier film en anglais et tourné à l'étranger, son premier film en couleur et surtout sa seule incursion dans la science-fiction (si on excepte sa participation en tant qu'acteur au Rencontre du troisième type de Spielberg), genre qu'il n'affectionne guère.

C'est clairement l'argument passionnant du roman de Ray Bradbury qui emballe cet amoureux des livres qu'est François Truffaut pour qui la production sera un chantier de longue haleine, le contraignant face à ce projet trop couteux à tourner aux studio de Pinewood avec des capitaux américain. Il doit donc tourner avec une équipe entièrement anglaise et modifier son casting de départ (Belmondo puis Aznavour furent envisagé en Montag) pour finalement opter pour Oskar Werner qu'il dirigea dans Jules et Jim et Julie Christie superstar depuis Docteur Jivago sorti l'année précédente.

Dans ce contexte peu familier, le film détone donc grandement au premier abord dans la filmographie de Truffaut. Le livre se déroulant dans un futur proche et indéterminé, l'esthétique de la ville et de cette société s'orne finalement d'une imagerie au style assez contemporain. Truffaut croise ainsi son visuel imprégné du réalisme du quotidien avec un aspect pop art où les barres d'immeuble ordinaires assaillies par les pompiers se croise aux quartiers pavillonnaires dont l'architecture des habitats s'avère plus fouillée que de coutume. Il en va de même pour les intérieurs où le mobilier le plus austère côtoie les éléments les plus futuristes qui, s'ils s'avèrent visionnaires (l'écran plat géant trônant au milieu du salon) datent indéniablement l'ensemble comme le fameux monorail aérien.

Certains éléments visuels très psychédéliques donnent également une identité inédite au film et trahissent peut-être de l'influence du cadre où opérait Truffaut. L'humour grinçant typiquement anglais lorsque les infirmiers viennent désintoxiquer la femme de Montag surprend, tout comme le jeu de couleur frénétique et l'image accélérée lors des mission des pompiers et les effets de montages lors d'une scène d'amour entre Werner et Julie Christie rappellent les futurs expérimentations d'un certain Nicolas Roeg, ici directeur photo.

Truffaut fait pourtant le film sien notamment par son approche plutôt fidèle mais néanmoins personnelle de la fable de Bradbury. L'auteur s'inspirait grandement du Mcarthysme en cours lors de la parution du livre par son climat paranoïaque et Truffaut dont une partie de l'enfance coïncida avec l'occupation allemande y intègre cette facette. L'uniforme noir des pompiers, leur physiques dans l'ensemble très typé aryen et certaines gestuelle et salut renforcent cette idée d'allégorie nazie.


Oskar Werner en fonctionnaire zélé est remarquable et instille avec talent le doute et le malaise dans le regard impassible de son personnage, Truffaut créant le trouble par son montage répétitif jouant sur le quotidien répétitif et morne d'une existence sans éclats.

La grande idée, c'est le double rôle de Julie Christie jouant à la fois de l'épouse de Montag et Clarisse la jeune fille qui va lui ouvrir les yeux. En voyant un même visage tour à tour éteint, abruti par les médicaments et la télévision s'animer ensuite d'une fougue juvénile et de passion pour l'érudition, l'allégorie s'en trouve renforcée et l'actrice est une nouvelle fois parfaite dans ce double registre.

Le film perd d'ailleurs de plus en plus en plus de ce côté froid et feutré plus la conclusion approche (annoncé par l'impossibilité désormais pour Montag de monter et descendre la rampe comme un automate qu'il n'est plus), l'ensemble adoptant un ton de plus en plus onirique que ce soit dans la cauchemardesque séquence d'immolation où le superbe final en campagne avec cette bien belle idée des hommes livres magnifiquement illustrée par Truffaut.

D'autres éléments plus sous-jacent tel le générique parlé et pas écrit ou encore le choix des couvertures de livres calcinées (dont un exemplaire des Cahiers du Cinéma) placent définitivement ce Fahrenheit 451 comme une réussite et un vrai film de Truffaut malgré sa confection étonnante.


Sorti en dvd zone 2 français chez MK2 dans une très belle édition avec notamment pour lun passionnant bonus, le journal de tournage de Truffaut publié à l'époque dans les Cahiers du Cinéma pendant la durée de la production.


3 commentaires:

  1. J'aime beaucoup les films de Truffaut et celui ci est l'un de mes préféré.

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  2. Oui sans doute un peu trop mésestimé car un peu inclassable dans sa filmographie ;-)

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  3. Je rêve de le voir depuis longtemps, celui-là. ;)

    Le bouquin de Ray Bradbury est loin d'être génialement écrit, mais son thème est toujours aussi actuel !

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