Dévoreur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que cela intéresse tous mes visionnages de classiques, coups de coeur et curiosités. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau film et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère! Vous pouvez me contacter à justinkwedi@gmail.com, sur twitter et instagram

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mercredi 26 février 2025

Dortoir des grandes - Henri Decoin (1953)


 L'inspecteur Désiré Marco enquête dans un collège de province suite au meurtre de l'une des pensionnaires retrouvée étranglée. Et si le coupable se cachait du côté des autres collégiennes, moins sages qu'elles n'y paraissent ?

Henri Decoin signe avec Dortoir des grandes une très plaisante comédie de mœurs. Le film adapte le roman 18 Fantômes de Stanislas-André Steeman, romancier plébiscité par le cinéma français depuis le succès de L’Assassin habite au 21 de Henri-Georges Clouzot (1942) puisque suite à ce dernier pas moins de sept adaptations suivront dont le fameux Quai des orfèvres (1947) de nouveau signé Clouzot. Tout comme dans ces deux films, l’argument policier et plus particulièrement la dimension de whodunit que partagent L’Assassin habite au 21 et Dortoir des grandes, le film d’Henri Decoin privilégie l’étude de caractères au suspense. La couleur est annoncée durant la scène d’ouverture durant laquelle l’inspecteur Marco (Jean Marais) est briefé avec humour et désinvolture par son supérieur et mentor le commissaire Broche (Pierre Morin). La bonhomie de flic « à l’ancienne » de ce dernier se heurte aux spécificités d’un environnement doublement complexe, que ce soit la bourgeoisie provinciale ou le monde secret des adolescentes.

Marco, caractérisé comme un jeune novice gauche (alors que Jean Marais avait déjà la quarantaine) se voit ainsi pris de haut par la directrice du pensionnat (Denise Grey) et gentiment moqué par les jeunes élèves espiègles. C’est pourtant cette supposée maladresse et jeunesse qui va créer une certaine proximité de Marco avec les suspectes de ce cadre, susciter une confiance qui permettra les confidences afin de livrer les secrets de ce vernis sage. Un des atouts d’Henri Decoin pour cela est d’exagérément jouer du sex-appeal de sa star Jean Marais. Plusieurs séquences le montrent comme dépassé par les évènements, et cela avant tout à cause du désir qu’il suscite chez l’ensemble du casting féminin. Cela commence avec la scène dans sa chambre d’hôtel où il est plusieurs fois interrompu par la servante (Jeanne Moreau) se délectant de son corps torse nu. On aura ensuite la très audacieuse pensionnaire incarnée par Françoise Arnoul tentant à plusieurs reprises une séduction aussi naïve qu’effrontée envers Marco, notamment lors d’un rendez-vous nocturne dans une cabane. 

Cet atout charme déverrouille les cloisons qui seraient restées fermées à un policier traditionnel, et sont l’occasion pour Decoin de nombreuses affèteries formelles et de quelques menues provocations. Lorsque Marco s’introduira en douce dans le dortoir des jeunes filles et sera malmené par ces dernières, le sein d’une pensionnaire se révèle tandis que de multiples inserts sur les parties nues de leurs chemises de nuit déchirées se laissent voir. Tout en générant de plaisants instants de pure comédie (le mariage et la filiation que s’invente maladroitement Marco avec de fausses photos pour repousser les assauts féminin), cette immersion de Marco devient pertinente et vectrices des vérités cachées du lieu. 
Intéressantes dans l’idée quand elles passent par le seul dialogue, les révélations deviennent jubilatoires quand Decoin se repose uniquement sur des idées formelles. La culpabilité d’une enseignante entretenant une liaison saphique avec une élève (Dany Carel débutante) est l’occasion d’un plan étonnant durant lequel le visage de Jean Marais se reflète dans le bijou d’une bague – cette dernière étant aussi l’indice d’une autre tentative de meurtre récente. Cette approche culmine bien sûr durant la confrontation finale voyant la coupable démasquée par les films amateurs tournés par la défunte qui avait capturé là l’envers plus sulfureux de ce pensionnat respectable.

On pourra regretter que malgré quelques amorces pertinentes, la dénonciation de l’hypocrisie bourgeoise provinciale soit plus timide sorti du microcosme du pensionnat, alors qu’une peinture au vitriol façon Chabrol avant l’heure était possible. La directrice suggère ainsi de trouver un coupable, n’importe lequel, parmi la populace sans entacher la réputation de son établissement et de ses élèves de bonnes familles. Il y a aussi ce croustillant personnage de photographe érotomane incarné par Louis de Funès (partageant un bref instant l’écran avec Jean Marais avant la trilogie Fantomas), mais de même les dialogues davantage que les situations abordent cet aspect sulfureux - n'oublions pas la mère de l'élève défunte empochant l'héritage avec son amant gigolo. Dortoir des grandes n’en demeure pas moins un divertissement plaisant que Decoin parvient ici et là d’imprégner de touches plus personnelles (la célébration du sport et de l’effort physique lors d’une séquence d’exercice en plein air), et qui révèle dans son casting plusieurs talent en germe du cinéma français des années à venir.

Sorti en bluray français chez Gaumont

mercredi 3 novembre 2010

Les Bons Vivants - Georges Lautner et Gilles Grangier (1965)


1/La fermeture : Mr Charles, patron d'une maison close, remet à l'une de ses pensionnaires la lanterne.
2/ Au tribunal : une femme à qui l'on a volé des bijoux, ne cherche qu'a récupérer une lanterne.
3/ Les bons vivants : Une jeune fille s'installe chez un homme et attire tous les membres de l'Athletic-club.


Un film à sketch coréalisé par Gilles Grangier et Georges Lautner et qui a pour thème central le "drame" que constitua la fermeture des maisons close pour toute une communauté...

On passe rapidement sur les deux premiers segments réalisé par Grangier, sympathiques mais assez anecdotiques au final. Dans le premier, ambiance mortifère de mise avec un Bernard Blier en patron de lupanar contraint de fermer son établissement. Blier au summum du désespoir est génial, et si notre regard contemporain ne peut partager son amertume, la tristesse et la nostalgie des autres personnages (les filles ne voulant pas partir) est étonnement touchante tout en maintenant un second degré féroce (le déménagement de tout les "accessoires" farfelus de la profession est un grand moment ).

Le second sketch au tribunal ne vaut que pour les bons mots d'Audiard avec cette ancienne prostituée (joué par Bernadette Laffont) qui cherche à récupérer une lampe souvenir de sa glorieuse jeunesse dans les maisons de plaisir. Le récit offre un sacré défilé de visages connus avec Jean Lefevbre et Jean Carmet en cambrioleurs pieds nickelés ou encore Darry Cowl en avocat allumé. On rit une nouvelle bien fort notamment cet instant de communion où tout le tribunal, juges, policier, témoins et accusés compris se mettent à regretter de concert le bon vieux temps des maisons close en plein procès...

Le gros morceau, c'est bien évidemment le dernier sketch de Lautner véritable bijou de comédie qui bien que ce soit une de ses oeuvres les moins connues est un sommet de sa collaboration avec Audiard. Louis de Funès campe un chef d'entreprise psychorigide et acariâtre qui va par un concours de circonstances tomber dans les filets de la prostituée jouée par Mireille Darc et voir sa maison transformée en maison close à son insu et visitée par tout ses amis.

De Funès commence par faire du pur de Funès colérique et nerveux avant de livrer une prestation hilarante d'innocence et de naïveté lorsqu'il se fait progressivement amadouer par une Mireille Darc toute en candeur qui fait tourner les têtes. L'efficacité comique est redoutable avec la maison de De Funès dont le mobilier devient de plus en plus coquin, l'ironie mordante de la narration en voix-off (de Philippe Castelli) et les filles de plus en plus nombreuses et de toutes nationalités qui envahissent les lieux sans que De Funès infantilisé ne se doute de rien. Les second rôles sont parfaits dont un Jean Richard nettement moins froid que quand il joue Maigret, ici drôlissime en vieux pervers provincial à l'oeil torve. Pas mémorable donc mais assez plaisant et qui vaut donc surtout pour son grandiose dernier sketch. Pour l'amateur de ce type de cinéma franchouillard truculent ça reste néanmoins un petit régal.


Disponible en dvd zone 2 (sous son autre titre "Un Grand Seigneur") chez Universal

Bande annonce



Le troisième sketch est semble t il complet sur Dailymotion en bonne qualité


dimanche 30 mai 2010

L'Homme Orchestre - Serge Korber (1970)

On entre dans la compagnie de danse contemporaine d'Evan Evans (Louis de Funès) comme on entre en religion. Chez lui, la prise de poids et la vie sentimentale sont interdites ; les danseuses doivent se vouer corps et âme à la danse et sont dirigées d'une main de fer.  Alors qu'une de ses danseuses décide de quitter la troupe car elle souhaite se marier et que le statut marital est incompatible avec sa fonction chez Evan Evans, avec l'aide de Philippe (Olivier de Funès) son neveu et de Françoise (Noëlle Adam) son adjointe, Evan Evans fait passer des auditions afin de trouver une nouvelle perle rare. Il tombe sous le charme du talent d'Endrika (Puck Adams). C'est avec enthousiasme qu'il l'associe à la troupe.

Sans doute l'un des numéros comique les plus exceptionnel du grand Louis De Funès. On aurait même frisé le chef d'oeuvre si l'intrigue n'était pas aussi lâche, notamment dans la seconde partie. Son passé de musicien; sens de la chorégraphie et capacité à se mouvoir en rythme s'exposent là mieux que dans tout autre de ses films, ajouté à son habituelle énergie comique. La première partie du film est donc un petit bijou d'inventions, de rythme et de gags notamment une anthologique scène d'ouverture où une avenue est transformé en quasi piste de formule 1 par un De Funès automobiliste irascible.

On découvre ensuite le quotidien de son personnage, directeur d'une compagnie de danse veillant jalousement sur ces danseuses en éloignant toute présence masculine tentatrice. C'est l'occasion de quelques grands moments lorsqu'on assiste au traitement de choc subi par les danseuses entre répétition forcenées, régime draconien et traque nocturnes pour les plus dissipées. Gros changement, le personnage tyrannique habituel de De Funès se voit doté d'une étincelle passionnée qui le rend encore plus attachant dans les efforts qu'il fourni pour offrir le meilleur spectacle, tel la première scène de répétition où il entraîne toute la troupe dans un rythme endiablé qui monte progressivement ou encore une séquence d'audition où son regard s'illumine devant les prouesse d'une candidate. Tourné avant ses premiers soucis cardiaque (sur la scène de danse des Aventures de Rabbi Jacob), le film nous présente un De Funès survolté au sommet de sa forme physique.


Serge Korber offre une réalisation pleine d'invention dans les chorégraphies avec un festival de couleur et d'effets psyché sur le score excellent de François de Roubaix pour donner en définitive un bel objet pop. Le fiston Olivier De Funès est vraiment très drôle aussi en assistant ahuri et l'alchimie fonctionne bien avec le père. Vraiment dommage que la seconde partie plus vaudevillesque avec l'arrivée inopinée de bébés soit moins convaincante tant le début est parfait. Néanmoins cela se suit toujours sans ennui et quelques moment émergent comme une hilarante rencontre avec des siciliens arriérés (digne d'une séquence voisine dans Casanova 70 de Monicelli) ou une filature par la police italienne. Un des meilleurs De Funès.



Une interview intéressante du chorégraphe du film