Dévoreur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que cela intéresse tous mes visionnages de classiques, coups de coeur et curiosités. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau film et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère! Vous pouvez me contacter à justinkwedi@gmail.com, sur twitter et instagram

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vendredi 26 novembre 2010

Darling - John Schlesinger (1965)

Diana est une "enfant gâtée", consciente de sa beauté. Elle devient mannequin, lancée par Robert Gold, un reporter qui a quitté sa famille pour elle. Mais Diana abandonne son amant pour un bel homme d'affaires puis pour un prince italien. Elle prend peu à peu conscience du monde artificiel dans lequel elle vit...

Troisième film de John Schlesinger, Darling est une œuvre de bascule le faisant passer des problématiques et de l’esthétique rattachée au Free Cinema anglais à une veine plus universelle qui le verra se distinguer au sein de l’industrie hollywoodienne. Le film vient en quelque sorte conclure une trilogie entamée avec Un Amour pas comme les autres (1962) et Billy le menteur (1963). Dans l’esprit des autres productions Free Cinema d’alors, les films montraient des jeunes hommes du nord de l’Angleterre entravé dans leurs aspirations par un certains déterminisme social. Un Amour pas comme les autres étaient une œuvre austère et lugubre, tandis que Billy le menteur, épousant le caractère doux-rêveur de son héros, adoptait une forme plus ludique et inventive. 

Un des éléments appuyant cette fantaisie était l’électrisante apparition finale de Julie Christie, dont la présence lumineuse était une véritable promesse de l’ailleurs se refusant à Billy (Tom Courtenay). Au fil des deux films, l’horizon s’élargissait et la forme s’enhardissait, amenant John Schlesinger à l’esthétique plus stylisé et au cadre plus ample de Darling qui quitte la province anglaise pour gagner le Swinging London. S’inspirant en partie d’un fait divers impliquant une célèbre jet-setteuse, Darling s’inscrit dans un ensemble de productions anglaises sorties justement durant cette même année 1965 remettant en cause l’hédonisme du Swinging London avec The Party’s Over de Guy Hamilton et The Pleasure Girls de Gerry O'Hara. Schlesinger et son scénariste Frederic Raphael s’écartent cependant de la veine moralisatrice de ces deux films, pour davantage s’attacher à un portrait au vitriol d’une certaine haute société londonienne.

La capitale britannique alors le plus attractif au monde centre culturel mondial en termes d'ambiance festive et juvénile, de mode de vie, dont l’originalité et la liberté vont être remis en question. Une des première séquences du film montre Diane Scott (Julie Christie) interrogée par la télévision sur la nature de la rébellion juvénile. Elle répond que cela consiste à aller systématiquement à l'encontre du modèle établi, ce à quoi on lui réplique que finalement c'est une autre forme de conformisme. Tout le film tient dans cette contradiction où le mode de vie urbain et oisif va s'avérer une société aux mœurs et codes bien établis, au sein duquel le pseudo esprit libertaire n'est qu'une façade.

Tout cela s'incarne à travers le personnage de Diane, jeune fille bien de son temps, dans une narration partiellement en flashback où on devine déjà le profond narcissisme et détachement qui l'anime face à toute choses. Belle comme un cœur, Diane sous une candeur de façade dissimule un égoïsme l'amenant à séduire différents hommes dont la stature morale, intellectuelle (Dirk Bogarde en amant mature) ou sociale (Laurence Harvey en communicant branché, José Luis de Vilallonga en noble italien) lui permettent de gagner de l'assurance et s'élever dans la société. Le récit nous promène ainsi de fêtes branchées londoniennes en soirée de débauche parisiennes, de soirées caritatives vides de sens en réception huppées et sordides. Schlesinger dans la lignée du travail d'un Richard Lester à la même période (mais avec davantage de fond derrière ses effets) livre une réalisation percutante et moderne pour montrer la vacuité de ses différents moments, et use de diverses astuces étonnantes de montage. Il s'autorise également un ton très mordant dans son ironie, la sexualité débridée de Julie Christie (et ses conséquences avec le traitement frontal de l’avortement), l’évocation explicite et non culpabilisante de l’homosexualité - Schlesinger lui-même gay s’amuse d’ailleurs lors d’un faux micro-trottoir avec un quidam dénonçant la « propagation » de l’homosexualité.

Julie Christie livre une performance formidable, dans un passionnant paradoxe entre naturel et fausseté. Alternant les moments passionnés avec ceux d'une froideur cruelle, débitant banalités avec le sourire le plus éclatant, elle incarne à merveille cette coquille vide qu'est Diane Scott, jamais plus perdue que lorsqu’elle est prisonnière de ce qu’elle a convoité – magnifique scène durant laquelle elle perd pied dans l’immensité et la solitude du palais du prince italien. Dirk Bogarde en amant trahi et Laurence Harvey en débauché mondain dédaigneux apportent aussi une belle humanité. Véritable capsule temporelle à la fois fascinante et sordide du Swinging London,  

Disponible en bluray français chez Tamasa

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