Bouffeur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que ça intéresse tout mes visionnages de vieilleries, coup de coeur et nanar potentiels. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau visionnage et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

Vous pouvez me contacter à justinkwedi@gmail.com et suivre le blog sur twitter à http://twitter.com/#!/JustinKwedi

Pages

lundi 22 novembre 2010

Alice's Adventures in Wonderland - William Sterling (1972)



Moins connue que la version Disney ou la plus récente de Burton, une bien belle adaptation produite par le cinéma anglais pour fêter le centenaire de la sortie de De l'autre côté du miroir. C'est probablement la plus fidèle à ce jour, et ce même dans des subtilités que seuls les plus maniaques des amateurs de Lewis Caroll peuvent connaître. Il faut ainsi savoir que Alice au Pays des Merveille naît d'une ballade en barque que Caroll effectua avec son collègue pasteur Duckworth en compagnie des trois filles du doyen de Christ Church. C'est pour amuser la cadette d'entre elles, Alice Lidell que Caroll se met à improviser une histoire constituant les prémisses de son chef d'oeuvre, qui paraîtra dans sa version définitive 3 ans après la fameuse ballade et dont il offrira gracieusement le premier exemplaire à la fillette.

Le film de Sterling pousse donc la fidélité à adopter le même point de départ que celui qui inspira le livre à savoir une ballade en barque entre les deux jeunes hommes Dodgson (vrai nom de Lewis Caroll), Dukworth et les trois soeurs Lorina, Edith et bien évidemment Alice Lidell jouée par la jeune Fiona Fullerton (plus adolescente que fillette déjà 16 ans contre les 10 de la "vraie" Alice). La promenade semble grandement ennuyer Alice, Dodgson se met donc à lui raconter une histoire, elle ferme les yeux et l'aventure peut commencer...

Contrairement à la majorité des adaptations qui ne pouvaient s'empêcher de croiser les éléments des deux livres, William Sterling (également au scénario) s'en tient strictement à Alice au pays des merveilles. On retrouve donc tout ce qui fait la tonalité unique du récit originel : l'absence d'intrigue directrice au profit d'une suite de séquences surréaliste et absurdes, la tonalité satirique, les jeux de mots sur la langues anglaises (vo non sous titrée oblige certains m'ont échappés néanmoins). Plutôt que de jongler ou d'associer certains éléments du réel comme certaines versions le feront maladroitement, le parti pris du rêve et de l'imaginaire est un fait d'emblée et sert parfaitement le propos.

Tourné entièrement dans les studios anglais de Shepperton, le film est extrêmement kitsch et factice dans son esthétique (les costumes sont extraordinaires) mais devait déjà l'être à l'époque. Le but est clairement de parler autant aux adultes (ce côté factice servant la farce) qu'aux enfants pour qui le débordements de couleurs, de décors étranges et de personnages farfelus offre un spectacle inoubliable et plus "consistant" que le dessin animé de Disney. Les effets spéciaux sont très bons notamment tout ce qui concerne les changements de taille d'Alice, et vu l'époque de sortie les différentes absorption de boissons et gélules multicolores qui les causent rejoignent l'interprétation qu'en font les hippies sur les paradis artificiel, la chanson White Rabbit de Jefferson Airplane n'est pas loin.

Le film prend le parti pris de la comédie musicale, chaque chanson servant à illustrer les états d'âmes d'Alice ou ses rencontres avec les délirants personnages du Pays des Merveilles. A la partition le maestro John Barry délivre un de ses scores les plus envoûtant et lumineux porté par des chansons merveilleuses écrite par son parolier Don Black (qui a écrit nombre de paroles de chansons de James Bond composés par Barry). On oubliera pas de sitôt la féérie de Curioser Curioser entonné par une Alice dépitée par ce monde étrange.

Fiona Fullerton fait une Alice parfaite, pleine de candeur de maladresse et respecte la politesse exacerbée de l'héroïne du roman. La crème du cinéma anglais de l'époque l'accompagne dans ses aventures Michael Crawford en Lapin Blanc, Roy Kinnear en Cheshire, Ralph Richardson en Chenille, Peter Sellers en Lièvre de Mars et aussi Dennis Price (le héros de Noblesse oblige !) et Flora Robson en Roi et Reine de Coeur.

Le non sens et l'absurde de Caroll conservé tel quel peut déconcerter les nons connaisseurs du livre puisque tout est gardé sans altération : la partie de thé endiablée entre le Chapelier Fou et le Lièvre de Mars, les chansons illogiques de Tweedledee et Tweedledum... Il en résulte un film au rythme un peu bancal et étrange, mais un sacré voyage malgré une réalisation parfois un peu trop statique de Sterling. C'est d'ailleurs d'une belle ironie que Tim Burton en s'appropriant le matériau ait délivré un objet bien plus conventionnel et sans surprise que cette adaptation littérale constamment surprenante.

Le film n'étant semble t il (mais si quelqu'un l'a vu à l'époque curieux d'être corrigé là dessus) jamais sorti en salle en France pas de dvd français existant. Il est néanmoins très populaire en Angleterre et à l'occasion de la version Burton il a été réédité cette année en dvd. VO non sous titrée ni anglais ni français par contre, mais avec des notions et une bonne connaissance du livre ça se suit sans grand problème.

Extrait "Curioser Curioser"

6 commentaires:

  1. Tellement heureux de voir que ce beau film soit remarqué (et apprécié) par un internaute français, qui sait, en effet, reconnaître la grande fidélité au texte original (que j'adore), la réussite des effets spéciaux (effectivement très bons pour l'époque), de la musique (très bonne également) et l'interprétation (qu'il s'agisse de Peter Sellers en Lièvre de Mars ou Mickael Crawford en Lapin Blanc et bien d'autres !)... Le film a un rythme qui peut sembler lent par moments, mais la qualité est de mise et les vrais amoureux d'Alice s'y reconnaîtront, bien plus qu'à travers la décevante version de Burton, où le visuel richissime a pris le pas sur l'absurde, le non-sens, la drôlerie et les couleurs - et même sur le thème de l'enfance !!

    RépondreSupprimer
  2. Merci ! Oui une très belle adaptation sûrement la plus fidèle que j'ai dû voir et retranscrivant merveilleusement l'esprit du livre, étrange qu'elle soit si méconnue en France.

    Une version que j'aimerais beaucoup voir aussi, c'est celle produite à Hollywood dans les annnées 30 avec un sacrée casting où Cary Grant, Gary Cooper et quelques autres grandes stars prennent les traits délurés des perssonnages de Lewis Caroll. Ca doit être quelque chose...

    RépondreSupprimer
  3. Je me demandais en parlant de l'édition dvd si le film était sorti en salle en France et Michel un lecteur m'a envoyé un mail très détaillé sur le conditions de la sortie française qui a bien eu lieu même si très discrète je vous met ici son texte pour les intéressés

    "Bonjour,

    Je fais parti des "rares" spectateurs qui ont été voir le film en salle. Car effectivement cette version d'Alice au pays des merveilles est bien sortie à Paris (je possède des documents sur cette sortie, mais il faudra être patient le temps de les retrouver dans un déménagement non terminé... ). C'est un cinéma qui se nommait le "Seine-Cinéma" qui le présenta en 1973 et qui a disparu depuis longtemps (8, rue Frédéric Sauton,
    V ème arrondissement, près du quartier de Maubert-Mutualité, proche du quartier Saint-Michel). Ce cinéma de la rive gauche fit son inauguration avec ce film, présenté je crois selon les séances en VF et en VO. Ce fut la seule salle à le présenter à Paris. Résultat : une sortie confidentielle et vite oubliée. Ce sont des Belges qui distribuèrent le film en France : Rossel (l'orthographe du nom est à vérifier... ). Ils eurent des bureaux à Paris pour distribuer les films dont ils achetèrent les droits. À l'origine, ce n'était pas une maison de distribution de films.

    Leur installation fut un fiasco à cause d'un catalogue plutôt pauvre ("En voiture, Simone" (Soft Beds, Hard Battles - 1974) avec Peter Sellers, était - par exemple - d'une belle nullité).

    J'ai eu du mal à trouver, il y a quelques années, un DVD sur cette version d'Alice au pays des merveilles. Une première fois je tombe sur un exemplaire US. Une horreur : un film recadré (Pan and Scan). La deuxième fois (et dernière pour l'instant) : un DVD d'importation anglaise toujours sans sous-titres mais enfin en cinémascope. Sauf que l'image est plus que moyenne (en restant indulgent) et le son mono est vraiment moche (la voix de Fiona Fullerton et la musique de John Barry méritaient mieux que ce traitement encore actuel). Le film a été tourné en Todd-AO 35. À cette époque, c'était une nouveauté de presque deux ans avec des films tels que "Junior Bonner - Le dernier bagarreur", "The Getaway - Guet-apens" (deux films tournés et enchaînés par Sam Peckinpah avec Steve McQueen), le quatrième de la série "La Planète des singes" : "La Conquête de la planète des singes" de Jack Lee Thompson, "Anthony and Cleopatra" de et avec Charlton Heston (film anglais resté inédit chez nous) et un autre film réalisé et interprété par un acteur : "Gator" de Burt Reynolds. Le Todd-AO 35 était tout simplement du scope Panavision mais avec des objectifs (nouveaux de chez Todd-AO).

    RépondreSupprimer
  4. Suite !

    "

    Le Todd-AO était connu avant tout avec le format du 70 mm. Lorsqu'on lisait Todd-AO sur une affiche ou sur un générique de film, on savait que le film était en 70 mm classique (comme la Super-Panavision, par exemple). Le procédé du Todd-AO 35 ne dura - on peut le dire - que le temps d'une saison en regard d'autres procédés. Au sujet de l'image d' "Alice au pays des merveilles", j'avais un bon souvenir, mais lorsque l'on visionne le film avec le DVD anglais, malgré la piètre qualité de celui-ci, on devine que les décors et la photographie font défauts. En fait, je dirais pour ma part, qu'il y a le pire et le meilleur dans ce film : certaines scènes pour le rendu des décors sont magnifiques (la scène par exemple où Alice est dans ce couloir à n'en pas finir) et d'autres rendus de décors sont franchement devenus laids. Donc, je suis très partagé sur le film à présent. Toutefois, j'aimerai beaucoup qu'un nouveau DVD (digne de ce nom) présente le film enfin restauré avec un son pourquoi pas en stéréophonie pour les chansons et la musique (je possède depuis sa sortie un magnifique vinyle 33 tours en album de la bande originale du film ; l'enregistrement est splendide).

    Petite anecdote : une année plus tôt, Fiona Fullerton était la "fille" de Michael Jayston (ici, il incarne Lewis Carroll) dans le film à grand spectacle de Franklin J Schaffner : "Nicholas et Alexandra". La jeune actrice y incarnait Anastasia et Michael Jayston, l'un des rôles titres : le tsar Nicholas II. (il existe depuis longtemps un bon DVD US mais hélas sans sous-titres ni VF, reproche inhérent pour la Columbia pour les DVD US, zone 1).
    Cordialement"

    Merci encore de tous ces précieux renseignements Michel !

    RépondreSupprimer
  5. Oh lala... Ce que cela donne envie !! Bon, du coup, quoi acheter comme version (si on trouve) !
    Par ailleurs, en variation sur le thème, je recherche depuis des années le sublime "Dreamchild". Est-ce sorti en VHS ou DVD ?

    RépondreSupprimer
  6. Hello Emma !

    Alors pour Alice il y a une édition dvd anglais sans sous-titres à l'image relativement correcte. Ca se trouve là pour pas trop cher

    http://www.amazon.co.uk/Alices-Adventures-Wonderland-Spike-Milligan/dp/B0035K37P2/ref=sr_1_2?s=dvd&ie=UTF8&qid=1366404240&sr=1-2&keywords=alice%27s+adventures+in+wonderland

    Jamais vu "Dreamchild" ça me tente bien dis donc. Apparemment sorti en dvd aussi mais l'édition semble épuisée aïe !

    http://www.amazon.co.uk/Dreamchild-DVD-Region-US-NTSC/dp/B002Y26UMO/ref=sr_1_2?s=dvd&ie=UTF8&qid=1366404593&sr=1-2&keywords=dreamchild

    RépondreSupprimer