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mercredi 17 novembre 2010

Le Couvent de la Bête Sacrée - Seiju gakuen, Norifumi Suzuki (1974)


La jeune et belle Mayumi (Yumi Takigawa) décide de rentrer dans les ordres et intègre un couvent catholique. Dans un climat de répression et de suspicion, Mayumi mène l'enquête sur la mort de sa mère qui fut une nonne du couvent. Peuplée de jeunes filles bravant les interdits, l'institution est dominée par une mère supérieure et un révérend père adeptes de supplices punitifs.

Le cinéma d'exploitation japonais fut sûrement un des plus inventifs au monde durant les années 70 et ce Couvent de la Bête Sacrée en apporte une nouvelle preuve éclatante. On rappelle les faits : au début des années 70 les grands studios japonais sont sur le déclin et au bord de la faillite concurrencés qu'ils sont par la télévision. Une seule solution, montrer au cinéma des choses que le petit écran ne peut se permettre en l'occurrence une note d'érotisme bien plus salée que le prude production d'alors. Le premier studio à lancer les hostilité est la Nikkatsu créant ainsi le genre Pinku Eiga (cinéma érotique japonais) avec notamment des films comme Fleur Secrète de Masaru Konuma qu'on a déjà évoqués sur ce blog.

Au sein de la prestigieuse Toei, la donne est légèrement différente. La firme détourne progressivement la spécialité de la maison, les films de yakusas en y intégrant tout d'abord des héros adolescents pour attirer le jeune public. Ces héros deviennent bientôt des héroïnes dans une vague de films connus sous le label Pinky Violence qui cède autant au penchants du film de gangsters avec une aura de féminisme où nos farouches délinquantes s'opposent à la tyrannie masculine qu'à du pur Pinku Eiga prétexte à des élans de sadisme et d'érotisme.

Le genre fera les beaux jours de la Toei durant toute la décennie occasionnant nombre de films remarquables comme la série de La Femme Scorpion (une des inspirations de Tarantino pour ses Kill Bill) avec Meiko Kaji, grande star de ce cinéma tout comme le duo Miki Sugimoto/Reiko Ike.

Le Couvent de La Bête Sacrée est donc un des fleurons du Pinku Eiga version Toei, ajouté au fait d'être un film de nonnes, cadre ayant occasionné de grands films prestigieux (Le Narcisse Noir de Powell/Presburger) que d'oeuvre plus discutable ou controversée tel Ne nous délivrez pas du mal de Joël Seria. Le scénario implique deux des figures typique du film d'exploitation, la vengeance (pour impliquer le spectateur) et l'érotisme (pour le titiller).

On suit donc ici l'arrivée d'une jeune femme dans les ordres sous couvert d'enquêter sur la mort de sa mère dans ses lieux des années plus tôt. La rigueur religieuse confinant au fanatisme est l'occasion de nombreux débordement de sadisme dans le châtiment corporel : auto flagellation au martinet pour pénitence, longues séances de fouets on se croirait revenu au temps de l'Inquisition. Les motifs de punitions sont nombreux puisque sous la vertu apparente notre couvent est bien plus débauché qu'il n'y paraît entre les nonnes lesbiennes, les frustrées qui profitent des punitions pour assouvir leurs fantasmes (il faut voir ces gros plan de regards concupiscent durant les scènes de punition).

L'aspect racoleur est certes là puisque c'est en partie la raison d'être de ce cinéma (nonne plus jolie les unes que les autres, scène de douche érotisante) mais pas que. Les techniciens les plus chevronnés et prestigieux, passé par un cinéma plus classique se sont rabattus sur le Pinku Eiga avec la nouvelle orientation du studio et il en résulte une beauté et une inventivité formelle inouïe. Les éclairages baroques des intérieurs du couvent évoquent la Hammer, le réalisateur Norifumi Suzuki (qui offrira quelques fleurons à cette période dans la Pinky Violence) multiplie les cadrages alambiqués et surprenants (dans un scope superbe) pour un pur ovni filmique au croisement du cinéma pop (les couleurs éclatantes, le splendide score de Masao Yugi) et gothique.

Quelques scènes sont sidérante d'invention tel ce moment où l'héroïne démasquée es ligotée avec des ronces puis fouettée avec des épines de roses. En montage alterné la caméra tourbillonne en vue subjective sur les visages des nonnes déchaîné tandis que les pétales de roses tombent au ralenti sur le corps de Mayumi qui se débat, magnifique.

L'autre élément crucial est la transgression sur la religion. Les débordements d'érotisme sont à relativiser puisque le Japon en pays sans culture chrétienne n'a pas les mêmes frein que les occidentaux là dessus, la fascination locale pour l'uniforme faisant le reste. Par contre l'hypocrisie criante entre une vertu de façade excessive et des moeurs plus discutables derrière l'alcôve est très bien vue, dénonçant un certain obscurantisme à travers un scénario dont les révélations finales dévoilent bien des secrets.

L'interprétation est remarquable, Yumi Takigawa (pour son premier rôle au cinéma) est particulièrement convaincante en nonne vengeresse au visage renfrogné, le reste du casting tout autant notamment un terrifiant Fumio Watanabe en Révérend père trop entreprenant. Visuellement somptueux, coquin comme il faut et pas dénué d'un humour certain, c'est probablement le meilleur film pour s'initier à ce type de cinéma.

Sorti en dvd zone 2 français chez Studio Canal, belle édition avec des interventions de Jean Pierre Dionnet etle témoignage de l'actrice Yumi Takigawa sur les conditions de tournages de l'époque.

1 commentaire:

  1. C'est spécial, quand même... mais Diderot avait déjà tout dit dans "La Religieuse. ;)

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