Bouffeur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que ça intéresse tout mes visionnages de vieilleries, coup de coeur et nanar potentiels. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau visionnage et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

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lundi 4 décembre 2017

La Poupée brisée - The Big Street, Irving Reis (1942)

C'est l'histoire d'amour à sens unique entre A. Pinks, serveur dans un music-hall et sa chanteuse vedette Gloria Lyons. Pinks aime secrètement Gloria, entretenue par le patron de la boîte, Case Ables, jusqu'au jour où elle se retrouve à l'hôpital à la suite d'une chute provoquée par Ables, jaloux d'un riche oisif, Decatur Reed pour qui elle s'apprête à le quitter. Pinks va mettre tout son temps et son argent, avec l'aide de ses amis, à essayer de soigner Gloria, qu'il vénère toujours comme "son altesse"

La Poupée brisée est un joli mélo qui participe à l'évolution de l'emploi habituel d'Henry Fonda de jeune homme naïf et bienveillant vers un registre plus adulte tout en étant un des premiers rôles majeur de Lucille Ball au cinéma (même si son succès se construira surtout dix ans plus tard à la télévision). Le film adapte la nouvelle Little Pinks de Damon Runyon et dépeint la romance à sens unique entre le modeste serveur Pinks (Henry Fonda) et la chanteuse de music-hall et "gold digger" Gloria Lyons (Lucille Ball). Les deux personnages sont des rêveurs dont l'idéal ne se rejoint pas, Pinks aimant à distance une Gloria rêvant de châteaux en Espagne par l'entremise du riche et séduisant Decature Reed (William T. Orr).

Le rapport entre eux est bienveillant et hautain pour Gloria envers Pinks et béat et énamouré pour ce dernier. Les contours glamour, l'attitude hautaine et les cadrages avantageux d'Irving Reis pour capturer Gloria sur scène contrebalancent ainsi la gestuelle empruntée et la nature timide filmé dans sa tenue de serveur et réduit à cette nature subalterne soumise par la mise en scène et la composition de plan (toujours en retrait, raide et en attente face à Gloria). Ce rapport se poursuivra de manière plus injustifiée et cruelle après la déchéance physique et sociale de Gloria qui maintient ses exigences de diva envers Pinks, seul bienfaiteur qui voit par son aide dévouée une manière de se rapprocher d'elle.

Le récit pourrait être sinistre mais le scénario contrebalance cela par la description de la faune pittoresque (et les truculentes interprétations de (Agnes Moorehead et Eugene Pallette notamment) de Broadway fait de parieurs et d'escrocs en tout genre. Cela crée des moments décalés déconcertants (le concours du plus gros mangeur en ouverture) mais qui trouvent sa justification sur la longueur, l'esprit d'entraide de cette cour des miracles contrebalançant tout le paraître et l'hypocrisie de la haute société que Gloria idolâtre tant. Les héros évitent par cette approche et les nuances des interprètes les clichés dans lesquels ils s’inscrivent.

Henry Fonda exprime plus un amour éperdu que la naïveté, et Lucille Ball (suggérée par son amie Carole Lombard initialement envisagée par le studio) malgré quelques situations et répliques cruelles s'agrippe de manière maladive et confinant à la folie à sa soif de paillettes. Quelques rebondissements tarabiscotés nous amènent ainsi au clou du film avec cette fastueuse soirée mondaine qu'organise Pinks pour Gloria qui en sera la reine. Un bref instant, leurs attentes se conjuguent pour une belle émotion dans une conclusion touchante.

Sorti en dvd zone 2 français aux Editions Montparnasse

mercredi 19 avril 2017

La Septième Victime - The Seventh Victim, Mark Robson (1943)


Mary Gibson recherche sa sœur Jacqueline disparue mystérieusement à Greenwich Village. Son enquête la mène à une secte satanique.

La Septième Victime est le quatrième film de l’orientation initiée par le producteur Val Lewton vers l’horreur suggestive au sein du studio RKO - La Féline (1942), Vaudou (1943) et L’Homme-léopard (1943) de Jacques Tourneur ayant précédé. Cette nouvelle direction vampirise ainsi désormais tous les projets, ce qui n’est pas sans conséquence sur certains films comme justement La Septième Victime. Le script initial de Charles O'Neal est une simple enquête à mystère où une jeune orpheline est impliquée dans un meurtre et la cible d’un serial-killer dont elle risque d’être la septième victime. Par la suite une seconde mouture voit le jour écrite par DeWitt Bodeen marqué par sa réelle rencontre avec un groupe d’adorateurs de Satan à New York. Cet élément est bien évidemment ajouté au script ce qui entraîne une certaine schizophrénie et plusieurs incohérences dans le ton et déroulement du film.

L’enquête de la jeune Mary (Kim Hunter) pour retrouver sa sœur disparue oscille donc entre les différentes directions contradictoires. La naïveté de l’héroïne se confronte ainsi à un mystère opaque, à des rencontres étranges et une oppressante cité new yorkaise. On reste cependant dans le « murder mystery » convenu jusqu’à une fabuleuse scène convoquant les ténèbres indicibles, une pièce dissimulée dans un corridor sombre abritant la mort. La marque des productions Newton en somme et que Mark Robson (dont c’est le premier film après avoir été monteur notamment sur Citizen Kane) amène avec un sens du timing éblouissant.   

C’est la qualité majeure du film, ce sens de l’atmosphère notamment quand se révèle l’identité des satanistes, quidam ordinaires dont l’aura maléfique se révèle par un réel soudain altéré. Les environnements urbains et domestiques quelconques prennent une tournure menaçante par les cadrages de Mark Robson et la photo de Nicholas Musuraca qui rend tous visages précédemment amicaux soudainement malfaisant. On peut deviner une influence du film sur le Rosemary’s Baby de Roman Polanski dans cette manière d’inscrire le possible surnaturel ou le déséquilibre mental dans le quotidien, de poser un malaise insaisissable. 

Mais malheureusement sous le brio formel reste toujours ce problème d’écriture maladroite. Certaines storylines sont lancées sans trouver de conclusion satisfaisantes (la romance possible entre Mary et le poète), les points de vue basculent brutalement (après avoir accompagnée Mary tout le film la narration se concentre soudainement sur Jacqueline dans la dernière partie) et les revirements improbables déroutent tel ce discours moralisateur de Tom Conway qui sème le remords chez les satanistes… C’est vraiment regrettable car même dans cette confusion il y a pas mal d’idées audacieuse et étranges (l’employée de Jacqueline dont on peut soupçonner un amour lesbien, la voisine mourante) mais n’allant pas au bout de leurs idées. Reste donc un film très imparfait mais à l’influence immense dans les orientations futures du cinéma fantastique.

Sorti en dvd zone 2 français chez Warner 

 

jeudi 15 septembre 2016

Né pour tuer - Born to kill, Robert Wise (1947)

Sur le point de quitter Reno pour gagner San Francisco, où l'attend son riche fiancé, Helen Brent découvre que deux des clients de l'hôtel où elle est descendue ont été assassinés pendant la nuit. Elle choisit de se taire pour protéger sa réputation et conserver la considération de son fiancé. Dans le train qui la conduit en Californie, elle fait la connaissance de Sam Wilde, un homme étrange et brutal, qui la séduit malgré elle. Helen, qui ne veut pas renoncer à son mariage, accepte néanmoins de revoir Sam. Après avoir fait la connaissance de la famille de la jeune femme, celui-ci séduit Georgia, la demi-sœur d'Helen...

Born to kill se situe dans la première période de Robert Wise où au sein de la RKO il enchaîne les réussites à l'économie et dans tous les registres, du film fantastique La Malédiction des hommes-chats (1943) au drame en costume (Mademoiselle Fifi (1944) ou le western Ciel Rouge (1948) et dont le sommet sera Nous avons gagné ce soir (1949), classique du film noir qui conclut cet phase. Né pour tuer est donc un objet singulier, définitivement délesté de "l'héroïsme" relatif ou prononcé des criminels dans les polars et film de gangsters des années 30 pour nous montrer des psychopathes en puissance auxquels il est impossible de s'identifier. Sam Wilde (Lawrence Tierney) est de ceux-là, homme taciturne, séduisant et brutal qui s'illustre dans une mémorable introduction. Furieux de voir sa petite amie sortir avec un autre, il s'introduit chez elle et la tue avec une violence froide ainsi que son rival. En fuite vers San Francisco il fait la rencontre de la fraîchement divorcée Helen Brent (Clair Trevor) dans laquelle il semble trouver son égal au féminin.

La mise en scène de Robert Wise, entre élégance et crudité s'adapte ainsi au mélange de séduction et de férocité qui caractérise son personnage principal. Le meurtre initial choque ainsi par son filmage heurté tandis que les plans macabres et stylisés s’illustrent lorsqu’Helen découvrira les cadavres dans la maison, en particulier celui laissant deviner le corps inanimé de la jeune femme dans la pénombre. C'est aussi dans cette dualité que se développent les enjeux du récit. Sam Wilde par sa virilité marquée et le danger qu'il émane offre un attrait différent aux protagonistes féminins. L'oie blanche et richissime Georgia (Audrey Long) est sous le charme sans voir l'attirance intéressée de Sam qui y voit l'occasion de s'élever. Helen voit plus clair dans son jeu mais malheureusement ne se reconnaît que trop en lui puisqu'elle aussi nourrit une même frustration et ambition.

La face noire de Sam est donc aussi séduisante que repoussante, Claire Trevor exprimant bien ce désir coupable à travers les étreintes intense partagée avec Lawrence Tierney. Ce dernier, carrure épaisse, visage fermé taillé en lame de couteau et voix de stentor est sacrément intimidant et imprévisible. La moindre contrariété, le plus infime doute sur l'autre semblent prêts à réveiller la bête en lui par cette personnalité écorchée et paranoïaque.

Il est dommage que l'intrigue soit par moment assez poussive notamment avec l'enquête du détective privé joué par Walter Slezak (qui amène certes un contrepoint plus léger avec ce personnage facétieux) mais dès qu'il s'agit d'instaurer la tension et de zébrer l'ensemble d'éclairs de violence saisissants, Robert Wise excelle. La tentative de meurtre sur la plage ou encore le final particulièrement vicieux - où Sam se perd pour de bon en cédant à ses instincts les plus primaires - offrent des moments sacrément dérangeant. Imparfait mais très intéressant.

Sorti en dvd zone 2 français aux Edtions Montparnasse 

vendredi 6 décembre 2013

La Griffe du passé - Out of the Past, Jacques Tourneur (1947)


Jeff Bailey (Robert Mitchum), pompiste dans une petite ville californienne, retrouve par hasard Joe Stephanos, un homme de main de son ancien employeur, Witt Sterling (Kirk Douglas). Le jeune affranchi lui fait comprendre que Sterling souhaite le revoir au plus vite. Joe va au rendez-vous avec sa fiancée, à laquelle il raconte son trouble passé de détective...

Classique absolu du film noir, Out of the Past est une œuvre qui témoigne de l’ascension de la plupart de ses protagonistes.  Jacques Tourneur, consacré maître de la terreur suggestive grâce au trio de production Val Newton – La Féline (1942), L’Homme léopard (1943 et Vaudou (1943)- allait là prouver sa versatilité et aisance dans tous les genres (déjà prouvée l’année précédente avec l’excellent western  Le Passage du canyon (1946)). Avec le Feux Croisés (1947) de Edward Dmytryk, Robert Mitchum est pour la première fois en tête d’affiche et Kirk Douglas ici en homme d’affaire manipulateur trouve lui son second rôle au cinéma. 

Out of the Past se situe à l’âge d’or du genre et condense dans son intrigue différentes situations et grand archétypes aperçus dans des réussites l’ayant précédé dans les années 40 : un héros reclus voyant son passé ressurgir (l’ouverture des Tueurs (1946) de Robert Siodmak), une narration en flashback dressant une sorte de fatalité inéluctable et une femme fatale vénéneuse (Assurance sur la mort (1944) que fondateur). Robert Mitchum et son détective privé désinvolte, astucieux et tout en bagout doit bien sûr beaucoup au Philip Marlowe du Grand Sommeil (Howard Hawks, 1947). En croisant tout cela on plonge ainsi dans le récit d’un modeste pompiste et ex détective privé convoqué par un ancien client (Kirk Douglas) pour un nouveau job. Une mission à laquelle il ne peut se soustraire, lui qui avait succombé aux charmes de Kathie Moffett (Jane Greer), fiancée de Douglas qu’il était chargé de retrouver.

Jacques Tourneur défini ainsi deux monde entre le passé et le présent de Mitchum. Lumineux, apaisé, aéré et synonyme de romance pure et sincère pour le présent de la petite ville californienne où est désormais établit le héros. On découvrira ainsi Mitchum alanguit en pleine nature avec son nouvel amour. Les ténèbres viennent investir cette plénitude lorsque s’amorce le flashback avec ses environnements claustrophobes et surchargés de la demeure de Douglas ou des séquences aux Mexique. L’allure avenante et mystérieuse de Jane Greer est le pendant négatif de la petite amie simple du présent et la supposé pureté de sa robe blanche est contredite par sa féminité agressive et un visage aux émotions indéchiffrable. 

Les scènes d’amour entre Mitchum et Greer font ainsi preuve d’une beauté mais aussi d’une sophistication qui préviennent d’emblée de la nature viciée de cette relation. Les retrouvailles sur la plage, entre ombre et majestueuses lueurs du crépuscule montre ainsi le croisement de calculs et du lien affectif réel. Robert Mitchum est tout d’un bloc capable de tout abandonner pour elle qui au contraire s’adapte et survit aux circonstances quel que soit ses sentiments, comme le montrera son retour auprès de Kirk Douglas qu’elle déteste pourtant.

La Griffe du passé est aussi en quelque sorte l’acte de naissance du personnage cinématographique de Robert Mitchum. Quelques acteurs furent envisagés avant qu’il n’obtienne le rôle (John Garfield et Dick Powell pour les plus fameux) mais le film n’aurait pas atteint cette aura culte sans lui. Daniel Mainwaring au scénario (avec James Cain) adapte ici son propre roman Build My Gallows High paru en 1946. Grand ami d’Humphrey Bogart, il s’inspire largement de son interprétation de Philip Marlowe pour définir un de ses héros récurrents de papier tout naturellement appelé Humphrey Campbell. Nouant également une amitié par la suite avec Robert Mitchum, il contribuera largement ici et dans Ça commence à Vera Cruz (1949) à l’établir comme un  grand acteur de film noir. 

Comme déjà dit, les situations et une partie de sa caractérisation associe Mitchum ici à de grandes figures passé du genre. Sous les attitudes de tough guy (jubilatoire moment où il stoppe un homme de main qu’il a berné qui voulait le corriger) et l’art de la réplique cinglante, l’acteur dégage une nonchalance et une mélancolie faisant toute l’émotion du film. Une passion irraisonnée l’a fait passer du mauvais côté et l’ensemble du film est une vaine poursuite pour repasser de l’ombre à la lumière. On est loin ici des héros bernés et pris à leur propre piège de certains film noir, Mitchum fait preuve ici d’une intelligence (on repense à Marlowe) et d’une psychologie lui permettant d’anticiper la plupart des pièges qu’on lui tend. Tourneur en fait une silhouette furtive et imposante dans la nuit urbaine qui ne le domine jamais et dans laquelle il se fond avec grâce. Malgré tous ses efforts, son erreur initiale a fait de cette nuit son élément et tous ses efforts n’y feront rien. 

La fatalité du film noir n’a rien à voir ici dans la chute du héros, c’est bien la prise de conscience lue à travers le regard lucide de Mitchum lors de la conclusion qui la provoque. Plus malin que ses ennemis et insaisissables pour les autorités, un fossé semble le séparer d sa fiancé innocente. Ce contraste se ressentira dans leur ultime rencontre s’opposant à leur scène commune en ouverture : à nouveau enlacé en pleine nature, Ann (Virginia Huston) conserve la tenue rustre du début quand Mitchum est désormais emmitouflé dans son imper de détective, ils ne seront jamais du même monde.

A l’inverse l’instinct de survie et la malice de Jane Greer ressemblent dangereusement aux siens et l’ayant compris, Mitchum se saborde volontairement alors qu’il pourrait s’en sortir une fois de plus. La conclusion est une des plus magistrales du film noir et annonce celle fameuse également d’une autre incursion de Mitchum dans le genre avec Un si doux visage (1952) d’Otto Preminger. Le titre français est pour le coup particulièrement bien vu, cette griffe du passé laissant une marque indélébile dont on n pourra jamais se défaire.

Sorti en dvd zone 2 français aux Editions Montparnasse dans la collection RKO 

Extrait

vendredi 20 septembre 2013

L'Homme-léopard - The Leopard Man, Jacques Tourneur (1943)

 Un léopard s'échappe lors d'un numéro de cabaret. Alors que la police le recherche, une jeune femme est retrouvée morte, vraisemblablement attaquée par l'animal. Les recherches se poursuivent, et d'autres attaques surviennent. Contrairement aux enquêteurs, Jerry Manning pense que l'animal n'est pas responsable, mais qu'un déséquilibré profite de l'occasion pour commettre des crimes...

Après l'immense succès de La Féline (1942), Jacques Tourneur et son producteur Val Newton décidaient dès l'année suivante de reproduire la formule fait de mystère et de suggestion dans deux autres productions. L'une d'elles donnera un nouveau classique avec Vaudou ajoutant cadre exotique et magie noire à l'équation et donc ce The Leopard Man plus modeste mais pas inintéressant. Le problème du film est qu'il n'a ni l'originalité et ni double niveau de lecture de La Féline (où le surnaturel se mêlait à une réflexion sous-jacente sur la peur du sexe) et ne propose pas un environnement aussi chargé d'angoisse que Haïti telle que dépeinte dans Vaudou. Ne reste donc que la virtuosité de Tourneur à la mise en scène, ce qui est déjà beaucoup mais en fait le film le plus faible des trois car décalquant sans valeur ajoutée dans une pure volonté de producteur.

Passé ce point de départ où un léopard s'échappe et sème la terreur dans une ville du Nouveau Mexique, on sera autant subjugué et tremblant devant les moments de suspense qu'indifférent face au semblant d'intrigue (adapté d'un roman de Cornell Woolrich que Truffaut adapta deux fois avec La mariée était en noir et La Sirène du Mississippi ou encore Hitchcock pour Fenêtre sur cour) les reliant entre eux. Malgré présence du charismatique Dennis O'Keefe, la rivalité dans le monde du spectacle provoquant le drame ou encore le rapprochement et la romance avec Jean Brooks en résultant ne suffisent pas à réellement captiver. 

Atmosphère nocturne inquiétante, jeu d'ombre saisissant et ambiguïté de tous les instants (les assauts brutaux n'étant donc pas forcément du au léopard...), Tourneur déploie une maestria réjouissante pour nous glacer les sangs dès que la tension s'amorce. La mort de la première victime est un modèle du genre avec cette bande-son ne laissant poindre que les bruits naturels de ce cadre désertique, faisant surgir l'indicible des ténèbres comme dans un cauchemar avec les yeux du félin que l’on n’est pas certain d'avoir vu et le tout s'achève sur une note macabre avec ce filet de sang se glissant sous une porte. 

Un moment fabuleux qui ne sera jamais complètement égalé par la suite, les séquences s'arrêtant toujours avant l'explosion finale mais où l'on savourera toujours l'approche de Tourneur et le montage remarquable de Mark Robson. Et le réalisateur demeure un maître pour poser une ambiance lourde avec un rien tel cette rencontre amoureuse dans un cimetière qui prend un tour bien plus inquiétant voir ce final trop court où le tueur se cache dans la procession cagoulée dans une scène d'une belle étrangeté. Pas inoubliable donc mais un film qui se savoure pour ses fulgurances particulièrement bien troussées.

 Sorti en dvd zone 2 français aux Editions Montparnasse dans la collection RKO


mercredi 31 juillet 2013

L'Autre - In Name Only, John Cromwell (1939)

Alec Walker (Cary Grant) fait la connaissance d'une jeune artiste Julie Eden (Carole Lombard). Il voudrait l'épouser, mais il est déjà marié avec la très calculatrice Maida (Kay Francis) qui lui refuse le divorce...

Un beau mélo qui se penche sur la difficulté à refaire sa vie, renforcée bien sûr par le contexte moral de l'époque. L'originalité est ici de faire du personnage le plus fragile et victime du destin un homme. Cet homme, c'est Alec Walker (Cary Grant) vivant un mariage malheureux avec une femme (Kay Francis) l'ayant épousé pour son argent jusqu'à sa rencontre avec la jolie veuve Julie Eden (Carole Lombard). Le poids des conventions va rendre cette situation inextricable par le refus de l'épouse intéressée de divorcer, rendant le couple illégitime de plus en plus coupable. L'infidélité est tacitement acceptée tant qu'on ne brise pas la sacro-sainte entité du mariage et tout pousse, de la meilleure amie perfide et pressante (Helen Vinson) aux parents moralisateurs à ne rien changer de cet état de fait.

C'est contre cette fatalité que va se rebeller le personnage de Cary Grant, déterminé et vulnérable à la fois. Ici ce sont les femmes qui mènent le jeu. Carole Lombard offre une magnifique prestation dramatique avec cette jeune femme amoureuse et hésitante dont la sincérité va redonner symboliquement puis littéralement lors de la conclusion gout à la vie à un Cary Grant brisé par une morale inhumaine. Face à elle Kay Francis compose une épouse perfide à souhait et manipulatrice, le masque bienveillant et la beauté dissimulant un monstre d'égoïsme. Une des meilleures compositions de l'actrice qui parvient à être détestable et jouant à merveille de son aura de douceur et de glamour pour exprimer la superficialité du personnage.

Cary Grant et Carole Lombard tout en sobriété poignante composent un couple magnifique où les moments romantiques comme de désespoir s'ornent d'une grande intensité et montrent l'étendue du registre des deux acteurs plus souvent vus dans des rôles léger et comiques.

Face à leur amour bien des obstacles pas forcément aux mauvaises intentions mais guidés par une morale vaine (la sœur de Julie jouée par Katharine Alexander, les parents d'Alec ou on retrouve un Charles Coburn bourru) ou alors la simple perfidie (la meilleure amie et ses piques acérées), le poids des apparences devant être maintenu au détriment du bonheur de l'individu. Le très beau final l'éprouve jusqu'au bout mais notre couple aux abois restera plus uni que jamais tandis que les masques tombent enfin. Une belle découverte.

Sorti en dvd zone 2 français aux Editions Montparnasse dans la collection RKO

Extrait

mardi 30 juillet 2013

Vaudou - I Walked with a Zombie, Jacques Tourneur (1943)


Une île proche d'Haïti. Une infirmière, Betsy Connell, est engagée pour s'occuper de Jessica, la femme de Paul Holland. Elle pense que Jessica a été envoûtée par des rites vaudou, elle finira par apprendre qu'en fait c'est un zombie.

Vaudou approfondissait la formule magique de l'épouvante découverte par Jacques Tourneur et son producteur Val Newton avec La Féline (1942) dont le succès sauva la RKO de la faillite l'année précédente. Le mystère, la suggestion et les jeux d'ombres sont cette fois exploités dans le cadre plus exotique d'Haïti en convoquant le folklore vaudou et la magie noire.

Le scénario offre une astucieuse variante du Jane Eyre de Charlotte Brontë dont on reconnaîtra aisément les emprunts. La jeune infirmière Betsy Connell (Frances Dee) est engagée pour s'occuper de l'épouse d'un riche propriétaire d'une proche d'Haïti, l'épouse étant plongée dans une étrange catatonie causée par une fièvre mais que la rumeur locale attribue au vaudou et faisant d'elle une zombie.

Le film oscille constamment entre cette dualité rationnelle ou surnaturelle quant au mal de Jessica, les deux interprétations se disputant souvent dans les partis pris visuels et narratif de Tourneur. L'inquiétude naît d'un rien avec quelques moments aussi sobres que glaçants telle cette première apparition spectrale de la malade dans la tour, sa seule robe blanche illuminant les ténèbres lorsqu'elle avance vers l'infirmière terrorisée.

Le terme zombie est ici plus associé à son lien avec la magie que la facette plus biologique qu'y amènera bien plus tard George Romero et c'est l'occasion pour Tourneur de livrer d’hypnotiques scènes rituelles. Tout un bon pour susciter le malaise, le bande son faisant de l'environnement naturel un personnage à part entière, le physique hors norme des autochtones (ce très inquiétant colosse aux yeux exorbités) et l'aura de superstition qui semble peser sur tout le film.

L'intrigue et ses enjeux terre à terre (triangle amoureux, rivalité fraternelle) cherchera toujours à nous ramener à un certain réalisme tandis que tout dans l'imagerie appelle au surnaturel, le second prenant de plus en plus le pas jusqu'au flamboyant final macabre et romanesque à la fois. La terreur, la vraie, ne s'instaure jamais réellement pour une ambiguïté qui donne une inquiétude latente qui donne tout son pouvoir de fascination à ce Vaudou et à l'art du fantastique selon Tourneur.

Sorti en dvd zone 2 français aux Editions Montparnasse dans la collection RKO

mercredi 24 juillet 2013

Haute Société - Our Betters, George Cukor (1933)


Une américaine fortunée découvre que son mari, un aristocrate anglais, l'a épousée pour sa fortune et aime une autre femme.

Avec ce quatrième film au sein de la RKO de son ami David O Selznick, George Cukor s'affirmait définitivement comme le peintre virulent des milieux nantis et observateur sensible des personnages féminins, ce que confirme ses deux autres films réalisés cette année-là ( Les Invités de huit heures et Les Quatre filles du Docteur March). Il adapte ici une pièce de Somerset Maugham où seront dépeintes sous son regard acéré les affres de la haute société britannique.

Un des thèmes majeur sera également le complexe d'infériorité des américains face aux anglais, perdant en quelques sorte leurs âmes en se pliant à la froideur des mœurs de l'aristocratie britannique et leurs origines constituant un poids presque honteux ou pour les plus lucides un paradis perdu. C'est une cruelle désillusion qui va ainsi former à cette dure réalité notre héroïne Pearl Grayston (Constance Bennett), riche héritière américaine découvrant le jour de son mariage que son noble d'époux en aime une autre et ne l'a épousée que pour son argent.

On la retrouvera cinq ans plus tard désormais bien rodée à ce manège de cynisme et d'hypocrisie et Cukor illustre brillamment ce changement en une scène magistrale. Une réception mondaine à la cours voit Lady Pearl se démarquer de ses compagnes lors de sa présentation toute de noir vêtue tandis que le protocole exige le blanc, sans parler de son salut plus provocant que gracieux et de ses manières désinvolte. Elle est l'attraction principale de cet univers et souhaite désormais y former sa jeune sœur Bessie (Anita Louise) en la mariant à un aristocrate.

Le scénario ne propose pas de vraie intrigue directrice mais plutôt des tranches de vie où Cukor va sonder les codes de ce milieu avant de placer les personnages face à leurs contradictions. Le cercle de Lady Pearl est ainsi constitué d'américains exilés se donnant de grands airs, et ceux qui ne le font pas ont un portefeuille suffisamment garni pour se le permettre à l'image de Fenwick (Minor Watson) amant et bienfaiteur qui a conservé un accent et des manières rustres tout ce qu'il y a de yankee. Tout se joue en fonction du regard de l'autre, à l'image de l'aveu d'adultère où le malaise est dissimulé sous un éclat de rire commun tant qu'il n'est pas avéré et qui provoquera le scandale dès qu'il sera découvert aux yeux de tous.

Les rares élans de désir sincère (Pearl cédant aux avances du gigolo Pepi) s'avéreront aussi éphémère que factice, tous les écarts et trahisons son permis tant que leurs écho ne dépassent pas le cercle (Fenwick autorisant presque Pearl à le tromper tant qu'il n'est pas au courant) qui forme ainsi un vase clos voué à la superficialité.

Sous ce constat amer, Cukor parvient néanmoins à faire rire grâce à quelques scènes hilarantes comme les manœuvres de Pepi pour se faire payer une voiture par sa protectrice et l'émotion se manifeste enfin lors de la prise de conscience finale de Pearl face au dégout de sa sœur. Entre rédemption, recul et éternel recommencement (un cours de danse résolvant tous les conflits) Cukor conclut l'ensemble entre cynisme et espoir.

Sorti en dvd aux éditions Montparnasse dans la collection RKO

Extrait