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lundi 4 décembre 2017

La Poupée brisée - The Big Street, Irving Reis (1942)

C'est l'histoire d'amour à sens unique entre A. Pinks, serveur dans un music-hall et sa chanteuse vedette Gloria Lyons. Pinks aime secrètement Gloria, entretenue par le patron de la boîte, Case Ables, jusqu'au jour où elle se retrouve à l'hôpital à la suite d'une chute provoquée par Ables, jaloux d'un riche oisif, Decatur Reed pour qui elle s'apprête à le quitter. Pinks va mettre tout son temps et son argent, avec l'aide de ses amis, à essayer de soigner Gloria, qu'il vénère toujours comme "son altesse"

La Poupée brisée est un joli mélo qui participe à l'évolution de l'emploi habituel d'Henry Fonda de jeune homme naïf et bienveillant vers un registre plus adulte tout en étant un des premiers rôles majeur de Lucille Ball au cinéma (même si son succès se construira surtout dix ans plus tard à la télévision). Le film adapte la nouvelle Little Pinks de Damon Runyon et dépeint la romance à sens unique entre le modeste serveur Pinks (Henry Fonda) et la chanteuse de music-hall et "gold digger" Gloria Lyons (Lucille Ball). Les deux personnages sont des rêveurs dont l'idéal ne se rejoint pas, Pinks aimant à distance une Gloria rêvant de châteaux en Espagne par l'entremise du riche et séduisant Decature Reed (William T. Orr).

Le rapport entre eux est bienveillant et hautain pour Gloria envers Pinks et béat et énamouré pour ce dernier. Les contours glamour, l'attitude hautaine et les cadrages avantageux d'Irving Reis pour capturer Gloria sur scène contrebalancent ainsi la gestuelle empruntée et la nature timide filmé dans sa tenue de serveur et réduit à cette nature subalterne soumise par la mise en scène et la composition de plan (toujours en retrait, raide et en attente face à Gloria). Ce rapport se poursuivra de manière plus injustifiée et cruelle après la déchéance physique et sociale de Gloria qui maintient ses exigences de diva envers Pinks, seul bienfaiteur qui voit par son aide dévouée une manière de se rapprocher d'elle.

Le récit pourrait être sinistre mais le scénario contrebalance cela par la description de la faune pittoresque (et les truculentes interprétations de (Agnes Moorehead et Eugene Pallette notamment) de Broadway fait de parieurs et d'escrocs en tout genre. Cela crée des moments décalés déconcertants (le concours du plus gros mangeur en ouverture) mais qui trouvent sa justification sur la longueur, l'esprit d'entraide de cette cour des miracles contrebalançant tout le paraître et l'hypocrisie de la haute société que Gloria idolâtre tant. Les héros évitent par cette approche et les nuances des interprètes les clichés dans lesquels ils s’inscrivent.

Henry Fonda exprime plus un amour éperdu que la naïveté, et Lucille Ball (suggérée par son amie Carole Lombard initialement envisagée par le studio) malgré quelques situations et répliques cruelles s'agrippe de manière maladive et confinant à la folie à sa soif de paillettes. Quelques rebondissements tarabiscotés nous amènent ainsi au clou du film avec cette fastueuse soirée mondaine qu'organise Pinks pour Gloria qui en sera la reine. Un bref instant, leurs attentes se conjuguent pour une belle émotion dans une conclusion touchante.

Sorti en dvd zone 2 français aux Editions Montparnasse

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