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mercredi 20 décembre 2017

Horrors of Malformed Men - Edogawa Rampo Zenshū: Kyoufu Kikei Ningen, Teruo Ishii (1969)

près s'être évadé d'un hôpital psychiatrique, un homme prend l'identité d'un mort afin d'enquêter sur étrange cas de sosies. Il se retrouve sur une île où sévit un médecin qui transforme des hommes en monstres...

Teruo Ishii fut un des réalisateur qui sut le mieux prendre le pli du virage érotique des studios japonais, forcés de corser le contenu de leur film pour faire face à la concurrence de la télévision. Ainsi naît le pinku-eiga et Ishii s'épanouira dans l'un de ses sous-genres le ero guro (grotesque érotique) avec la série à succès des Joys of Torture traitant de la torture à l'ère Edo. Fort de ces réussites, Ishii peut ainsi proposer à la Toei le projet qu'il caresse depuis longtemps à savoir une adaptation d'Edogawa Ranpo, le maître du suspense de la littérature japonaise. Le scénario d'Ishii et Masahiro Kakefuda sera un curieux mélange des romans L'île panorama et Le Démon de l'île solitaire tout en piochant quelques idées tordues d'autres ouvrages comme La Chaise humaine (adapté plus tard par Noboru Tanaka dans l'excellent La Maison des perversités (1976)).

La première séquence avec le réveil du héros (Teruo Yoshida) dans un hôpital psychiatrique et son étrange obsession pour une île où il ne s'est jamais rendu donne le ton de l'approche d'Ishii. L'aspect purement policier et énigme insoluble à résoudre (à la Gaston Leroux, Conan Doyle ou Edgar Allan Poe modèles avoués d'Edogawa Ranpo) intéresse moins Ishii que la dimension purement grotesque et outrancière. Au départ cela ne semble que reposer sur une veine purement racoleuse où la caméra s'attarde longuement sur les corps nus des prisonnières de l'asile et saisir leur hystérie. De même la fusion des intrigues de L'île panorama et Le Démon de l'île solitaire convergent principalement sur l'idée commune (mais exploitée différemment) d'une île où un individu démiurge façonne un environnement déviant reflet de ses fantasmes.

Tous les autres éléments (l'usurpation d'identité du héros) développés dans le détail de la trame policière d'Edogawa Ranpo sont ici présentés mais expédiés en esquivant toute volonté de réalisme. Là encore au pense que Teruo Ishii tisse une intrigue lâche pour privilégier les excès graphiques mais les à priori sont peu à peu déjoués. Cette narration flottante où des évènements extraordinaire (une résurrection improbable) sont acceptés sans férir participe ainsi par ces excès à la dimension rêvée puis cauchemardesque du récit que le réalisateur ponctue de moments d'humour absurde. Les filtres de la photo de Shigeru Akatsuka amorcent la bascule quand les comportements se font plus frénétiques (les avances que subit le héros infiltré) et les apparitions inquiétantes d'êtres monstrueux. Le suspense traditionnel (toutes les précautions du héros pour ne pas être démasqué) oscille ainsi avec ces écarts graphiques et/ou narratifs irrationnels pour nous imprégner de cette atmosphère inquiétante.

Tout cela nous mène habilement vers un final extraordinaire sur l'île. Teruo Ishii exploite formellement la veine rococo onirique et inquiétante de L'île panorama (même si une vraie adaptation de celui-ci reste à faire pour illustrer toutes ses visions folles) - par son érotisme décadent, son usage du corps féminin comme véritablement instrument ornemental déviant notamment lors de la traversée en barque - et Le Démon de l'île solitaire pour tout l'aspect mutant, insensé et innommable des créations organiques du méchant. Les limites de certains effets spéciaux atténuent certaines vision du livre (les siamois qui suscitent moins de malaise) mais pour l'essentiel c'est un festival de déviances capturées crûment par le réalisateur où s'entremêle cannibalisme, inceste, chairs malmenées.

Quand vient l'heure des révélations tout le brio d'Ishii se révèle puisque tous les aspects les plus putassiers se justifient dans un script où tout s'emboite dans la description d'un esprit dément. Une dimension psychédélique et hypnotique se mêle à ses excès avec visions infrarouges, éclairages baroques et cadrages déroutant, le tout servant pourtant une profonde souffrance qui n'a pu être surmontée que par une folie à enlaidir le monde. Le tortueux conflit familial même si différent de celui des romans est totalement dans l'esprit d'Edogawa Ranpo et Teruo Ishii fait parfaitement fonctionner le drame en dépit de quelques raccourcis narratifs. Le film se conclut ainsi sur un ultime excès, l'idée formelle autre se conjuguant au romanesque le plus tordu dans une traduction du final fou de L'île panorama, un feu d'artifice comme l'on en a rarement vu. Des écarts qui seront de trop, même pour le cinéma d'exploitation japonais d'alors et qui rendront le film longtemps invisible avant la reconnaissance de Teruo Ishii dans les années 90/2000.

 Sorti en dvd zone 2 anglais chez Panik House et doté de sous-titres anglais

 

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