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vendredi 22 décembre 2017

La Valse des pantins - The King of Comedy, Martin Scorsese (1983)

Rupert Pupkin, un artiste comique sûr de ses capacités, tente désespérément de percer dans le milieu du show-business. Mais il se fait constamment rejeter par le milieu professionnel. Il éprouve une grande admiration pour la star des plateaux de télévision Jerry Langford, qu’il harcèle sans arrêt. Lorsque celui-ci le rembarre violemment à son tour, Rupert décide alors de le kidnapper.

Des personnages torturés pliant la réalité à leurs attentes et/ou névroses par des comportements hors-normes, voilà qui un sujet qui est de Taxi Driver (1977) au Affranchis (1990) en passant par Shutter Island (2010), au cœur  de l’œuvre de Martin Scorsese. King of Comedy sera une illustration singulière de cette thématique en voyant le réalisateur s’attaquer à sa première comédie.  Le scénario du journaliste de Newsweeks Paul Zimmerman attire tout d’abord l’attention de Robert de Niro qui propose à Scorsese de le réaliser vers 1974. Celui-ci n’y trouve pas de vrai intérêt ou implication personnels, ne se considérant pas en tant que réalisateur en quête ou directement sous les feux de la rampe. Ce n’est qu’après avoir traversé et évacué son propre enfer personnel avec le cathartique Raging Bull (1980) que Scorsese voit réellement la portée du sujet et décide de le réaliser. Le film prendra une dimension d’autant plus méta avec le casting de Jerry Lewis qui de par son parcours comique, cinématographique et télévisé symbolise la synthèse des problématiques du film.

Jerry Langford (Jerry Lewis) incarne ainsi l’idole, le mentor possible et surtout le modèle à dépasser pour l’aspirant comique Rupert Pupkin. Scorsese met en parallèle l’angoisse d’être au centre des attentions et celle de ne pas l’être. Cela nourrit une attitude taciturne et la solitude pour le présentateur vedette Langford, et une attitude insistante et névrotique avec Rupert Pupkin. Scorsese isole un Langford aspirant à la tranquillité et dont les environnements intimes (l’appartement, la maison de campagne) joue sur un vide s’opposant au trop plein d’attention de son métier d’amuseur, que ce soit les plateaux télé où les hordes de fans le harcelant en dehors. Pupkin cherche au contraire à remplir le vide de son existence morne, en fantasmant sa célébrité (le remplissage étant littéral avec les affiche et silhouette de ses idoles dans son appartement) dans des recréations de talkshow, en admirant de loin les stars (la collection d’autographe) et surtout en les poursuivant pour avoir sa chance. 

Une des audaces du film est de rendre la star franchement antipathique alors que le fan ambitieux se dote d’un surprenant capital sympathie. De Niro s’ouvre ainsi à un jeu et des personnages plus fantaisistes qui l’éloignent d’une certaine image intimidante lui collant à la peau par ses précédents rôles. L’excentricité de Pupkin transpire de sa tenue vestimentaire et son look, une logorrhée qui agacera plus d’un interlocuteur et cette insistance où le harcèlement n’est jamais loin. Scorsese trouve le juste équilibre entre la dimension attachante du personnage avec une facette inquiétante qui ne se devine que par la subtilité du jeu de de Niro (l’intonation changeante de Pupkin quand il demandera à l’assistante si le rejet de ses maquettes est du fait de Langford). 

Les « fans » sont plus pathétiques que menaçant dans cette adoration surmontant une inadaptation à la vie pour Masha (Sandra Bernhard) où un manque de reconnaissance pour Pupkin. Leurs attitudes en présence de Langford reflètent d’ailleurs ce qu’ils recherchent en lui. Marsha laissera son trop-plein d’émotion l’envahir face à Langford à sa merci, Sandra Bernhard (elle-même issue du monde du stand-up) laissant libre court à une géniale improvisation dans la gestuelle imprévisible et le phrasé saccadé. A l’inverse pour Pupkin, Langford n’est qu’un tremplin vers sa propre célébrité. Seul le feu des projecteurs l’intéresse, ce que l’on comprend par son rejet des conseils à se faire la main sur scène. Plus qu’une carrière comique, c’est d’être vu coûte que coûte par des millions de spectateur qui l’anime.

Scorsese se déleste de la tension et de l’urgence qui ont fait sa gloire jusque-là, rendant sa mise en scène moins visible pour la plier aux ressorts de la comédie. La subtilité est donc de mise pour traduire le fantasme puis sa concrétisation chez Pupkin et qui n’existe que par le prisme de l’écran de télévision, celui où tout le monde peut l’admirer. Ainsi les rêveries « en coulisse » où il s’imagine se faire proposer l’émission par Langford ne laisse deviner leur facticité que par un jeu sur la durée des plans et le montage. Par contre dès qu’il se voit en star du petit écran, Scorsese change la texture de l’image pour lui faire adopter celle d’un écran de télévision. 

Le procédé sert à illustrer tout d’abord sa revanche imaginaire (le mariage célébré par son ancien directeur de lycée), celle effective où il est seul sur la scène télévisée et enfin le triomphe final où il semble être parvenu à ses fins. Scorsese coupe d’ailleurs la séquence (enregistrée quelques heures plus tôt) de son numéro, sans intérêt s’il n’est pas vu par tous. C’est donc quand il se rendra dans un bar pour se regarder avec le public à la télévision que l’image peut reprendre les contours de l’écran cathodique. Mal reçu et incompris à l’époque, La Valse des pantins s’avère désormais visionnaire des excès des « 15 minutes de célébrités » chères à Andy Warhol.

Sorti en bluray et dvd zone 2 français chez Carlotta 


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