Bouffeur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que ça intéresse tout mes visionnages de vieilleries, coup de coeur et nanar potentiels. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau visionnage et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

Vous pouvez me contacter à justinkwedi@gmail.com et suivre le blog sur twitter à http://twitter.com/#!/JustinKwedi

Pages

dimanche 22 août 2010

Ambre - Forever Amber, Otto Preminger (1947)


Au XVIIe siècle, Ambre St Clare, une belle jeune femme très ambitieuse mais de condition modeste, est prête à tout pour gravir rapidement les échelons de l’ascension sociale. Elle sera déchirée entre l’amour qu’elle porte à Bruce Carlton et ses ambitions.

En dépit d'une édulcoration prévisible, une bien belle adaptation du classique de Kathleen Winsor. Ambre, premier roman de son auteur fit scandale à sa parution en 1944. Dépeignant l'ascension d'une jeune paysanne durant la période de restauration de Charles II, le récit détonait par son héroïne immorale et sans scrupule séduisant brigand, riches propriétaires, noble vieillissant puis le roi lui même devenant ainsi une des personnes les plus puissantes du royaume. Les passages érotiques très explicites firent la réputation sulfureuse du livre tandis que l'aspect romanesque (tout ces actes sont en faits dans le but d'épater le seul homme dont elle fut jamais amoureuse son premier amour Lord Carlton) et picaresque dans les multiples embûches sur le chemin de la réussite de Ambre en rendait la lecture palpitante. Alexandre Dumas n'était pas loin non plus dans la description plus vraie que nature de certaines grandes figures historique rencontrés par Ambre comme Charles II ou Barbara Palmer.

En plein code Hays, l'adaptation envisagée par Darryl Zanuck ne pouvait qu'être aseptisée et d'ailleurs le tournage ne sera pas sans peine. Pensé comme le nouvel Autant en emporte le vent (film en costume, héroïne romanesque portant un prénom de couleur) le film est commencé par le spécialiste du mélo John Stahl avec l'inconnue Peggy Cummings dans le rôle de Ambre. Zanuck peu satisfait des premières images, du dépassement de budget et de la prestation de Cummins renvoie tout le monde pour imposer Otto Preminger à la réalisation et Linda Darnell dans le rôle de Ambre (alors que Preminger souhaitait Lana Turner qui aurait effectivement sans doute été meilleure).


Une fois la cause entendue qu'on aura pas une trame aussi explicite que celle de Kathleen Winsor (les situations érotiques, les aspect plus sordides comme les méthodes d'avortements des femmes de l'époque) le film est vraiment fidèle au roman et très agréable à suivre. Rarement film en costume aura été aussi flamboyant visuellement, les décors sont aussi monumentaux que luxueux, lles costumes magnifiques et le technicolor étincèle avec la photo absolument prodigieuse de Leon Shamroy.

Le récit tend bien plus vers le pur romanesque que le livre et les différences subtiles concernent essentiellement la nature du personnage de Ambre. Linda Darnell (teinte en rousse) aussi belle en haillons de paysanne qu'en atours de comtesse exprime parfaitement la nature passionnée de Ambre, prête à tout sacrifier à chaque réapparition de Lord Carlton et dont la volonté de s'élever est autant dû à une ambition démesurée qu'à un besoin d'être estimée comme son égal afin d'être sa compagne.

Ambre perd donc son côté calculateur et antipathique du livre afin de ne pas s'aliéner l'adhésion du public et il n'est pas étonnant que le seul moment la montrant réellement néfaste (lorsqu'elle séduit un riche vieil homme, le pousse à l'agonie par ses infidélités avec Carlton touche sa fortune et ruine sa belle famille) soit le seul à disparaître sur grand écran. Malgré son charme Linda Darnell peine à retranscrire l'aspect charnel et sensuel de Ambre, à la lecture du livre j'imaginais plutôt Jennifer Jones puisque aussi à la l'aise en sauvageonne provocante (La Renarde, Duel au Soleil) qu'en dame du monde distinguée (Madame Bovary) alors que la prestation de Darnell semble plus timorée sur ce point.

Hormis ses réserves Preminger délivre une oeuvre puissantes aux tableaux saisissant : les coupes gorges que constituent les bas fond londonien de l'époque et ses prisons sordides, la cour aux moeurs dissolues de Charles II (Excellent George Sanders même si un peu en retrait. Le couple Cornell Wilde/ Linda Darnell a une vraie dimension tragique et passionnée à la Rhett Butler/Scarlett O'Hara où un obstacle viendra toujours entraver leur bonheur. L'alchimie entre les deux est palpable et culmine lors de l'apocalyptique séquence de l'épidémie de peste (pour le coup pas du tout édulcorée) où Ambre maintien en vie Carlton contaminé par la seule force de son amour.

Donc hormis les chipotages d'un fan du roman c'est très prenant et réussi, il n'y a que la conclusion (alors que la fin ouverte du roman était assez géniale) qui déçoive réellement, trop expédiée alors qu'on était en droit d'attendre un final en apothéose flamboyant et exacerbé de sentiments.

Sorti en dvd zone 2 français chez Sidonis. Quant aux curieux qui veulent découvrir le roman il est édité aux édition Points en 2 tomes ou alors en un seul volume chez Phebus.


Extrait

11 commentaires:

  1. Bien bien!! tout cela me donne furieusement envie de relire ce livre!!!

    RépondreSupprimer
  2. Un sacré plaisir de lecture "Ambre" oui grand souvenir, l'autre grand roman de Kathleen Winsor "Dor et d'argent" est excellent aussi et porte sur les premiers pionniers de l'Ouest. C'est un peu plus sombre et adulte (écrit 20 ans après "Ambre" écrit par Winsor à 20 ans et quelques !) mais on y retrouve la flamboyance de "Ambre" si tu ne l'a pas lu je te le conseille vivement !

    RépondreSupprimer
  3. merci!je me prépare un bel hiver littéraire, loin de la faune germanopratine

    RépondreSupprimer
  4. alors... Moi aussi, j'ai de nombreuses fois relu ce livre, visionné le film. Je possède mêle le livre suivant, qui lui est supérieur : Star Monney, hélas non réédité mais qui existe peut-être chez les bouquinistes. Kathleen Windsor s'y montre en récent auteur de best seller et femme fatale, obsédée par un Johnny Keegan, aviateur et amant imprévisible et fuyant. On est un cran au-dessus, les dialogues gagnent en profondeur tout en conservant la verve de ceux de Ambre. Très au-dessus D'or et d'argent. A savoir que Windsor, très jolie femme, épousa le clarinétiste Artie Shaw lorsque Ava Garner en divorça pour épouser Sinatra. La garce Shireen Delaney (l'auteur ?)est un phénomène, je vous la recommande.

    Pour ce qui est du film, bien dommage, en vérité, que les producteurs n'aient pas encouragé les scénaristes à faire aussi long que l'adaptation d'Autant en emporte le vent, le matériel était suffisamment solide. Quant à Linda Darnell, personne ne hausse un seul sourcil comme elle.

    RépondreSupprimer
  5. C'est vraiment dommage que hormis "Ambre" et "D'or et d'argent" Kathleen Windsor n'ai pa d'autre livre traduit en français j'avais essayé d'en trouver d'autres en vain ce "Star Monney" me tente beaucoup !
    Sinon oui le film aurait mérité une vraie grande et ample adaptation mais en l'état pour l'époque hormis les petits défauts cités (je n'en démord pas par contre Jennifer Jones teinte en rousse aurait été meilleure !) c'est tout de même très réussi. C'est un des rares livres où je me dit qu'une adaptation aujourd'hui lui rendrait peut être mieux justice pour la fidélité mais niveau émerveillement visuel pas sûr que ça égale le Preminger...

    RépondreSupprimer
  6. Va pour Jennifer Jones, elle n'a effectivement pas ce côté beauté froide qu'a Darnell. Pour moi, Jones, c'est Ruby Gentry.

    RépondreSupprimer
  7. Ambre sans Linda Darnell ne serait pas aussi sublime... J'ai vu ce film une centaine de fois et elle me bouleverse à chaque fois, car outre la dimension sulfureuse et machiavélique du personnage, elle en restitue aussi les fragilités.
    Michel

    RépondreSupprimer
  8. Je suis d'accord pour la fragilité qu'elle dégage vraiment c'est vrai, c'est le plus le côté sulfureux plus timoré et retenu qui m'avait déçu dans sa prestation mais c'est sans doute plus dû à la censure qu'à elle j'ai été un peu dur c'est vrai.J'aime beaucoup Linda Darnell également notamment dans le "Chaînes Conjugales" de Mankiewicz où elle a un rôle magnifique. :-)

    RépondreSupprimer
  9. j'aimerais bien revoir ce film, je l'ai vu il y a très longtemps, merci de m'indiquer si je peux obtenir un enregistrement même en V.O. sous titrée

    RépondreSupprimer
  10. En fait le film est toujours inédit en dvd hormis une édition espagnole un peu chère avec uniquement la vo et le doublage espagnole sans sous titres. Si vous vous débrouillez un peu en anglais (et honnêtement même sans sous titres ça se suit sans trop de difficultés) ça devrait aller le dvd est trouvable là
    http://www.amazon.fr/Forever-Origine-Espagnole-Langue-Francaise/dp/B0048PVDGI/ref=sr_1_1?ie=UTF8&qid=1293754938&sr=1-1

    RépondreSupprimer
  11. Bonne nouvelle pour ceux qui désespéraient de (re)voir enfin le film, ça sort en dvd le 4 septembre prochain chez Sidonis certainement dans une très belle copie comme d'habitude avec eux. ca vous laisse même le temps si ce n'est pas encore fait de lire le livre épatant de Kathleen Windsor avant !

    RépondreSupprimer