Bouffeur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que ça intéresse tout mes visionnages de vieilleries, coup de coeur et nanar potentiels. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau visionnage et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

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jeudi 12 août 2010

Vacances - Holiday, George Cukor (1938)


Sur les pistes de ski de Lake Placid, Julia Seton rencontre l’élégant Johnny Case, un jeune homme insouciant et spirituel. C’est le coup de foudre et Julia veut présenter Johnny à son père après les vacances. De condition modeste, Johnny était loin de s’imaginer que Julia est la fille du richissime banquier Edward Seton et la rencontre avec le père se passe plutôt mal. Par contre, Johnny trouve en la personne du frère et de la sœur de Julia, Ned et Linda, de précieux alliés. Linda la « rebelle » de la maison, apprécie en particulier le côté rêveur et désintéressé du jeune homme.

Un des grands atouts de la screwball comedy fut de révéler sous la trame romantique attendue des vérités sociales sur son époque. Ce aspect ne s'est jamais aussi bien ressenti qu'avec ce Holiday qui en dépit du duo Cary Grant/Katharine Hepburn (réuni pour la seconde fois après L'Impossible Monsieur Bébé) est sur le fond plus proche du Fountainehead de King Vidor que de la comédie endiablée à la Hawks. Le récit dépeint les mésaventures de Cary Grant jeune homme insouciant qui s'apprête à épouser Julia (Doris Nolan) pour laquelle il a eu un coup de foudre durant les vacances. Tout se complique lors du retour au monde réel lorsqu'il s'aperçoit que sa fiancée est immensément riche et sous l'influence de son père. Alors qu'il n'aspire qu'à gagner suffisamment pour mener la vie oisive dont il rêve et réfléchir à ses vrais buts dans la vie, sa future épouse et son beau-père n'ont de cesse qu'à lui faire une place dorée dans le business familial, en un mot le faire rentrer dans le rang. C'est chez Linda (Katharine Hepburn) la soeur de Julia qu'il va trouver cette fantaisie et esprit libertaire proche du sien.

Cukor ne se contente pas d'opposer des univers socialement différents, c'est réellement deux philosophie de vie qui se heurtent ici. D'un côté une verve créatrice vouée au plaisir de l'instant et à l'esprit aventureux, de l'autre le carcan du paraître et de la tradition d'une grande et ancienne famille américaine. Cukor n'a de cesse de comparer la lourdeur poussiéreuse de l'un et la spontanéité galvanisante de l'autre par divers procédé narratifs.

Cette dualité se ressent dès l'ouverture : le farfelu couple des Potter auquel Grant vient annoncer son mariage aux antipodes de la froideur de musée de l'immense demeure des Seton qu'il découvre lors de la séquence suivantes. C'est ensuite l'espièglerie et l'esprit joueur de Linda et Ned qui provoquent une dissonance avec la froideur pragmatique de Julia et son père. Linda et Ned paraissent brisés mais bien vivants dans leur prison dorée (le scénario sous entendant qu'il suivent les traces de leurs mère décédée), alors que Julia le patriarche Seton évoquent des momies d'un autre âge suivant un rituel bien rodé.

Le sommet du film est atteint lors de la séquence de la fête alternative durant la grande soirée d'annonce de fiançailles. La séparation est spatiale et physique, en bas la soirée guindée et les "nantis" tout en hypocrisie et conversation bassement matérielles et en haut dans la salle de jeu les grands enfants : Linda, son frère Ned et les Potter (pour l'anecdote le génial Edward Everett Scott reprend son rôle de la première adaptation de la pièce en 1930) bientôt rejoint par Cary Grant qui se désihinibe bien vite des mondanités.


Une scène extraordinaire où la joie de vivre la plus décomplexée (l'incroyable roulade cartoonesque de Hepburn et Grant) se dispute au drame le plus noir en un instant lorsque le rejet du mouton noir Katharine Hepburn se confirme et que Grant comprend à quelle existence étriquée et conformiste son mariage le destine. Katharine Hepburn qui a toujours représentée une certaine excentricité brille de mille feux en fille rebelle et forme un merveilleux couple avec Cary Grant qui alterne élasticité comique et intériorité dramatique avec une aisance sidérante.

La dernière partie qui aurait pu tirer en longueur après un tel grand moment regorge de dialogues brillants (tel cete scène où Grant attéré voit le vieux Seton organiser le parcours de sa lune de miel et symboliquement sa vie) où les masques tombent. Quand Julia n'est prête qu'à céder à un homme se confortant au style de vie qu'elle (et son père) lui dicte, Linda est prête à le suivre au bout du monde par amour...
Le message du film incite à poursuivre ses rêves, quitte à s'en inventer d'autres en cas d'échecs plutôt que de s'enfermer dans une existence morne où la sécurité financière éclipse tout. Avec un des ses plus grands films, Cukor réalisait presque un film hippie avant l'heure !



Disponible en dvd zone 2 français

Extrait de la fameuse séquence de la fête alternative

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