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vendredi 6 août 2010

Les Portes de la Nuit - Marcel Carné (1946)


À la fin de la Seconde Guerre mondiale et le temps d’une nuit parisienne, le Destin orchestre l’aventure amoureuse et tragique entre le jeune résistant Diego et la belle Malou (mal) mariée à un collaborateur.
Dernière collaboration des maîtres du "réalisme poétique" Carné/Prévert dont l'echec relatif scellera la séparation artistique. La grande force de leurs succès de l'époque, c'était cette capacité à croiser un récit social et engagé (même s'il s'en défendaient parfois pour éviter les problèmes) avec une dimension romantique, fantastique et poétique qui s'équilibrait entre le scénario et les dialogues de Prévert et la mise en scène inspiré de Marcel Carné (et des génie de l'équipe artistique comme le décorateur Alexandre Trauner). La machine se grippe un peu ici avec un Carné réticent devant le sujet trop polémique qu'il souhaite plus fortement orienter du côté de la poésie et du surnaturel pour en atténuer la portée.

On suit donc au lendemain de la Libération la destinée de plusieurs personnages vivotant dans un Paris encore sous le coup de privations. Chacun représente les facettes d'une certaine manière d'agir durant la guerre, avec les anciens résistants Yves Montand et Raymond Bussières, ceux qui ont collaboré avec l'infâme duo père et fils Serge Reggiani/Saturnin Fabre ou encore les exilés qui reviennent au pays. Un mystérieux clochard joué par Jean Vilar navigue entre ses différents personnages, leur annonçant de sombre présage.

Le film fait preuve d'une sacrée audace alors que le ton se fait à la réconciliation et à l'oubli en dénonçant les collaborateurs, ceux qui ont traficoté avec les allemands que ce soit commercialement comme le père Sénéchal ou pire en dénonçant comme Serge Reggiani. Le clochard (qui est en fait le destin) tire donc les ficelles pour le meilleur et pour le pire pour démasquer les vieux ennemis ou provoquer un lien amoureux inespéré dans cette France brisée. Le problème est que contrairement au Visiteurs du Soir (hormis l'époque médiévale qui diffère c'est celui qui m'est le plus venu à l'esprit) ou Les Enfants du paradis les différents thèmes et tonalités voulues manquent de liant entre elles pour diverses raisons.

Le casting originellement prévu (Jean Gabin/Marlène Dietrich) auraient élevé l'ensemble mais là Yves Montand est encore trop tendre pour le vécu de son personnage et fait un fade héros romantique, tandis que sa dulcinée Nathalie Nattier est elle carrément transparente. Le surnaturel et la morale se font bien trop sentencieuse avec les envolées mystiques et philosophiques de Jean Vilar et crée un déséquilibre.

Vu le talent des personnes engagée on est cependant loin du grand ratage tout de même. Marcel Carné offre une séquence somptueuse lors de la rencontre entre Diego et Malou, Montand découvrant sa belle comme dans un rêve en la voyant d'abord sur le reflet d'un miroir avec une belle scène de danse dans un chantier. La reconstitution du métro Barbès, l'ambiance nocturne puissante (belle photo de Philippe Agostini) et un final magnifique où Montand (enfin convaincant) s'éloigne totalement brisé tel un spectre démontre les réelle qualité du film qui a juste le défaut d'être en dessous des exceptionnelle réussite qui ont précédées.

Le film se fait massacrer par la critique à cause de ses défauts évidents mais aussi parce qu'il est encore un peu trop tôt pour évoquer certains sujet qui touchent une partie de la presse qui s'est reconnue...

Sorti dans une belle édition chez Pathé

Extrait



2 commentaires:

  1. Il est clair que ce film est bien meilleur que la réputation qu'on lui avait faite à l'époque. C'est Montand qui est l'élément faible. Nattier, qui vient de décéder en juin 2010, n'est pas parfaite non plus. On peut rêver du couple Gabin-Dietrich !

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  2. Oui d'après les bonus, Carné et Prevert étaient attendu au tournant par la critique après les réussites précédente et du coup au premier filmun peu plus imparfait on ne les a pas raté. Apparemment ils n'étaient pas très proche en dehors du cadre professionnel ce qui explique la rupture dès le premier échec...

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