Bouffeur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que ça intéresse tout mes visionnages de vieilleries, coup de coeur et nanar potentiels. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau visionnage et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

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mardi 3 août 2010

Les Innocents - The Innocents, Jack Clayton (1961)

L'histoire se déroule dans l'Angleterre de la fin du XIXe siècle. Miss Giddens une gouvernante se voit chargée par un homme de l'éducation de ses deux jeunes neveux, Miles et Flora, qui vivent seuls avec leur nourrice Miss Grose. Dans le manoir inquiétant qui sert de lieu à l'intrigue, elle perçoit d'étranges comportements de la part de ses protégés. Elle apprend que la précédente préceptrice Miss Jessel, a eu une relation avec le valet Quint, et que tous deux sont morts dans d'étranges circonstances...

Adapté du classique de Henry James Le Tour d'écrou, un des fleurons du films gothique, sans doute plus même que La Maison du diable qui ne tient qu'à la mise en scène fabuleuse de Robert Wise mais qui hormis sa terrifiante scène d'introduction est loin de distiller le même malaise que le film de Jack Clayton.

Dès les premières secondes, le ton est donné avec la petite ritournelle musicale qui reviendra tout au long du film qui se fait entendre sur fond noir avant même l'apparition du logo Fox.

Comme tout les films du genre, le film joue de l'ambiguïté (script parfait de Truman Capote qui a saisit toute les nuances du roman de James) avec le doute maintenu tout du long entre la réelle présence de fantôme ou la folie gagnant peu à peu le personnage de Deborah Kerr. La prestation époustouflante de l'actrice anglaise est pour beaucoup dans ce malaise, jeune femme enjouée et souriante progressivement rongée par l'atmosphère oppressante de la demeure et qui va sombrer dans la terreur et la psychose. L'écriture même du personnage incite au questionnement, notamment tout ce qui tourne autour de la peur et de la frustration sexuelle, entre autres au niveau des motivations d'une jolie jeune femme comme elle à s'enfermer dans une telle fonction au milieu de nulle part, son basculement amené par le fantôme masculin et viril de Quint ou encore les rapports étrange relevant presque de la séduction incestueuse avec le jeune Miles.

Le décor du château de Bly est typique de la demeure gothique Victorienne avec ses pièces innombrables, son escalier immense et imposant et ses corridors inquiétants la nuit venue. Pourtant le film même s'il joue évidemment là dessus parvient à amener une approche qui lui est propre pour provoquer la peur. La photo noir et blanc de Freddie Francis est de toute beauté, accentuant les jeux d'ombres lors d'apparition de silhouette sinistre dans la pénombre, mais aussi contre toute attente pour délivrer une atmosphère mystérieuse et onirique à faire dresser les cheveux sur la tête lors de séquence en plein jour. Ainsi les apparitions toujours surprenantes et mystérieuse de Miss Jessel près du lac glace presque plus d'effroi que les passages nocturnes.

Clayton joue également très habilement de la profondeur de champ et de la disposition des personnages à l'écran. Pour la facette fantastique, il arrive plusieurs fois qu'un visage ou une silhouette ectoplasmique se glisse à l'arrière plan derrière Deborah Kerr maintenant constamment la tension.

D'un point de vue plus psychologique, les moments où les personnages sont clairement séparé dans le plan sont multiples, soit pour accentuer la malfaisance des enfants face à une Deborah Kerr perplexe en arrière plan, soit pour montrer le fossé qui la sépare des autres adultes lorsqu'elle est gagné peu à peu par la folie et où elle se situe en avant plan.

Constamment narré selon le point de vue de Deborah Kerr, le film bascule plusieurs fois par ses cadrages à de la vue subjective supposée surnaturelle (mais jamais trop appuyé histoire de semer le doute) renforçant la paranoïa. Clayton joue également très bien des éléments de son décors comme ses statues disposée tout au long de la propriété qui semble toujours nous épier. Ajouté à tout ça, les quelques clichés du genre avec voile de rideau flottant, bande son chargée et porte qui claque fonctionnent du tonnerre, sans parler de toute la dimension de rêve renforcée par de long et fascinant fondu enchaînés. L'édulcoration nécéssaire de la dimension sexuelle est merveilleusement contournée par Clayton par quelques quelque petites touches plus tendancieuses. Lors de la scène où Deborah Kerr traverse la maison en chemise de nuit, on entend le bruit des étreintes auxquels se livraient Quint et Miss Jessel avec des "Love me !" en écho et il y a la pointe de la corde de rideau qui semble suivre les mouvements de va et vient en se cognant contre la vitre au même rythme que les cris. C'est finalement bien plus destabilisant que si cela avait été évoqué de manière explicite, brillant.

Les deux enfants sont également épatant, trop mignon et angélique pour être vrai et dévoile peu à peu une nature trouble qui renforce l'hypothèse de possession. Le jeune Martin Sephens jouant Miles s'avère particulièrement inquiétant, entre des remarques trop adulte et la nature très séduisante avec laquelle il charme Deborah Kerr (dont un très appuyé baiser sur la bouche) et la mise en scène de Clayton qui le cadre et l'éclaire sous des angles où on perd toutes notion de gentil bambins.

Le tout culmine lors du face à face final entre les deux, Deborah Kerr tentant de l'exorciser coûte que coûte. Là encore la conclusion ouverte laisse le mystère entier sur la folie de l'héroïne (fille de pasteur pour ajouter un soupçon de folie dévote) où de la réelle nature d'outre tombe de la menace. Le film connu 10 ans plus tard un préquel par Michael Winner, narrant la liaison tumultueuse entre Miss Jessel et Quint (campé par Marlon Brando) et l'emprise progressive qu'il aura sur Miles. Pas vu mais le film bénéicie d'une bonne réputation, à voir certainement pour tout amateur du chef d'oeuvre de Jack Clayton.


Disponible en dvd zone 2 français

Bande annonce assez terrifiante !

5 commentaires:

  1. Décidément, j'en apprends tous les jours en lisant ce blog !

    Je connaissais "Le Tour d'écrou" d'Henry James, réécriture intelligente et tordue de "Jane Eyre" (j'espère que vous avez bien avancé dans votre lecture, au fait ! ;) ; j'ai même vu son adaptation en opéra par Benjamin Britten (assez hallucinante, je dois dire), mais je ne connaissais pas l'existence de son adaptation au cinéma, avec Truman Capote au scénario, quand même !

    Bon, par contre, vu ce que vous dites de la bande-annonce, eh bien je n'ai pas osé la regarder.^^

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  2. Ah effectivement je n'avais pa fais le rapprochement avec le côté relecture de Jane Eyre (Quin faisant office de Rochester fantômatique et malfaisant, et Miss jessel à la place de l'ex femme folle) ! Sinon je l'ai terminé beaucoup aimé (même si petite préférence pour "Les Hauts de Hurlevent" plus sombre et immoral) un beau mélange de parcours initiatique, récit gothique et portée sociale. J'ai d'ailleurs l'adaptation de Stevenson sous la main visionnage ce soir et avis demain sûrement ! Si vous êtes craintive à la perspective de la bande annonce le film devrait vous faire un sacré effet !^^

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  3. bonsoir,
    je suis à la recherche de 2 infos relatives à ce film :
    - le titre de la "lulaby" que chante Flora
    - le titre et l'auteur du poème que récite Miles
    quelqu'un aurait-il la réponse à ces questions ?
    par avance, merci

    nicoeikon@gmail.com

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  4. Je n'ai personnellement aucune idée sur les deux points j'espère que quelqu'un pourra vous renseigner ! ;-)

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  5. La ritournelle : ”O Willow Waly”, musique d'Auric, paroles de Paul Dehn chantée par Isla Cameron.

    Quant au poème, il semblerait qu'il ait été écrit pour le film. Pas de traces en tout cas dans "Le tour d'écrou" de James : http://www.ibiblio.org/ebooks/James/Turn_Screw.pdf
    peut être ailleurs

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