Bouffeur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que ça intéresse tout mes visionnages de vieilleries, coup de coeur et nanar potentiels. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau visionnage et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

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lundi 30 août 2010

La Fin d'une Liaison - The End of The Affair, Neil Jordan (1999)


Londres 1939. Sarah Miles, jeune femme fougueuse et passionnée, est prisonnière d'un mariage stérile avec Henry, un epoux riche mais qu'elle rejette. Au cours d'une fête, elle fait la connaissance de Maurice Bendrix, un romancier. C'est le coup de foudre. Apres quelques années de cet amour illicite, un obus frappe la maison de Bendrix tandis que les deux amants sont ensemble. Pendant quelques minutes, Sarah croit Bendrix mort. Lorsqu'il reapparait quelques instants plus tard, Sarah, bouleversée, met brutalement fin a leur liaison sans un mot d'explication.

Un mélo flamboyant et assez inclassable, donnant dans un classicisme assumé mais qui par sa construction, les thèmes et les questions qu'il pose trouve sa propre voie et tutoie les sommets du genre comme le Brève Rencontre de David Lean auquel on pense souvent.

Adapté d'un livre semi autobiographique de Graham Green (déjà mis en image par Edward Dmytryk en 1955), le film surprend par le style de sa narration. La première partie se déroule sous le point de vue de l'amant éconduit interprété par Ralph Fiennes. Dans un brillant montage alterné on découvre tour à tour la rencontre et la passion dévorante passée des deux amants puis leur pathétique retrouvailles quelques années après la rupture le tout accompagné d'une voix off pleine d'aigreur et de haine de Ralph Fiennes. Le passé et le présent se répondent à merveille pour traduire le fossé émotionnel entre les deux époques et créant la confusion chez le spectateur : les mêmes escaliers menant à la chambre qu'on remonte ivre de désir avec l'amante ou de manière pathétique avec le mari dans l'espoir de la revoir, une sortie dans le même restaurant en amoureux transis puis un tête à tête chargé de rancoeur et de non dit.

Une surprenante révélation à mi film renverse la situation en adoptant le point de vue du personnage de Julianne Moore qui si distant jusque là en devient bouleversant. Une relecture des scènes de la première partie oriente le film vers le drame poignant teinté de fantastique avec un questionnement sur la foi face au sacrifice que doit faire le personnage de Julianne Moore. Jordan parvient à traduire ce tourment de sentiments par sa mise en scène inspirée mélange d'emphase et de sobriété : des scènes de sexe d'une grande intensité (et qui font la différence avec les classiques qui ne pouvaient se le permettre) où les amants teste leurs amour en poursuivant l'acte alors que les bombes pleuvent sur la ville, une mort déchirante tout en pudeur et en retenue.

La photo de Roger Pratt est un véritable rêve éveillé avec ses couleurs saturés rendant Londres tour à tour fantomatique et sombre dans les moments dramatiques (subperbes scènes de pluie bleutées) ou aux textures éclatantes lorqu'on nage dans le bonheur. L'atmosphère rappelle souvent l'autre somptueux mélo à venir, Loin du Paradis de Todd Haynes toujours avec Julianne Moore. La musique inspirée de Michael Nyman (qui retrouve les sommets de La Leçon de Piano) accompagne parfaitement les images à travers plusieurs thèmes entêtant de tristesse et de mélancolie.

L'interprétation magnifique dépasse le clichés du triangle femme, amant et mari. Loin des clichés du héros romanesque, Ralph Fiennes interprète un amant jaloux rongé par le doute en colère contre un Dieu auquel il ne croit pas et qui au final ne se remet pas en question. Stephen Rea (habitué de Jordan) est fabuleux en mari résigné, exprimant les contours d'un homme ennoyeux et complexe à la fois. Quant à Julianne Moore c'est sans doute là son plus beau rôle (avec Loin Du paradis), Jordan lui conférant un aura de quasi sainte et mettant en valeur sa beauté comme personne auparavant. Malgré 4 nominations aux Oscars (meilleur film, musique, actrice et photo) le film passa une peu inaperçu (et récolta quelques critiques assassines en France pour son classicisme) ce qui est vraiment dommage un des sommets des 90's.

Sorti en dvd zone 2 français un peu chiche en bonus mais à l'image somptueuse.

6 commentaires:

  1. Aaaaah, "La fin d'une liaison". Un des plus beaux drames romantiques et romanesques de ces dernières années. La méconnaissance de cette splendeur, tant d'années après sa sortie, me rend toujours perplexe...

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  2. C'est clair grosse injustice que la méconnaissance de ce film...

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  3. Je n'ai vu que le premier "The End of an Affair" ("Vivre un grand amour" en français) avec Deborah Kerr... et bien, ça n'était vraiment pas terrible: fade, lourd, bavard, vieilli et sans vraiment de surprise.

    Du coup, le remake, ben...

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  4. Attention Anne, ce n'est pas vraiment un remake lorsque c'est une nouvelle adaptation d'un roman ;)

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  5. La première adaptation a effectivement assez mauvaise réputation (je la verrais bien par curiosité malgré tout) mais tente vraiment la version Jordan le traitement est assez inédit pour un mélodrame et vraiment touchant et réussi.

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  6. Film sublime à tous points de vue: système narratif intelligent, interprétation passionnée, beauté de la reconstitution "d'époque", profondeur du scénario (qui se fonde bien sûr sur un grand livre de Graham Greene), musique envoûtante... Si les critiques françaises condamnent ça bêtement au nom du "classicisme", c'est du gâchis. de toute façon, un classique, c'est ce qui reste...

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