Dévoreur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que cela intéresse tous mes visionnages de classiques, coups de coeur et curiosités. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau film et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère! Vous pouvez me contacter à justinkwedi@gmail.com, sur twitter et instagram
Atteint d'une maladie
incurable, John Bernard Books (John Wayne), le dernier des professionnels
légendaires de la gâchette, rentre calmement à Carson City pour recevoir des
soins de son vieil ami le Dr Hostetler (James Stewart). Sachant que ses jours
sont comptés, il trouve confort et tranquillité dans une pension tenue par une
veuve (Lauren Bacall) et son fils (Ron Howard). Mais « Books » n'est pas
destiné à mourir en paix...
Le Dernier des géants
est le dernier rôle de John Wayne au cinéma et constitue un adieu émouvant de
la star à l’écran. En 1964 John Wayne est diagnostiqué d’un cancer du poumon
(souvent attribué au périlleux tournage de Le
Conquérant de Dick Powell (1956) près d’un ancien site d’essai nucléaire)
qui le verra apparaître de plus en plus vieillissant et diminué dans ses rôles
des années suivantes. Le Dernier des
géants n’était pas un scénario spécifiquement écrit pour lui mais va
totalement trouver un écho au destin de John Wayne. John Bernard Books est un
pistolero légendaire, le dernier de son espèce et un vestige du passé en ce
début de 20e siècle. Un cancer incurable vient ramener ce man out of time à sa vulnérabilité et l’expose
aux désirs de gloire des jeunes loups et des ennemis revanchards d’antan. John
Wayne désormais controversé pour ses opinions politiques douteuses (la
réalisation de Les Bérets verts (1968)
où il justifiait l’intervention américaine au Vietnam) et dépassé aux yeux du
public avec l’émergence du Nouvel Hollywood, était donc également à la croisée
des chemins.
Don Siegel en est parfaitement conscient dans son approche,
notamment par cette ouverture évoquant les hauts faits d Books pour le
spectateur du film, mais rappelant également l’aura légendaire de Wayne pour le
cinéphile. Cette première scène est narrée en voix off par le personnage de Ron
Howard, relai admiratif du spectateur et qui arrive à distinguer la légende
au-delà du vieil homme souffreteux. Le regard admiratif du jeune homme exprime
ainsi le fantasme d’un Ouest mythologique que Siegel met en lumière et
désamorce à la fois. Cela passe par une forme de nostalgie et tendresse
extra-diégétique quand Wayne croise le chemin d’autres vieilles gloires comme
James Stewart (son partenaire de L’homme
qui tua Liberty Valance (1961) notamment) mais aussi une autodérision
désabusée.
Le personnage pleutre de l’US Marshall (Harry Morgan) se permet,
après une première entrevue les jambes tremblantes, une désinvolture hilarante
pour évoquer la disparition imminente de Books. C’est une démonstration
verbale, avant celle de plus en plus concrètement physique, de la déchéance de
notre héros qui n’est plus qu’une icône déchue et déclinante à abattre. Books a
bien conscience de cela et va en accepter l’évidence inéluctable pour partir
comme il a toujours vécu, les armes à la main. Sa fin ne sera ni celle des
scribouillards opportuniste, ni celle d’antagonistes en quête de notoriété.
John Wayne a toujours su exprimer une forme de douceur
bourrue et maladroite à ses personnages les plus virils, et cette fois en
figure en fin de parcours il s’avère d’autant plus touchant. Cette conscience
le rend une nouvelle fois d’autant plus touchant pour le spectateur que les
protagonistes croisés telle la très attachante relation platonique avec Lauren
Bacall. Formellement Don Siegel trouve donc une forme d’équilibre entre cette
patine passéiste dans le ton et une forme rêche et sanglante plus associée au
western américain des 70’s. Les rares joutes armées sont douloureuses,
sanglantes et sans héroïsme.
Il s’agit là de clore la légende, notamment pour
freiner les ardeurs de Ron Howard qui ne doit embrasser le même chemin après
avoir vu ce qu’est le crépuscule d’une vie par les armes. Don Siegel souligne la
dignité plutôt que le panache ou la virtuosité de Books dans le duel final. C’est
un bel adieu qui n’a pas la vertu picaresque et distanciée d’un Mon nom est personne ou la pâleur
tragique d’un Tom Horn (1980) où
Steve McQueen faisait ses adieux à l’écran dans les même conditions. On est
plutôt là à la hauteur du mythe, vieillissant mais toujours fascinant d’un John
Wayne qui disparaitra 3 ans plus tard.
Sorti en bluray français chez Sidonis et visible en ce moment à la Cinémathèque dans le cadre de la rétrospective Don Siegel
Veuf depuis peu de temps, Tom Corbett vit avec
son fils, Eddie, un charmant petit garçon de 8 ans. Une gouvernante
prend en charge les soucis domestiques de la petite famille, mais rien
ni personne ne vient combler le vide affectif laissé par la défunte.
Lorsqu'Eddie tombe malade, il est ravi des soins que lui prodigue une
voisine de palier, la ravissante Elizabeth Marten.
Il faut marier papa
est un petit bijou de sensibilité où le talent de Vincente Minnelli
transcende ce qui n'aurait pu donner qu'une bluette sucrée. Le film
adapte un roman à succès de Marc Toby dont la MGM en flairant le
potentiel a acheté les droits avant parution. Le film s'inscrit dans un
courant de films plus intimistes pour Minnelli, ou du moins plus modeste
dans les enjeux et/ou la recherche formelle que ses comédies musicales
ou mélos flamboyants. On pense à La Femme modèle (1957) ou Qu'est-ce que maman comprend à l'amour ?
(1958). Après les premiers pas d'un couple mal assortis pour le premier
et l'émancipation amoureuse de la jeune fille du second, on en reste à
cette observation intimiste d'un moment clé d'une famille dans Il faut marier papa.
C'est cependant un passage bien plus douloureux à vivre puis Tom
Corbett (Glenn Ford) doit se remettre avec son jeune fils Eddie (Ron
Howard) de la récente disparition de sa femme. La première scène
dissémine par la seule situation et les réactions des personnages cette
nouvelle donne. Tom est dans l'urgence de celui qui n'a jamais fait les
préparatifs matinaux basiques de départ à l'école, Eddie a quitté sa
chambre dans la nuit pour dormir dans la chambre de son père. L'absence
de la mère est une situation neuve plutôt qu'un drame auxquels le père
et le fils doivent faire face. Tout cela tient jusqu'à la déchirante
question que pose innocemment Eddie à Tom au moment d'entrer en classe :
Maman est-elle vraiment morte ?
Cette
tristesse contenue traduit un déni du drame qui s'exprime dans la façon
désinvolte dont l'évoque Eddie (qui va courir raconter la mort e sa
mère à un camarade comme il le ferait de ses dernières vacances) ou
encore l'agacement de Tom face à la sollicitude de ses collègues de
travail. Cette retenue ne peut que voler en éclat au moindre évènement
qui ravive la tragédie et Minnelli bouleverse par la démonstration crue
de la douleur de ses personnages. L'enfant laisse instinctivement
s'exprimer sa détresse dans un cri face à un de ses poissons rouges
mort, l'adulte se montre plus autodestructeur par l'alcool et une
agressivité injuste envers sa voisine Elizabeth (Shirley Jones).
Ce lien
père/fils est le ciment qui empêche les deux de sombrer et le scénario
excelle à montrer de façon très naturelle la complicité qui règne entre
eux. C'est d'ailleurs par l'enfant espérant voir son père refaire sa vie
que passent des dialogues étonnamment osés. Les questionnements
triviaux sur l'attirance d'un homme pour une femme naissent ainsi des
tirades innocentes d'Eddie, ayant parfois des idées bien arrêtées (les
femmes sournoises ont des yeux plissés et de grosses poitrines), plus
incertaines (quelles sont les mensurations idéales d'une femme) ou
certainement amenées à changer (les filles ne sont pas belles de dos papa).
C'est une manière finalement subtile de placer Tom face à ses
contradictions et traduire son éveil possible à une nouvelle vie
sentimentale. Le film est donc une grande œuvre sur la solitude, celle
urbaine où l'espace de la ville intimide au moment de renouer avec un
registre e séduction, mais aussi celle de nos entraves intimes. Il y a
évidemment le drame du deuil pour Tom, mais la richesse et la subtilité
du scénario y ajoute une dimension féministe avec Elizabeth jeune
divorcée livrée à elle-même, Rita Behrens (Dina Merrill) femme
indépendante mais esseulée et Dollye Daly (Stella Stevens pétulante)
jeune femme manquant de confiance en elle. C'est la dernière qui sous la
drôlerie est la plus consciente de ses manques et les surmonter, les
deux autres se cherchant jusqu'au bout sans forcément se trouver. Là
encore Minnelli se montre très fin, ne cédant pas au cliché de la
méchante belle-mère pour Rita (mais plutôt en ne la montrant dans son
élément uniquement au sein de cadre mondain tandis qu'elle force sa
bienveillance avec Eddie) et avec Elizabeth en explicitant peu à peu que
son affection sincère pour Eddie est aussi un moyen de se rapprocher de
Tom. Cette idée de déni se traduit d'ailleurs par les rapports orageux
entre Tom et Elizabeth, la crainte de trop se livrer et souffrir
provoquant le conflit.
L'alchimie entre Glenn Ford et un tout
jeune Ron Howard est assurément l'atout majeur u film. Glenn Ford se
montre magnifiquement humain et vulnérable, attentif puis distrait face
aux sollicitations constantes de l'enfant, bienveillant puis injustement
colérique comme peut l'être n'importe quel parent malgré toute sa bonne
volonté. Il en va de même avec Ron Howard, impertinent et étonnamment
mature pour redevenir le garçonnet vulnérable qu'il est encore dans la
minute. Cet équilibre constant contribue à un ton toujours juste entre
comédie romantique réellement drôle et enlevée puis vrai drame. La
dernière partie est un sommet d'émotion à ce niveau, tant dans le mélo
donc (la réaction écorchée d'Eddie, la frayeur de Tom) que la candeur
confondante avec l'amorce de cette réconciliation téléphonique savamment
orchestrée. La magie Minnelli a encore frappée !
Sorti en dvd zone 1 (le disque est multizone) chez Warner
En 1977, l'interview
télévisée de l'ancien Président Richard Nixon menée par David Frost a battu le
record d'audience de toute l'histoire du petit écran américain pour un magazine
d'actualités. Plus de 45 millions de personnes ont assisté à un fascinant affrontement verbal au fil de
quatre soirées. Un duel entre deux hommes ayant tout à prouver, et dont un seul
pouvait sortir vainqueur. Leur affrontement a révolutionné l'art de
l'interview-confession, a changé le visage de la politique et a poussé l'ancien
Président à faire un aveu qui a stupéfié le monde entier... à commencer sans
doute par lui-même.
RonHoward signe un
de ses meilleurs films avec ce beau face à face adaptant la pièce éponyme de Peter Morgan (également au scénario) où ce dernier revisitait le fameuse série d'entretien qui oppsèrent le journaliste David Frost et le président déchu, révolutionnant l'art de l'interview vérité. Une introduction brillante
retrace l'odyssée du scandale du Watergate et toute la procédure judiciaire qui
a suivi, mélangeant image d'archive et reconstitution pour la démission de
Nixon, le tout rendant plus limpides les allusions aux évènements lors des
joutes verbale qui suivront entre Frost et Nixon
dans la dernière partie du film. Howard met
constamment en parallèle et en opposition les personnalités de ses deux héros,
autant dans leurs personnalité que dans leurs motivation. D'un côté David
Frost, entertainer frivole et roublard qui ne voit là qu'une occasion de
s'assurer un bon coup de publicité et relancer sa carrière. De l'autre, Nixon
animal politique blessé cherchant à redorer son blason devant l'opinion public
et reprendre son destin politique en main. Cela paraît assez impensable aujourd'hui
mais le film exprime l'idée qu'il aurait pu prétendre en négociant bien à
reprendre les rênes du pouvoir et cet aspect s'avère particulièrement crédible
grâce à la prestation fabuleuse de Franck Langella.
La préparation des deux parties en présence suit la même idée avec un Frost ne
travaillant pas son sujet et un Nixon rigoureusement préparé. La structure
faussement documentaire avec les protagonistes amenant des commentaires aux
évènements amène un recul bienvenu, une meilleure compréhension et renforce
l'impact des renversements de situations, notamment le final saisissant où
Nixon parvient enfin à être déstabilisé par Frost. L'amalgame au combat de boxe
est constant avec les interventions des divers collaborateurs faisant office de
coach remotivant leur poulain.
Une réalisation inventive de Howard (qui ne force pas outre mesure l'aspect vintage
70's) qui mêle brillamment les codes du débat télévisuels et la dramaturgie
toute cinématographique, notamment par le montage sur les réactions de l'équipe
lorsqu'un des deux débatteurs prends l'avantage. Un artifice qui s'estompe lors
de la dernière partie nettement plus intense dramatiquement. La roublardise
politique de Nixon est vraiment bien saisie, entre les phrases
déstabilisatrices, amabilité savamment calculée et ses facettes les plus
troubles tournées sur le prisme de l'humour et de la dérision (la remarque sur
l'ex fiancée noire de Frost, la blague sur les cubains formés par la CIA).
Un duel psychologique palpitant de bout en bout, reflet d'une époque et un
portrait passionnant de Nixon, belle illustration de la soif du pouvoir et du
manque ressenti lorsqu'on y a goûté et que l'on n'y a plus accès. Le respect
mutuel des deux adversaires dans le duel qui les oppose est vraiment
intéressant et naît en partie de la nature d'homme du spectacle de Frost.
Prenant l'affaire par-dessus la jambe et étant sous-estimé, il se révèle à lui-même
et réussit là où des journalistes chevronné ont
échoué. Michael Sheen très bon et la kyrielle de seconds de renoms est tout aussi
bonne avec Oliver Platt, Sam Rockwell ou Kevin Bacon en homme de confiance de
Nixon. Un vrai grand film, prouvant le talent d'Howard quand il est impliqué sur un vrai projet ambitieux et plus particulièrement dans l'art du biopic avec Apollo 13 (1995) Un homme d'exception (2001), De l'ombre à la lumière (2005) et plus récemment l'excellent Rush (2013).
Sorti en dvd zone 2 chez Universal
Et pour les anglophones un extrait du réel entretien d'époque, le reste est visible sur youtube