Dévoreur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que cela intéresse tous mes visionnages de classiques, coups de coeur et curiosités. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau film et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère! Vous pouvez me contacter à justinkwedi@gmail.com, sur twitter et instagram

Pages

Affichage des articles dont le libellé est Catherine Spaak. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Catherine Spaak. Afficher tous les articles

jeudi 4 mai 2023

La Fille de Parme - La Parmigiana, Antonio Pietrangeli (1963)

 La belle orpheline Dora (Catherine Spaak) vit chez son oncle prêtre... Elle séduit le séminariste Giacomo (Vanni De Maigret) et fuit avec lui à Riccione. Hélas, il l'abandonne au petit matin. Désemparée, elle découvre le désir des hommes et utilise sa séduction. Elle rencontre alors Nino (Nino Manfredi), le petit escroc dont elle tombe amoureuse, et Michele (Lando Buzzanca), un policier de Parme, qui veut l'épouser. Elle quitte ce dernier en pleine rue et décide de rejoindre Nino. Mais elle constate qu'il est marié et qu'il travaille dans une épicerie.


La Fille de Parme est le troisième film du cycle d'Antonio Pietrangeli consacré à la condition féminine italienne, suivant Du soleil dans les yeux (1953) et Adua et ses compagnes (1960), et précédant Je la connaissais bien (1965). Chacun des films est un marqueur de la société italienne qu'il dépeint, et en traduit les profondes mues à travers le destin de ses figures féminines. L'héroïne de Du soleil dans les yeux était comme une enfant apeurée par la modernité de la ville et de ses mœurs, et marquée par une douloureuse expérience en essayant de s'y plier sans y être totalement préparée. Au contraire le groupe de prostituées repenties de Adua et ses compagnes ne connaissait que trop bien l'envers dissolu de cette bienséance hypocrite, sans jamais pouvoir échapper à leur condition. Je la connaissais bien plaçait son jeune femme fêtarde au centre d'un monde hédoniste et désormais libéré des entraves morales, mais pour en faire un être seul et désespéré. Dans chacun des films, le contexte plaçait la femme en être sacrificiel payant chèrement la volonté d'indépendance morale et sociale dans des environnements leur donnant l'illusion que cela leur était enfin possible. 

La Fille de Parme est judicieusement placé dans ce corpus, puisque Catherine Spaak semble y incarner un personnage libéré dans un monde qui ne l'est pas encore tout à fait, mais sans être consumé par la vie comme la Stefania Sandrelli de Je la connaissais bien qui constitue vraiment l'étape suivante. Une narration faite de va et vient entre passé et présent nous fait suivre Dora (Catherine Spaak), jeune femme sophistiquée et sexuellement libérée avec en contrepoint des flashbacks sur les circonstances qui l'ont menées à cette désinvolture. La grande différence avec les autres films, c'est qu’ici Dora n'est pas naïve, candide, et ne subit jamais les évènements. Les hommes sont veules, pervers et fourbes comme toujours, mais elle en a conscience et ne sera jamais leur victime. Elle goutera chaque liaison pour ce qu'elle est, laissant les hommes s'emporter dans leurs élans pour elle sans s'amouracher sincèrement d'aucun. L'argument de plusieurs situations semblent exprimer le contraire puisque la livrant souvent en pâture aux amants ou prétendants mais l'approche de Pietrangeli ainsi que le jeu de Catherine Spaak le font ressentir autrement. 

Entamant une liaison avec un jeune aspirant prêtre (Vanni De Maigret), Dora est capturée dans tout son détachement lascif et languide tandis que la tension et la peur du regard des autres passent par le regard du religieux - qui la quittera par culpabilité justement. Notre héroïne semble en mue permanente, se tannant d'un cuir de plus en plus dur au fil de ses expériences avec la petitesse masculine. Une scène le représente magnifiquement lorsque, abandonnée par le jeune curé, elle découvre le paquet de cigarettes que ce dernier a laissé sur le lit. Elle décide d'en fumer une et s'étouffe dans un premier temps, avant de parvenir à la consommer avec élégance tandis que ses larmes se sèchent. Les amants de passages seront pareils à cette cigarette, des éléments nouveaux dont il faut apprivoiser et assumer la toxicité sans les laisser nous étouffer. 

Pietrangeli ne fait de Dora ni une victime, ni une mangeuse d'hommes insatiable, simple une femme assumant ses désirs et parfois se pliant à ceux des autres par pure nécessité (le tenancier d'hôtel demandant le règlement de la note "en nature"). Les moments potentiellement glauques sont balayés par une Catherine Spaak qui écrase de sa détermination et dédain les rustres inélégants et trop entreprenants, tel cet entrepreneur faisant miroiter des photos de publicité pour l'attirer dans sa chambre d'hôtel. Le réalisateur brille dans ces effets de montage fluide à créer des transitions ironiques d'une temporalité à l'autre, avec un dialogue, un geste ou une tonalité qui trouve son envers souvent moral dans la bascule. C'est le cas notamment lorsque le prétendant policier (Lando Buzzanca génial de piété précieuse malvenue) demande en mariage Dora, un panoramique sur des cloches d'église nous faisant voir non pas une cérémonie, mais Dora en flashback et petite tenue prenant des photos dénudées pour un précédent amant douteux (Nino Manfredi). Dora est un défi à l'hypocrisie et dichotomie de la société italienne, que ce soit pour les hommes où les femmes. 

Le piquant et la tentation de l'aventure existe aussi chez les femmes mûres et respectables comme chez Amneris (Didi Perego), bienfaitrice de Dora l'ayant connu enfant, mais il faut préserver les apparences. Le policier coincé souhaitant convoler avec Dora est aussi confronté à ses contradictions, recherchant un idéal de femme pure et forcément vierge, mais piégé par Dora qui lui fera goûter son expertise érotique dont il ne pourra plus se passer. La facette sexuée de l'amante doit se restreindre à la chambre tandis que la femme digne et soumise est exposée à l'extérieur inquisiteur, ce à quoi se refuse notre héroïne intrépide. Cette schizophrénie est croquée de manière hilarante dans une scène de lit où le policier, dans une posture affligée, traite vulgaire Dora de "pute" avant de se réfugier dans ses bras et l'embrasser. Dora représente la part d'ombre dissolue des hommes, ce que Pietrangeli traduit formellement dans des compositions de plan où elle apparaît comme une une projection mentale et coupable de ceux lui ayant cédé. La seule relation durable et attachante sera ainsi avec le photographe raté joué par Nino Manfredi qui assume aussi sa médiocrité sans se draper d'un masque de vertu. L'ironie sera que le réalisateur reprend cette composition de plan pour faire de la femme "respectable" que choisit en définitive Manfredi cette fois la projection mentale de Dora, lui faisant entrevoir la "dignité" qu'elle n'aura jamais, qu'elle ne souhaite jamais représenter.

Dora n'est jamais présentée comme une paria, si ce n'est à travers le regard des autres dont elle n'a cure. C'est d'ailleurs une source de gag lorsque présentant son fiancé à son oncle prêtre, ce dernier confond sans cesse la profession du nouveau venu avec celle de ses nombreux prédécesseurs amenés par Dora. Catherine Spaak est absolument parfaite de séduction et de distance, tout en parvenant à éviter le risque de froideur pour ce personnage peu sentimental. La dernière scène laisse entrevoir malgré tout la quête d'une vraie relation qui sera empêchée par un partenaire choisissant à son tour de rentrer dans le rang, et laissant Dora retourner à son papillonnage séducteur. Mais l'on sent bien que cela nous amène vers l'héroïne brisée du film suivant Je la connaissais bien, l'image finale de Dora rajustant son maquillage anticipant la scène tragique où Stefania Sandrelli à bout de forces laisse ce même maquillage couler avec ses larmes sur son visage.

Sorti en dvd italien

lundi 20 juillet 2020

Les Adolescentes - I dolci inganni, Alberto Lattuada (1960)


Une jeune fille de bonne famille, Francesca, dix-sept ans, se réveille un matin consciente de son attirance pour Enrico, un architecte qui a vingt ans de plus qu'elle. Une attirance qui va hanter cette journée d’été au cours de laquelle la jeune fille, de rencontres en rencontres, va décider de ne pas résister à l’appel de la vie adulte. Au risque de subir une douce désillusion…

Après le succès de Guendalina (1957), Alberto Lattuada poursuit son portrait de la jeune fille dans Les Adolescentes. Malgré quelques élans sensuels fonctionnant plus sur l’imagerie que les vrais actions des personnages, Guendalina était un film sur l’éveil amoureux, l’abandon définitif de l’enfance pour l’adolescence et ces premiers émois sentimentaux. Les Adolescentes a une ambition différente pour Lattuada, celle de capturer l’éveil et l’assouvissement charnel chez l’adolescente, ou plus précisément les atermoiements d’avant l’acte puis la perte de repère d’après. La scène d’introduction dévoile brillamment cette idée. Nous y observons la jeune Francesca (Catherine Spaak) endormie, sa chemise de nuit épousant les formes de sa poitrine soulevée par une respiration inégale, tandis que son visage poupin s’agite étrangement. Un mouvement de caméra nous la révèle dans une pose lascive qui nous révèle ses jambes, avant qu’elle ne se réveille en sursaut, les traits troublés. Elle adopte alors une posture typiquement enfantine en remontant ses genoux sur son visage, ne laissant voir que ses yeux perdus dans la confusion de ses pensées. Les mots sont inutiles pour comprendre que Francesca vient de faire un rêve érotique, et par la seule image Lattuada explicite tout le questionnement du film quant à l’expression inconsciente de ce désir : l’assouvir ? L’étouffer ?

Le film se déroule sur l’unité de temps d’une journée où chaque rencontre et situations rencontrées par Francesca reposera sur cette hésitation. La première étape servira à nous montrer l’objet de l’attention de Francesca, celui qui agite ainsi ces nuits, à savoir Enrico (Christian Marquand) un ami de la famille de vingt ans son ainé. Lattuada traduit par sa mise en scène la mue de Francesca de la fillette à la femme dans le travail sur l’espace et le regard changeant d’Enrico sur elle. La distance entre les personnages se fait dans les déambulations des personnages au sein de la maison où ils échangent de loin. Lorsqu’ils sont plus proches les regards insistants et les appels du pied des dialogues d’une Francesca en quête d’attention ne trouvent en contrechamps que les réponses allusives et le visage d’un Enrico plus obnubilé par son chien mort que sa charmante interlocutrice. Pourtant une conversation téléphonique avec une fiancée jalouse à laquelle il décrit Francesca pour la titiller laisse entendre qu’il n’a rien perdu de l’élégante silhouette de sa visiteuse. C’est là que notre héroïne voit l’ouverture et se montre audacieuse, et que Lattuada brise toutes les frontières formelles initiales avec un gros plan où Francesca pose sa main sur celle d’Enrico, puis un autre où elle l’embrasse. Pourtant après cet élan qui avive le désir d’Enrico, Francesca va fuir. La quête du contact et sa crainte, encore et toujours.

Le trouble sensuel et amoureux s’exprimera aussi avec les adolescentes entre elle, le temps d’un détour par le lycée. Le mystère de la lettre d’amour adressée à l’une des camarades exprime donc le rapprochement lorsque la destinataire provoque et tente d’embrasser Francesca qu’elle soupçonne d’en être la rédactrice. On découvrira pourtant qu’il s’agit d’une autre fille, attirée par la beauté mais fuyant et/ou craignant la passion physique. Toute cette ambiguïté repose aussi sur l’érotisme feutré avec lequel Lattuada filme le groupe d’adolescentes, les robes remontant légèrement et révélant jupons qui dépassent et haut des cuisses, ou une scène de vestiaires où les interactions enfantines sont contrebalancées par les corps désirables et dénudés. Le réalisateur sait équilibrer la forme et le ton pour ne jamais rendre redondante la répétition de ce mouvement sous toutes les formes qu’il prend tout au loin du film. La comédie enlevée intervient ainsi lorsque Francesca rend visite son amie Maria Grazia (Juanita Faust) dont l’attitude introvertie et solitaire est l’inverse de celle de sa truculente mère (Milly). Lorsque Francesca exprime à son amie son désir pour Enrico, celle-ci y voit une possible fin de leur amitié, donnant à nouveau à voir la face inversée où cet attrait sexuel est craint et/ou fuit par une camarade de son âge. Sa mère pourtant recommande avec délectation cet assouvissement à Francesca, la seule manière de connaître un homme dans son entièreté. 

Après avoir scrutée cette poursuite/fuite de manière retenue ou abstraite, Francesca peut l’observer au sein d’un couple dysfonctionnel. Ce recul peut être une manière de rendre l’étreinte de la réconciliation plus ardente encore entre le fougueux Renato (Jean Sorel) et la froide Princesse (Donatella Erspamer), qui s’invectivent de la plus cruelle des manières avant de se retrouver dans une des scènes les plus élégamment excitantes du film. Catherine Spaak est absolument fascinante, narratrice volubile ou observatrice silencieuse autour d’un acte autant appelé que ressenti avec appréhension. Lattuada explicite le tabou qu’était la perte de virginité d’une jeune fille à l’époque, mais aussi la difficulté d’en discuter. Ainsi hormis la provocation évidente du propos à la sortie du film (les foudres d’une censure et d’un public puritain s’abattront sur le film mais n’empêcheront pas son succès), c’est la subtilité du rapport frère/sœur entre Francesca et Eddy (Oliviero Prunas) qui interpelle. La dernière partie du film voit Francesca interrompre insidieusement la virée entre copains pour qu’Eddy ramène celle-ci auprès de Francesco. La fuite et l’assouvissement concerne aussi ce frère qui devine l’attirance de sa sœur, l’encourage et la réprouve dans un même silence ambigu et qui fuit la discussion possible lorsqu’il sait « l’irréparable » commis. Jugement moral ? Patriarcal ? Impossibilité à échanger sur un sujet si sensible au sein d’une fratrie au vu des mœurs de l’époque ? – Sur ce dernier point lorsque Francesca déplore qu’ils ne parlent jamais de leur problème de « garçons » ou de « fille », Eddy la rabroue par un « Mes problèmes de garçons, je les résous seuls ». 

L’ambivalence du désir est superbement affirmée dans le dernier acte, notamment par le travail sur la photo dont les jeux d’ombres laissent voir les gestes tendre, mais masque l’expression des visages. L’attrait ne s’exprime que par les mots neutres et l’union tant attendue passe par l’ellipse. Ce n’était pas (encore) un désir physique explicite pour une Francesca déçue, mais une curiosité, une étape, ce que n’a pas su voir (ou trop tard) son amant plus âgé – l’écart d’âge participant à la provocation du film et qu'on retrouvera dans La Fille du même Lattuada (1978). Lattuada boucle la boucle avec le retour de Francesca dans sa chambre d’adolescente. Le découpage et la progression sont similaires à la séquence initiale de son réveil, mais entre les lueurs du matin et l’obscurité de la nuit tardive, c’est comme si un siècle s’était écoulé. La démarche est moins hésitante, les traits sont plus mûrs lorsqu’elle s’observe dans le miroir, et le regard moins dans l’expectative. Francesca a appris de l’attrait qu’elle exerce et ressent pour les hommes, elle saura désormais en jouer et s’y abandonner, comme l’exprime ce regard face caméra final plein de froide assurance.

En salle le 29 juillet 

dimanche 10 novembre 2019

Le Chevalier de Maupin - Mauro Bolognini (1966)


 Au XVIIè siècle, la jeune et innocente Magdeleine de Maupin est forcée de fuir la maison de son oncle où les soldats hongrois sont sur le point d'arriver. Déguisée en abbé, elle prend la route du couvent. Prise pour un homme, elle est arrêtée par une troupe du roi qui décide de l’enrôler contre son gré. C'est à partir de ce moment qu'elle prend le nom de Theophile.

Mauro Bolognini signe un trépidant récit picaresque avec Le Chevalier de Maupin qui le voit adapter le roman Mademoiselle de Maupin de Théophile Gautier. La mise à mal de la figure masculine avait eu lieu dans Le Bel Antonio (1960) tandis qu’un féminisme éclatant s’exprimerait avec la Claudia Cardinale résistante de Liberté, mon amour (1975). Ces deux voies s’expriment dans Le Chevalier de Maupin avec Magdeleine (Catherine Spaak), corsetée dans ses robes comme dans les conventions, destinée à simplement être belle pour un futur époux qu’elle ne désire pas. Cette pensée rétrograde correspond d’ailleurs à la mentalité bourgeoise avec cette ironie en début de film durant la fête où les discussions s’amusent d’un possible révolte du peuple.

 Les circonstances de la grande Histoire vont précipiter l’émancipation de Magdeleine à travers un travestissement en homme pour échapper aux sbires de l’impératrice d’Autriche. Le mélange d’espièglerie et d’innocence de notre héroïne va donc la promener dans ce monde qu’elle connaît si peu, un monde poreux dans sa dynamique masculin/féminin. Plutôt que de s’amuser de l’opposition de la frêle jeune fille à des environnements d’hommes (élément à fort potentiel puisqu’elle est malgré elle enrôlée dans l’armée), c’est à l’inverse au trouble que sa présence androgyne développe chez les autres qui intéresse Bolognini. La promiscuité crée un désir qu’il refoule et ne s’explique pas chez le Capitaine Alcibiade (Robert Hossein) pure figure virile qui révèlera ses failles, tandis que la noblesse décadente du Chevalier d’Albert (Tomás Milián étonnant en dandy précieux) accepte et poursuit son attirance coupable. Les péripéties savent donc exprimer charme distancié et veine picaresque grâce aux dialogues subtils mais aussi le brio formel de Bolognini. Le réalisateur  fige des tableaux réalistes (les scènes de ville pleine de vie), stylisé (les compositions somptueuses du final dans la maison close) et raffiné grâce au costumes de Piero Tosi et à la photo solaire de Ennio Guarini. 

 C’est cependant dans l’érotisme trouble et feutré que le film fait merveille. Les formes se laissant deviner sous l’uniforme de Catherine Spaak laisse planer une sensualité latente que Bolognini rend explicite par intermittences par de superbes idées formelles (le postérieur de Catherine Spaak visible dans le reflet d’une flaque d’eau). Les dialogues piquants et étonnamment explicites sur l’homosexualité donnent quelques séquences comiques et audacieuses où il s’agira d’assumer  ses penchants. Cela semble plus simple pour une noblesse sans œillères morales, mais c’est une liberté intime de plus à conquérir pour les modestes que sont Alcibiade (ou Ninon la prostituée en quête d’émancipation qu’incarne Ottavia Piccolo).

Mauro Bolognini lui-même homosexuel s’amuse ainsi à faire bouger les lignes (un baiser inattendu, un lit partagé et quelques gestes équivoques)  des unions même s’il fait retomber l’ensemble dans la norme lors du final. La perdition du lieu (une maison-close) donne une fascinante contradiction au charivari romantique final, où la caméra suit les amoureux qui s’épient, se cherchent et se suivent dans un décorum tout sauf chaste. Un superbe écrin à la beauté et au charisme de Catherine Spaak, dont l’élégance s’élève au-dessus des normes de genres. 

Visible actuellement à la Cinémathèque française dans le cadre de la rétrospective consacrée à Mauro Bolognini