Dévoreur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que cela intéresse tous mes visionnages de classiques, coups de coeur et curiosités. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau film et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère! Vous pouvez me contacter à justinkwedi@gmail.com, sur twitter et instagram

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Affichage des articles dont le libellé est Peter Cushing. Afficher tous les articles
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dimanche 9 mars 2025

Les Maîtresses de Dracula - The Brides of Dracula, Terence Fisher (1960)

Marianne a accepté un poste d'institutrice dans un pensionnat pour jeune fille. Alors qu'elle traverse la Transylvanie, son cocher l'abandonne dans un village, où elle trouve refuge dans une auberge. Malgré les mises en garde du propriétaire des lieux, elle accepte l'invitation de la baronne Meinster à passer la nuit dans son château. Heureusement pour elle, le docteur Van Helsing poursuit dans la région sa chasse aux vampires.

Le Cauchemar de Dracula de Terence Fisher (1958) avait été un immense succès commercial et critique, entérinant le virage vers l’épouvante gothique de la Hammer après Frankenstein s’est échappé du même Terence Fisher (1957). Une suite est donc envisagée avec un premier script de Jimmy Sangster qui curieusement choisit de s’éloigner de certains préceptes du film initial. Le méchant est supposé être un disciple de Dracula (qui disparu dans le premier film n’est supposé faire qu’une apparition sous forme de spectre) tandis que sa traque se fera par un nouveau protagoniste, et plus le professeur Van Helsing. Au fil des réécritures certains éléments se remettent en place comme la présence de Van Helsing de nouveau interprété par Peter Cushing, mais Christopher Lee, par réticence de ce dernier ou par choix de la production, ne rempile pas – il fera son retour dans le rôle et dirigé par Fisher dans Dracula, Prince des ténèbres (1966). Plusieurs idées, trop complexes techniquement ou inappropriées dans le ton voulu sur cette suite, seront recyclées pour Le Baiser du vampire de Don Sharp (1963) – notamment l’attaque finale par une horde de chauve-souris.

Le Cauchemar de Dracula avait marqué une rupture avec l’imagerie des films Universal dont le Dracula de Tod Browning (1931). La théâtralité de l’incarnation du vampire par Bela Lugosi en faisait une figure spectrale et aristocratique dans une imagerie expressionniste noir et blanc. Christopher Lee amenait quant à lui une dualité en le port séduisant de la facette lumineuse de Dracula, s’opposant à une animalité plus glaçante renforcé par l’usage de la couleur renforçant la dimension baroque et sanglante du vampire et du gothique Hammer. 

Cette dualité se poursuit dans Les Maîtresses de Dracula mais contamine des aspects plus vastes de la personnalité du vampire. L’ombre de l’inceste plane sur la relation torturée entre le Baron Meinstein (David Peel) et sa mère (Martita Hunt). Cette dernière nourrit les pulsions de son fils en lui fournissant des jeunes filles innocentes dont il se repait, tout en étant séquestré dans la demeure familiale. Son évasion le conduira à « consommer » sa propre mère, ultime sacrilège, avant de prendre sa liberté. 

Les traits carnassiers de Christopher Lee laissent place à ceux plus poupins et juvéniles d’un David Peel certes moins charismatique, mais dont les revirements de personnalités s’avèrent saisissant. Jeune homme fragile et torturé, amoureux transi, châtelain charismatique, le Baron Meinstein semble se plaire à endosser plusieurs masques avant de laisser éclater son visage véritable, celui du vampire particulièrement bestial et sadique. Terence Fisher se plaît à capturer ces bascules dans la caractérisation du personnage, et semble avoir joué du vrai « masque » de David Peel qui à la ville était homosexuel. Le décorum gothique est une nouvelle fois superbe, notamment lorsque Fisher en parallèle des figures imposées orchestre des séquences tout simplement glaçantes. La sortie de terre d’une jeune femme vampirisée est filmée comme un accouchement dans un lent crescendo macabre se concluant par la sortie de terre d’une main avec une puissance macabre rare.

La sensualité brûlante des assauts de Meinstein sur les jeunes femmes se dispute à une sorte de candeur ramenant davantage au gothique littéraire avec le personnage de Marianne (Yvonne Monlaur), archétype de la jeune fille naïve et en détresse. Comme le souligne le spécialiste Nicolas Stanzick dans les suppléments du dvd, elle semble jouer dans un conte de fée (la demande en mariage si vite acceptée de ce prince charmant douteux) sans savoir qu’elle se trouve en fait dans un conte macabre. Le socle et l’unité de cet ensemble repose sur Van Helsing une nouvelle fois brillamment interprété par Peter Cushing. 

Il possède à la fois ce côté froid, croyant et rationnel face au surnaturel auxquels s’ajoutent une humanité profonde. Son empathie envers Marianne n’a d’égal que sa détermination face aux vampires, qui culmine lorsqu’il doit lui-même se purger d’un possible risque de vampirisme. Fisher sait composer quelques images iconiques en diable pour conférer toute la grandiloquence attendue de l’affrontement, notamment cette ombre de moulin formant la croix chrétienne qui achèvera le Mal. Un opus réussi qui fait (presque) oublier l’absence de Christopher Lee.

Sorti en bluray français chez Elephant Film

jeudi 13 juillet 2023

La Gorgone - The Gorgon, Terence Fisher (1964)


 En 1910, le village fictif de Vandorf est depuis 5 ans le témoin d'une bien étrange série de meurtres dont les cadavres sont devenus des statues de pierre. La découverte de la dernière victime, la fiancée de l'artiste Bruno Heitz, pousse ce dernier au suicide, laissant ainsi croire aux autorités qu'il était le coupable. Son père, persuadé de son innocence, se heurte à l'hostilité des habitants au point qu'on tente de mettre le feu à sa maison. Il se rend dans les ruines du château Borski et, confronté à la gorgone Megaera, sent qu'il se change progressivement en pierre. Avant de mourir, il parvient à écrire un ultime message à son aîné Paul, qui, aidé de son mentor, le professeur Meister, tentera de percer ce mystère au péril de sa vie.

La Gorgone est le premier film Hammer depuis la réorientation gothique du studio dont l’argument fantastique n’est pas issu de la littérature gothique (Dracula, Frankenstein…) ou une relecture des Universal Monsters (La Momie). Le projet naît d’un sujet proposé par J. Llewellyn Devine, et dont le scénario sera écrit par John Gilling qui amène la parenté mythologique à la créature, même si de façon très libre. C’est l’occasion pour Terence Fisher d’offrir une certaine variation de ton et de forme à son imagerie gothique, il y a un côté familier par l’utilisation de nombreux décors vu dans d’autres films Hammer mais avec une touche amenant malgré tout une certaine différence.

Une des forces du films (mais qui causera aussi son échec commercial) est d’amener une autre tonalité à la formule Hammer. Cela passe par le relatif mystère quant à l’identité de la Gorgone, et par extension un manichéisme plus flou. Peter Cushing n’incarne plus un inflexible pourfendeur du mal pour au contraire interpréter un personnage plus trouble et en définitive tragique car agissant par amour. Le jeu subtil de l’acteur laisse deviner tout un pan de détresse amoureuse contenue et désespérée, qui trouve son pendant plus explicite et emporté avec le personnage de Richard Pasco. L’un connaît la vérité mais refuse de l’exposer par amour malgré les conséquences dramatiques, et l’autre l’ignore et refuse de l’admettre quand tous les indices se mettent en place pour révéler l’impossible.

A ces deux figures aveuglées par leurs sentiments s’ajoute l’omerta plus ignorante et froide de la communauté et de l’institution choisissant de maintenir au fil des années les apparences. Terence Fisher parvient à traduire par l’image et son usage du fantastique cette idée d’hypocrisie. Il y a bien sûr l’idée de la Gorgone dont il ne faut pas soutenir le regard sous peine d’être pétrifiée, métaphore de cette vérité que l’on ne souhaite pas reconnaître. Le réalisateur n’articule pas le suspense autour du secret de l’identité de la Gorgone, mais au contraire multiplie les analogies formelles lors des apparitions de Carla (Barbara Shelley) pour laisser entendre sa nature « autre ». La prestation vulnérable et angoissée de l’actrice crée donc un sentiment d’attente contrasté, où la frayeur se dispute à l’attente de voir le personnage se révéler et basculer définitivement.

Les purs instants de flamboyance gothique se dotent d’une étrangeté plus prononcée qu’avec les créatures habituelles, du fait de cette ambivalence entre effroi et pitié envers ce que l’on pressent être de la Gorgone. Le film est un peu boiteux dans son rythme et sa narration mais parvient à rester prenant grâce à cette approche. Le look de la Gorgone tant qu’il restant distant et suggéré est très intimidant, et même un trucage final moyennement réussi ne parvient pas à en estomper l’aura. Une production Hammer imparfaite, mais singulière et marquante. 


 Sorti en bluray français chez ESC

 

jeudi 10 novembre 2022

Le Redoutable Homme des neiges - The Abominable Snowman, Val Guest (1957)


 Milieu des années 1950. Le botaniste anglais Rollason (Peter Cushing), sa femme Helen et son assistant sont les hôtes d'un monastère au Tibet. Une expédition américaine débarque bientôt dans le but de découvrir le légendaire Yéti en grimpant dans les hauteurs Himalayennes. Rollason décide de se joindre à eux dans un but scientifique, malgré les avertissements du lama.

Le Redoutable homme des neiges s’intercale entre deux des productions Hammer dont le succès va entériner l’identité du studio dans le gothique et le fantastique, Frankenstein s’est échappé (1957) et Le Cauchemar de Dracula (1958). Cependant, le film a davantage à voir avec la saga Quatermass qui initia cette orientation de la Hammer. Tout comme Le Monstre (1955) et La Marque (1957), Le Redoutable homme des neiges est en effet une production télévisée basée sur un scénario de Nigel Kneale qui remportera un grand succès lors de sa diffusion le 30 janvier 1955. La transition vers une version cinéma est donc envisagée tout comme les Quatermass dont on reprendra également le réalisateur avec Val Guest. Ce dernier avait, sous le suspense, donné une tonalité singulière à ces deux films de science-fiction en y introduisant une certaine profondeur, une dimension philosophique et existentielle. Il a la même ambition ici et ne souhaite pas tourner un simple film d’horreur, d’ailleurs en y regardant de plus près sur l’ensemble de ses films pour la Hammer Val Guest n’a jamais versé frontalement dans le genre et ne s’est jamais vu proposer de production gothique loin de ses appétences. 

Le yéti n’est pas une créature si souvent exploitée dans le cinéma fantastique, mais le scénario de Nigel Kneal entre en résonnance avec l’actualité scientifique de l’époque. Des explorations de l’Himalaya en 1951, 1953 et 1954 font grand bruit, et si les aventuriers ne rencontrent pas d’abominable homme des neiges, quelques éléments rapportés comme de gigantesques empreintes de pas dans la neige suffisent à alimenter les imaginations. Val Guest loin de tout sensationnalisme s’appuie donc sur cette rigueur scientifique dans la tonalité du film, cherche à instaurer une forme d’approche documentaire. Il est aidé en cela par les moyens alloués par Hammer qui ira filmer les extérieurs montagneux dans les Pyrénées (qu’on fera passer pour l’Himalaya) avec une seconde équipe, ce qui offrira des vues très impressionnantes donnant un certain cachet réaliste. La tonalité du film oscille entre ce séreux scientifique, le mysticisme et ce questionnement plus existentiel. 

Cela passe notamment par le personnage du Dr Rollason (Peter Cushing dans son second rôle Hammer après Frankenstein s’est échappé dont il sort tout juste du tournage), nourrissant une curiosité de chercheur à remettre en question les certitudes du Darwinisme, mais aussi un attrait plus insaisissable pour le mystère de ces montagnes. Tous ces compagnons fonctionnent sur cette même dualité, tel Friend (Forrest Tucker) aventurier cherchant à tirer profit de la capture du monstre mais lui aussi habité par quelque chose de plus. Ils sont pourtant prévenus par Kusang (Wolfe Morris), le lama, de la vanité de leur quête mais en vain. Val Guest déçoit volontairement en retardant, escamotant et en définitive annihilant les apparitions du monstre, sporadiques. Il l’enveloppe de mystère par les traces furtives qu’il laisse, la silhouette que l’on entrevoit ou les rares éléments de son corps qui nous apparaissent et provoque l’effroi des voyageurs. Lorsqu’il est frontalement face aux personnages, ces derniers sont surpris par les traits doux et intelligents de la créature, loin de la bête sauvage qu’ils sont venus traquer. 

Les protagonistes s’avèrent les vrais monstres en laissant l’environnement faire ressurgir leurs peurs les plus enfouies, et les faire se saborder eux-mêmes plutôt que par le monstre. Val Guest laisse habilement planer l’ambiguïté sur la cause indicible, concrète ou surnaturelle de cette folie. Les tenants réels ou spirituels de ces hauteurs enneigées et hostiles semblent refuser que leurs secrets soient révélés au monde, et tous les importuns en paieront le prix, de leur vie ou santé mentale comme le laissera entendre la fin ouverte. L’approche est donc très originale et prenante, même si de petites longueurs se font parfois sentir, que la transition entre vraies scènes d’extérieurs et décor studio n’est pas toujours très heureuse. On anticipe en tout cas là l’exploration des abîmes de l’âme humaine confrontée à l’inconnu qui brillera dans l’horrifique et paranoïaque The Thing de John Carpenter (1982).


 Sorti en bluray et dvd zone 2 français chez ESC

jeudi 9 décembre 2021

Le Chien des Baskerville - The Hound of the Baskervilles, Terence Fisher (1959)


 S’élevant dans les brouillards de Darmootor, Baskerville Hall se dresse fièrement dans les ténèbres. Son occupant, Charles Baskerville est retrouvé mort dans de mystérieuses circonstances. Sir Charles aurait été la victime d’une bête mortelle errant dans la campagne environnante : la “malédiction des Baskerville”. Imperturbable face à cette légende, l’héritier Sir Henry Baskerville décide d’accepter la succession de la famille, sous l’égide du célèbre détective Sherlock Holmes et de son associé le Dr Watson.

Le Monstre de Val Guest (1955) avait initié la mue de la Hammer vers le cinéma fantastique, confirmée avec Frankenstein s’est échappé (1957) et Le Cauchemar de Dracula (1958) qui révélaient en plus les aptitudes de Terence Fisher pour le genre et en faisait le réalisateur phare de la firme. Les atouts seront une relecture au goût du jour des grands mythes du cinéma fantastique à travers l’usage de la couleur (qui les différenciaient des productions Universal des années 30), un érotisme plus marqué et l’inventivité de l’imagerie gothique. Fort d’avoir lancé de futures fructueuses franchises autour de Dracula et Frankenstein, Hammer s’apprête à appliquer sa formule sur une autre icône à savoir Sherlock Holmes à travers cette septième adaptation (et première en couleur) de Le Chien des Baskerville de Arthur Conan Doyle. 

Le grand atout est bien sûr la tonalité gothique et surnaturelle exacerbée par rapport au principe plus « whodunit » du roman et notamment la brillante scène d’ouverture qui illustre les prémices de la malédiction des Baskerville. Violence physique et psychologique, atmosphère de luxure et décorum menaçant s’équilibre dans ce véritable morceau de bravoure introductif qui imprègne tout l’environnement des Baskerville d’une aura inquiétante qui sera plus diffuse dans la réalité de l’enquête. Fisher multiplie les jeux d’ombres, gros plans et contre-plongée pour accentuer l’aura maléfique de l’ancêtre Baskerville (David Oxley) tandis que l’on bascule dans une imagerie païenne trouble à travers cette poursuite dans des landes brumeuses, la découverte de cette crypte. Toute l’intrigue consiste à jouer sur l’impact de cette entrée en matière, rendre plus ambigus l’irruption d’éléments supposés fantastique et de les démonter progressivement au fil des déductions de Holmes (Peter Cushing). Le film est très fidèle au roman notamment par le fait de ne faire intervenir Holmes que tardivement, Watson (André Morell) menant longuement l’enquête. 

Peter Cushing compose un excellent Holmes, glacial et pince sans rire, dans la continuité de ses incarnations de Van Helsing avec cette même froide détermination (plus logique que mystique) face au mal absolu. Son charisme fait merveille et l’alchimie avec André Morell est parfaite. Hammer oblige, on peut regretter que l’ambiguïté sur une vraie menace surnaturelle ne soit pas plus poussée dans des amorces de situations pourtant très réussie mais rien n’égalera finalement la première scène. C’est parfois la faute au manque de moyen, notamment le climax dans la crypte qui perd de son impact car le décor a été exploré trop de fois tout au long du film. De plus le fameux chien des Baskerville est loin d’égaler dans son allure et même la manière de le mettre en scène les descriptions dantesques du roman.

Fisher excelle plutôt à exprimer l’anxiété, l’inquiétude indicible que sa seule évocation provoque, que ce soient les hurlements entendus dans le lointain où la terrer graduelle qui se lit dans le regard de ceux le sentant approcher. La réussite sans être totale contribue donc à affirmer un peu plus la patte naissante de la Hammer et l’on aurait pu espérer d’autres adaptations de Holmes avec la même équipe pour une nouvelle franchise mais le public sembler plus attacher à la veine plus explicitement fantastique du studio. Peter Cushing rejouera Holmes à la télévision dans les années 60 pour une série puis dans un téléfilm en 1984 (adaptant Le Masque de la mort) tandis que Terence Fisher hors Hammer signera Sherlock Holmes et le collier de la mort en 1964 (avec Christopher Lee en Holmes dont il jouera aussi le frère dans La Vie privée de Sherlock Holmes de Billy Wilder (1970)) sans égaler ce premier essai.

Sorti en bluray et dvd zone 2 français chez L'Atelier d'images