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mercredi 22 juillet 2026

Le Corsaire rouge - The Crimson Pirate, Robert Siodmak (1952)

Dans les Antilles, le capitaine Vallo, un corsaire, arraisonne un bateau rempli d’armes et de munitions qu’il veut vendre à El Libre, un rebelle. Ce dernier a une fille, Consuelo. Vallo décide contre l’avis de ses hommes, d’épouser la cause rebelle contre l'Espagne, puis Consuelo.

Le Corsaire rouge est une œuvre participant à la réinvention de la persona filmique de Burt Lancaster à l’écran. Révélé par Les Tueurs de Robert Siodmak (1946), Lancaster était associé à une figure dramatique du film noir avec les rôles qui suivraient dans Les Démons de la liberté de Jules Dassin (1947) ou Pour toi j'ai tué (1949) de Siodmak à nouveau. Même en sortant du registre du film noir, sa présence est associée à une figure tragique dans des mélodrames comme Ils étaient tous mes fils d'Irving Reis (1948). En 1948, Lancaster prend son destin en main en fondant sa société de production avec ses associés Harold Hecht et James Hill. Celle-ci va contribuer faire évoluer le registre de l’acteur et le type de projet le mettant en vedette. Ce seront notamment des films en couleurs à grand spectacle où le Lancaster triste et taciturne laisse place au gaillard viril, charismatique et au sourire éclatant notamment dans Vera Cruz de Robert Aldrich (1954). 

Cette refonte passe tout d’abord par le cadre du film d’aventures et le swashbuckler, couronné par le succès de La Flèche et le Flambeau de Jacques Tourneur (1950). Ce film fut aussi l’occasion de raviver avec un nouvel acteur l’esprit des grands films produit durant les années 30 et 40 avec un Errol Flynn souvent dirigé par Michael Curtiz. Le succès de La Flèche et le Flambeau va inciter à produire un second film dans cette veine qui sera Le Corsaire rouge. Si le film de Tourneur lorgnait sur Les Aventures de Robin des bois de Michael Curtiz, Le Corsaire rouge va plutôt chercher du côté de Capitaine Blood (1935) du même Curtiz, formidable film de pirates qui révéla Errol Flynn.

Au départ il y a un script de Waldo Salt, mais qui sera remanié par Roland Kibbee après que Salt aura eu été dénoncé pour communisme. Cependant, même sous ce registre léger et rigolard, il reste quelques traces du passage de Salt avec cette idée d’un peuple se soulevant contre les tyrans qui les exploitent. Tout comme La Flèche et le Flambeau, Le Corsaire rouge exploite le registre le plus solaire de Lancaster. Dans l’action, cela passe par la mise en valeur de ses incroyables aptitudes physiques dû à son passé de trapéziste. Si un Errol Flynn était tout en glissade et évitement, Lancaster fait montre d’une vélocité impressionnante le voyant s’agripper, enjamber, bondir telle une véritable force de la nature. Après les productions Warner des années 30, le studio Fox avait introduit la plus-value de la couleur et d’une certaine rigueur historique sur ce même créneau de l’aventure et du swashbuckler dans des films mettant en vedette Tyrone Power comme Le Cygne noir (1942).  

Le Corsaire rouge en conserve l’esthétique flamboyante mais l’emmène vers une pure tonalité de bande-dessinée s’affranchissant du réalisme. Le climax débordant d’inventions mécaniques farfelues et anachroniques en témoigne, tout comme la veine splapstick de certaines séquences d’action comme lorsque Lancaster provoque les soldats du gouverneur durant une longue course-poursuite déjantée. Il y a la volonté de reproduire la formule de La Flèche et le Flambeau, notamment par la présence de Nick Cravat en acolyte muet et déjà présent dans le film précédent. Ancien partenaire de scène de Lancaster, il renforce le côté cartoonesque par son jeu expressif (il n’était d’ailleurs pas muet mais caractérisé ainsi car son accent de Brooklyn trop prononcé détonait dans un film d’époque), la distanciation et la complicité qu’il entretient avec le public.

Le spectacle est donc indéniablement enlevé, mais il manque le soupçon d’émotion qui aurait pu nous emporter complètement. Le revirement moral du personnage de Lancaster, par amour et peut-être éveil social, est sans doute dilué par la réécriture et ne fonctionne pas totalement. Eva Bartok sans démériter n’a pas le chien d’une Virginia Mayo dans La Flèche et le Flambeau, et l’alchimie avec Lancaster est assez timide, le couple ne fait pas vraiment des étincelles. Le Corsaire rouge demeure néanmoins un vrai plaisir de divertissement, notamment par ses morceaux de bravoures spectaculaires. L’assaut final précédé d’une belle séquence sous-marine est incroyablement spectaculaire, Lancaster y alliant merveilleusement son jeu loufoque avec un dont physique sidérant, le tout efficacement filmé par Siodmak lui aussi assez neuf dans ce type de grand divertissement. Le « nouveau » Lancaster tout feu tout flamme était définitivement adopté, même si l’acteur aura l’intelligence de pervertir cette image dans des rôles à venir tels que Elmer Gantry de Richard Brooks (1960).

Disponible en bluray chez Warner

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