mardi 11 avril 2017
Qu'est-ce que maman comprend à l'amour ? -The Reluctant Debutante, Vincente Minnelli (1958)
The Reluctant Debutante sort la même année que Gigi et bien que plus mineur explore également dans un cadre européen la découverte de l'amour d'une jeune fille pour Minnelli. Le film adapte la pièce éponyme de William Douglas-Home jouée en 1955, l'auteur signant d'ailleurs également le scénario en collaboration avec Julius J. Epstein. Dans l'ensemble le film a bien du mal à se départir de cette origine théâtrale même si le raffinement des décors et les atmosphères chatoyantes - décors de Jean d'Eaubonne, costumes de Pierre Balmain entre autres - maintiennent néanmoins les standards esthétiques de Minnelli.
L'intérêt repose plutôt sur le propos du film qui mêle les traditionnels doutes parentaux face à l'émancipation sentimentale de leur enfant mais aussi une critique acérée de la haute société londonienne. Jane (Sandra Dee) américaine par sa mère rejoint son père anglais (Rex Harrison) à Londres et fait la rencontre de sa nouvelle épouse Sheila (Kay Kendall). Ces retrouvailles après deux ans amène une appréhension à la fois pour le père confronté désormais à une vraie jeune femme, et pour Sheila cherchant l'affection de sa belle-fille. La transition et les liens pourront ainsi se nouer grâce à la "London Season", rite de passage où les jeunes filles découvrent le monde à travers les bals, les rencontres avec les garçons de bonne famille (et futurs époux potentiels) et le tout sous le chaperonnage attentif de leur parents.
Même si l'on peut regretter que le film ne s'attarde pas plus dans le détail des différents codes de ce rituel, Minnelli en capture néanmoins avec humour le rythme effréné et harassant (particulièrement dur à suivre pour le père joué par Rex Harrison) mais aussi la répétition et l'ennui pour Jane. Le titre importe plus que la conversation dans les rapprochements espérés par les parents, le scénario moquant tout autant la vacuité des jeunes hommes (David Fenner et sa conversation ne dépassant pas les problèmes de circulation) que celle de la mère superficielle et ambitieuse jouée avec délectation par Angela Lansbury.
Sous la légèreté le propos s'avère tout de même assez cinglant. La simple rumeur suffit à disqualifier le modeste David Parkson (John Saxon) dans sa conquête de Jane quand l'ouvertement libidineux David Fenner (Peter Myers) est absout de tous ses actes, dont un moment assez dérangeant où il harcèle Jane sous le regard bienveillant de Sheila. Tout à sa légèreté, le film n'approfondit cependant pas assez (peut-être est-ce le cas de la pièce passée au lissage hollywoodien) ces aspects qui auraient pu donner plus de force dramatique à l'ensemble.
Le but ici est surtout d'offrir un divertissement pétillant mais si le charme et la fragilité de Sandra Dee opèrent, les moments de lourdeurs ne manquent pas (l'interminable scène nocturne dans l'appartement) et sorti de sa beauté ténébreuse, John Saxon (loin de ses futurs rôles de dur à cuire) est assez transparent et fait plutôt office de Louis Jourdan du pauvre. Cela en atténue les émois de l'héroïne et le dilemme amoureux face à un prétendant si terne. Pas un mauvais moment donc mais un Minnelli très mineur (mais resté assez populaire au point d'avoir son remake en 2003) tout de même.
Sorti en dvd zone 2 français chez Warner
samedi 16 août 2014
Mirage de la vie - Imitation of Life, Douglas Sirk (1959)
Cette figure de mère de multiples fois repoussée mais guidée par son instinct est des plus touchants, poursuivant sa fille de son amour jusqu’à ce que ses forces l’abandonnent pour un ultime échange poignant. Tout le contexte aura permis de comprendre à défaut d’accepter/approuver l’attitude de Sarah Jane et s’il est chuchoté, son dernier adieu à sa mère dans cette chambre de motel n’en est pas moins sincère.
mercredi 7 novembre 2012
Meurtre sans faire-part - Portrait in Black, Michael Gordon (1960)
Sheila (Lana Turner) est la femme d’un
homme riche et malade (Lloyd Nolan), qui s’est constitué une fortune
considérable. Fatiguée de partager sa vie avec cet homme cruel, elle
propose à David (Anthony Quinn), son amant mais aussi le médecin de son
mari, un plan machiavélique : tuer son époux et profiter ensemble de sa
richesse. .. Le plan marche à merveille jusqu’au jour où Sheila reçoit
la lettre d’un inconnu la félicitant de la perfection de son crime. Un
terrible chantage débute alors…
Le succès du mélodrame Peyton Place
(1957), en plus de relancer totalement la carrière de Lana Turner
contribua à refaçonner son personnage cinématographique aux yeux du
grand public. Malgré des rôles plus fouillés comme dans Les Ensorcelés (1953), on se souvient finalement surtout de la vamp blonde apparaissant en petit short blanc dans Le Facteur sonne toujours deux fois (1946) ou de la vénéneuse Milady qu'elle incarna dans Les Trois Mousquetaires (1948). Le triomphe de Mirage de la vie
de Douglas Sirk confirmera cette nouvelle image de Lana Turner en mère
de famille au sex-appeal plus retenu, mature et dépassée par les
évènements.
Le croisement de mélo et de film noir amène un certain embourgeoisement
de ce dernier avec une ambiance urbaine quasi absente (quelques courts
moments sur les docks ou dans les rues de San Francisco guère exploités)
pour se concentrer sur les tourments de personnages nantis. Sheila est
mariée depuis des années à un vieil armateur tyrannique (Lloyd Nolan)
mais mourant. Tombée amoureuse de Rivera (Anthony Quinn), le médecin de
son époux, elle vit dans l'attente de son trépas pour enfin vivre avec
l'homme qu'elle aime. Le départ prévu de Rivera à Zurich pour un nouveau
poste va les pousser à franchir le pas pour ne pas être séparés, tuer
le mari par un empoisonnement indétectable. Peu après les funérailles
pourtant un mystérieux maître chanteur va les empêcher d'enfin savourer
leur bonheur. L'intrigue criminelle s'orne de l'absence d'ambiguïté et
du côté plus direct du mélo dans la dramatisation.
En une unique scène, Lloyd Nolan interprète ainsi un terrifiant époux jaloux et autoritaire bien que cloué sur son lit. A l'inverse Lana Turner et Anthony Quinn font figure d'amants maudits soumis à l'influence du mari et la justification du crime est acceptée tout naturellement par le spectateur qui ne montre pas le couple adultère et meurtrier comme coupables mais victimes. Il en sera de même tout le film alors que tout d'eux s'enfoncent plus loin dans les ténèbres pour masquer leur méfaits initial, toujours plus oppressés par le destin que réellement maléfiques malgré les meurtres et manœuvres pour se débarrasser de cadavre gênant. Chacun des crimes est amenés de remarquable façon dans ce sens, un simple terrible échange de regard ainsi que la musique pesante de Frank Skinner annonce l'assassinat de l'époux gênant alors qu'une déchirante scène d'adieu a précédé, tout comme le rebondissement final arrive après une surprenante révélation. La galerie de seconds rôles accentue la paranoïa ambiante, entre le chauffeur accablé de dettes de jeu, la gouvernante asiatique taiseuse ou l'ancien associés du mari entreprenant avec la veuve.
Sur la forme la photo de Russell Metty fait preuve de sa flamboyance coutumière mais les teintes chaleureuse du mélo 50's s'orne d'élans sombres et baroques exprimant la culpabilité de notre couple. On pense à la scène où Lana Turner se réveille d'un cauchemar et que toutes les ombres de la pièce semblent s'abattre sur elle, de ces éclairages rougeoyant sur le visage d'Anthony Quinn caché dans sa voiture et aussi des amants de plus en plus plongés dans la pénombre durant leur échanges au fil de l'avancée du film. Le suspense fonctionne très efficacement et malgré quelques péripéties tarabiscotée (Lana Turner apprenant à conduire en cinq minutes et traversant tant bien que mal San Francisco et des autoroutes surplombant des falaises) cette dramatisation exacerbée est captivante, introduisant le rocambolesque du mélo dans la sécheresse du film noir. Le mélange prend oins quand on quitte Lana Turner et Anthony Quinn pour l'intrigue secondaire plus soap et peu passionnante de l'histoire d'amour entre Sandra Dee et John Saxon. Ces petits défauts sont largement rattrapés par une mémorable révélation finale qui rend pathétique autant que poignante tous les écarts franchis par les amants et teinte d'une ambiguïté plus prononcée le personnage d'une Lana Turner remarquable, Antony Quinn n'étant pas en reste (sa réaction quand il comprend le sens de ses crimes...). Belle réussite.Sorti en dvd zone 2 français chez Studio Canal



























