Bouffeur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que ça intéresse tout mes visionnages de vieilleries, coup de coeur et nanar potentiels. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau visionnage et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

Vous pouvez me contacter à justinkwedi@gmail.com et suivre le blog sur twitter à http://twitter.com/#!/JustinKwedi

Pages

Affichage des articles dont le libellé est Richard Anconina. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Richard Anconina. Afficher tous les articles

mardi 28 avril 2015

Police - Maurice Pialat (1985)

L'inspecteur Maugin fait la chasse aux petits trafiquants de drogue. Au cours d'une descente de police, il rencontre Noria, la petite amie d'un dealer, et tombe amoureux d'elle. Elle devient sa maîtresse et est désormais en danger de mort.

Après le succès de À nos amours (1983), Maurice Pialat éprouve le désir de réaliser un "film d'homme". Ces réussites au box-office vont lui permettre d'avoir un budget plus conséquent ainsi que de bénéficier d'un casting prestigieux, ici avec le couple que forment Gérard Depardieu (déjà dirigé dans Loulou (1980)) et une Sophie Marceau en train d'amorcer une carrière plus adulte. En dépit de ce confort, la préparation du film sera aussi chaotique que son tournage futur (brusquerie de Pialat envers Sophie Marceau, brouille avec Richard Anconina) dans une confusion typique de Pialat. Police devait être au départ l'adaptation d'une série noire américaine mais le réalisateur souhaite se détacher de la rigueur et des codes du polar pour un résultat plus spontané. Il dépêche donc son amie Catherine Breillat au scénario (ce qui est paradoxal pour un film voulut "d'homme") qui partant de la base du roman va construire une trame originale inscrite dans un contexte français mais aussi plus conforme à ses propres préoccupations.

Peu intéressée par le genre policier, elle effectuera néanmoins un rigoureux travail de recherche en accompagnant un ami avocat sur différentes affaires menées au commissariat. L'ensemble de Police reprend des pans entier de réelles situation auxquelles elle a assisté et notamment le personnage trouble de Noria incarnée dans le film par Sophie Marceau. Police est ainsi une œuvre assez schizophrène, partagée entre une vraie trame de polar au traitement documentaire assez inédit jusque-là, le côté sur le vif et improvisé cher à Pialat et une dimension romanesque surprenante apportée par Catherine Breillat qui l'éloigne du projet initial.

La première partie du film est un modèle du genre par sa rigueur et son réalisme. L'Inspecteur Mangin (Gérard Depardieu), à coup de roublardise, d'intimidation et d'interrogatoire musclé remonte la piste d'un trafic de drogue dont un des pontes est acoquinée à la mystérieuse Noria (Sophie Marceau). Tout dans ce segment du récit respire l'authenticité, notamment le sentiment d'attente au sein de ce commissariat autant dû aux lourdeurs administratives qu'à la volonté des policiers de faire mariner les suspects qu'ils cuisinent.

Là aussi les interrogatoires oscillent entre prise au piège du suspect voyant les preuves accablantes se cumuler et le mettre au pied du mur avec des explosions de violence qui font vaciller sa volonté. Sophie Marceau en fera les frais, poussée à bout par Pialat lors de sa scène d'interrogatoire où Gérard Depardieu lui assènent de vraies gifles. Une méthode assez radicale qui rend en tout cas le malaise visible à l'écran avec une séquence d'une intensité incroyable. Le monde de la rue est traité avec le même souci de véracité avec ces paumés ordinaires (Sandrine Bonnaire dans un petit rôle de prostituée) et cette première couche du grand banditisme ici évoquée avec des immigrants tunisiens.

Les limites semblent donc bien établies mais le personnage d'avocat de truands joué par Richard Anconina et son amitié avec Depardieu annoncent pourtant des frontières plus ténues en la loi et l'illégalité. Après la rigueur qui a précédé Pialat ose ainsi une seconde partie à la trame bien plus lâche où l'exploration des fêlures de ses personnages l'intéresse bien plus que le réalisme de sa trame policière. Tous les personnages reposent sur une dualité qui les rendent insaisissable et finalement humain, dépassant leur simple fonction de voyous ou policier. Mangin capable du machisme le plus balourd peut s'avérer un être vulnérable dont la sensibilité à fleur de peau explose lors d'une incroyable scène d'amour en voiture avec Sophie Marceau (dans son meilleur rôle et de loin). Cette dernière a sur le papier et par ses actes tous les atours de la femme fatale, mais la froideur de ses calculs et mensonges s'effondrent lorsqu'elle succombera à son tour sincèrement au charme rude de Depardieu.

Tous deux sont des paumés qui transcendent leurs archétypes par leur amour, Pialat osant les rebondissements les plus improbables en préférant nourrir la dimension romanesque du récit plutôt que son réalisme (la scène d'amour en plein commissariat). Donc même si Police est le modèle de nombre de polars "documentaires" à venir (L627 (1992) de Bertrand Tavernier, le référencé Polisse (2011) de Maïwenn) les successeurs s'avéreront bien plus rigoureux et le film de Pialat décevra si l'on est vraiment venu chercher cet aspect.

A l'inverse le mélodrame et le sentiment d'inéluctable emporte au final puisque même si les barrières sont floues, le rapprochement est impossible sous peine de basculer (Anconina, Depardieu comme Marceau étant chacun au bord du précipice). La conclusion ne résout rien et dresse un futur sombre entre solitude et mort en sursis (Noria sans doute rattrapée pour ses agissements) et fait du film un bref moment d'abandon où ce couple se sera autorisé à s'aimer, au-delà des lois du milieu.

Sorti en dvd zone 2 français chez Gaumont


lundi 27 octobre 2014

Le Choix des armes - Alain Corneau (1981)

Noël Durieux, un ancien truand, s'occupe désormais d'un haras avec sa femme Nicole. Mickey, un malfrat en cavale, trouve refuge chez lui, mais en le voyant discuter avec l'inspecteur Sarlat, il s'imagine que Noël l'a dénoncé...

Le Choix des armes vient conclure la série de grand polar d'Alain Corneau après les succès de Police Python 357 (1976), La Menace (1977) et Série Noire (1979). Alors que l'intrigue des précédents film reposait sur des ressorts de polar plus porté sur l'enquête, les indices et les rebondissements divers, Corneau souhaite procéder différemment avec Le Choix des armes. La trame s'inscrit ainsi dans une veine à la fois traditionnelle et moderne qui prend un tour de tragédie par cette opposition. Cela se traduit plus par un sentiment d'ensemble tout au long du film plutôt qu'un scénario volontairement linéaire. Le film confronte Noël Durieux (Yves Montand), ancien truand rangé au jeune chien fou Mickey (Gérard Depardieu). Les deux se croiseront lorsque Mickey en cavale avec un ancien acolyte de Durieux tente de trouver refuge chez ce dernier. Corneau les oppose dès la scène d'ouverture où le grain de folie de Mickey lors de l'évasion trouve son contrepoint au réveil paisible de Durieux, sa tendresse avec son épouse Nicole (Catherine Deneuve) et le calme de son haras.

 La nature imprévisible de Mickey et la réaction en retour de Durieux va les amener dans une spirale tragique où leur univers va voler en éclat. Corneau se place ainsi d'un côté dans la tradition du polar français classique avec amitié, code d'honneur et bandes ((et aussi tenue vestimentaire avec feutre et imperméable élégant) quand Montand fera appel à ses anciens acolytes pour traquer Mickey qui le menace. Tout se fait dans un silence entendu, avec méthode et précision pour remonter la piste (la demeure dévastée et cambriolée de Constantini) chez les gangster classique quand c'est le chaos permanent dans le parcours de Mickey qui enchaîne brutalité, menace et braquage sans aucune cohérence, restant miraculeusement en liberté. Depardieu pourtant déjà vu dans ce registre de jeune loubard parvient pourtant à se réinventer avec ce personnage incroyable. C'est un homme-enfant à l'allure de colosse guidé par un instinct de survie quasi animal, s'abandonnant totalement à la folie et à la violence lorsqu'il est menacé mais étonnamment touchant lorsqu'on daigne le prendre par le bon bout (la tête à tête avec Deneuve, les entrevues avec sa fillette). Une sorte de monstre aux pieds d'argile, aussi effrayant que vulnérable.

Cette opposition entre tradition et modernité s'exprime aussi bien sûr visuellement. Montand construit son personnage dans l'élégance et le raffinement du gentleman farmer quand Depardieu le regard fou, les cheveux en bataille et la démarche pataude ne dégage que l'anarchie. Le haras et son majestueux cadre naturel symbolise ainsi cette tranquillité bourgeoise de Durieux, à l'inverse de l'environnement urbain grisâtre et des barres de cité banlieusardes qui font là leurs premières apparitions dans le cinéma français (et les personnages de paumé qui vont avec comme Richard Anconina). Ce qui rejoint finalement les deux personnages et qui les perdra, c'est le recours à la violence et à la vendetta comme solution. C'est en traquant Mickey et en réveillant sa fébrilité que Durieux va rendre celui-ci d'autant plus menaçant pour lui, entraînant au terrible drame final.

Il le comprendra bien trop tard mais pourtant Corneau désamorce ainsi brillamment la confrontation finale attendue. Ce combat des générations aura pourtant bien lieu grâce au duo jumeau des personnages principaux. Gérard Lanvin en flic impulsif conduit également droit à la catastrophe les destinées de chacun, n'écoutant pas les paroles du vieux sage Michel Galabru dont les méthodes plus discrètes et pragmatiques montreront l'efficacité. Une relation amoureuse brisée conduit ainsi à un possible lien filial où nos deux héros se rejoindront pour un avenir meilleur dans une surprenante conclusion.

Sorti en dvd zone 2 français chez Studio Canal

Extrait