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mardi 28 avril 2015

Police - Maurice Pialat (1985)

L'inspecteur Maugin fait la chasse aux petits trafiquants de drogue. Au cours d'une descente de police, il rencontre Noria, la petite amie d'un dealer, et tombe amoureux d'elle. Elle devient sa maîtresse et est désormais en danger de mort.

Après le succès de À nos amours (1983), Maurice Pialat éprouve le désir de réaliser un "film d'homme". Ces réussites au box-office vont lui permettre d'avoir un budget plus conséquent ainsi que de bénéficier d'un casting prestigieux, ici avec le couple que forment Gérard Depardieu (déjà dirigé dans Loulou (1980)) et une Sophie Marceau en train d'amorcer une carrière plus adulte. En dépit de ce confort, la préparation du film sera aussi chaotique que son tournage futur (brusquerie de Pialat envers Sophie Marceau, brouille avec Richard Anconina) dans une confusion typique de Pialat. Police devait être au départ l'adaptation d'une série noire américaine mais le réalisateur souhaite se détacher de la rigueur et des codes du polar pour un résultat plus spontané. Il dépêche donc son amie Catherine Breillat au scénario (ce qui est paradoxal pour un film voulut "d'homme") qui partant de la base du roman va construire une trame originale inscrite dans un contexte français mais aussi plus conforme à ses propres préoccupations.

Peu intéressée par le genre policier, elle effectuera néanmoins un rigoureux travail de recherche en accompagnant un ami avocat sur différentes affaires menées au commissariat. L'ensemble de Police reprend des pans entier de réelles situation auxquelles elle a assisté et notamment le personnage trouble de Noria incarnée dans le film par Sophie Marceau. Police est ainsi une œuvre assez schizophrène, partagée entre une vraie trame de polar au traitement documentaire assez inédit jusque-là, le côté sur le vif et improvisé cher à Pialat et une dimension romanesque surprenante apportée par Catherine Breillat qui l'éloigne du projet initial.

La première partie du film est un modèle du genre par sa rigueur et son réalisme. L'Inspecteur Mangin (Gérard Depardieu), à coup de roublardise, d'intimidation et d'interrogatoire musclé remonte la piste d'un trafic de drogue dont un des pontes est acoquinée à la mystérieuse Noria (Sophie Marceau). Tout dans ce segment du récit respire l'authenticité, notamment le sentiment d'attente au sein de ce commissariat autant dû aux lourdeurs administratives qu'à la volonté des policiers de faire mariner les suspects qu'ils cuisinent.

Là aussi les interrogatoires oscillent entre prise au piège du suspect voyant les preuves accablantes se cumuler et le mettre au pied du mur avec des explosions de violence qui font vaciller sa volonté. Sophie Marceau en fera les frais, poussée à bout par Pialat lors de sa scène d'interrogatoire où Gérard Depardieu lui assènent de vraies gifles. Une méthode assez radicale qui rend en tout cas le malaise visible à l'écran avec une séquence d'une intensité incroyable. Le monde de la rue est traité avec le même souci de véracité avec ces paumés ordinaires (Sandrine Bonnaire dans un petit rôle de prostituée) et cette première couche du grand banditisme ici évoquée avec des immigrants tunisiens.

Les limites semblent donc bien établies mais le personnage d'avocat de truands joué par Richard Anconina et son amitié avec Depardieu annoncent pourtant des frontières plus ténues en la loi et l'illégalité. Après la rigueur qui a précédé Pialat ose ainsi une seconde partie à la trame bien plus lâche où l'exploration des fêlures de ses personnages l'intéresse bien plus que le réalisme de sa trame policière. Tous les personnages reposent sur une dualité qui les rendent insaisissable et finalement humain, dépassant leur simple fonction de voyous ou policier. Mangin capable du machisme le plus balourd peut s'avérer un être vulnérable dont la sensibilité à fleur de peau explose lors d'une incroyable scène d'amour en voiture avec Sophie Marceau (dans son meilleur rôle et de loin). Cette dernière a sur le papier et par ses actes tous les atours de la femme fatale, mais la froideur de ses calculs et mensonges s'effondrent lorsqu'elle succombera à son tour sincèrement au charme rude de Depardieu.

Tous deux sont des paumés qui transcendent leurs archétypes par leur amour, Pialat osant les rebondissements les plus improbables en préférant nourrir la dimension romanesque du récit plutôt que son réalisme (la scène d'amour en plein commissariat). Donc même si Police est le modèle de nombre de polars "documentaires" à venir (L627 (1992) de Bertrand Tavernier, le référencé Polisse (2011) de Maïwenn) les successeurs s'avéreront bien plus rigoureux et le film de Pialat décevra si l'on est vraiment venu chercher cet aspect.

A l'inverse le mélodrame et le sentiment d'inéluctable emporte au final puisque même si les barrières sont floues, le rapprochement est impossible sous peine de basculer (Anconina, Depardieu comme Marceau étant chacun au bord du précipice). La conclusion ne résout rien et dresse un futur sombre entre solitude et mort en sursis (Noria sans doute rattrapée pour ses agissements) et fait du film un bref moment d'abandon où ce couple se sera autorisé à s'aimer, au-delà des lois du milieu.

Sorti en dvd zone 2 français chez Gaumont


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