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lundi 27 avril 2015

L'Assassin - L'assassino, Elio Petri (1961)

Alors qu’il est en train de soigner sa coupe de cheveux, Alfredo Martelli, un antiquaire romain, voit débarquer chez lui une escouade de policiers qui l’accusent d’un crime sans même lui en expliquer la nature. Il est conduit au poste où il fait la connaissance d’un commissaire de police zélé qui semble persuadé de sa culpabilité. Alors que Martelli se plonge dans sa mémoire pour tenter de comprendre de quoi il pourrait être accusé, il apprend que sa maîtresse, à qui il doit toute sa fortune, a été assassinée la veille au soir, après qu’il lui ait rendu visite.

Dès ce premier film, Elio Petri affirme la cohérence de sa filmographie à venir. L’Assassin semble en effet être en tout point la matrice de l’œuvre maîtresse du réalisateur, Enquête sur un citoyen au-dessus de tout soupçon (1970). Dans ce dernier, Petri dépeignait une Italie cauchemardesque et corrompue en reflet des Années de Plomb où un Gian Maria Volonté était presque poussé par le système à se sortir impunément du meurtre qu’il avait commis. Le postulat est proche avec L’Assassin voyant l’antiquaire Alfredo Martelli accusé à tort du meurtre de son ancienne maîtresse et bienfaitrice Adagilsa (Micheline Presle) qu’il est le dernier à avoir vu vivante la veille au soir. Alors qu’il est arrêté interrogé et amené sur les lieux du crime, la narration en flashback nous révèlera peu à peu son innocence. Innocence pour ce crime effectivement, mais une culpabilité certaine pour son comportement répréhensible sur tout le reste.

On découvre ainsi un homme méprisable qui escroque son prochain noue des amitiés et amours par pur intérêt et qu’il est prêt à trahir lorsqu’une meilleur opportunité se présente. Martelli est une illustration de cette jeunesse du boom économique italien, laissant tout reposer sur le paraître et voulant tout, tout de suite et à n’importe quel prix. Martelli est un homme fourbe, opportuniste et séducteur qui a en plus honte de ses origines modestes (la scène où sa mère lui rend visite en ville). Pourtant tout détestable qu’il soit, c’est un innocent. Marcello Matroianni par sa prestation subtile réussit le miracle de rendre cet être attachant. Tout comme le remord et la rédemption de Gian Maria Volonté sera rendu impossible par un système vicié dans Enquête sur un citoyen au-dessus de tout soupçon, la culpabilité de Martelli semble inéluctable ici par une société pas encore débarrassée du souvenir de la Deuxième Guerre Mondiale et donc du régime fasciste. 

Le Commissaire Palumbo (Salvo Randone) est en âge d’avoir exercé ses fonctions durant le fascisme et sa manière de mener à charge son enquête rappellera les procédés arbitraires des régimes totalitaires (sous couvert de droiture morale) pour désigner un coupable idéal. Si le scénario relève un élément marquant sur la question (le grand-père de Martelli antifasciste convaincu au plus fort du régime), c’est surtout par le visuel qu’Elio Petri va exprimer cet héritage fascisant. L’ensemble du film relève du pur cauchemar kafkaïen où tous les éléments se liguent par l’absurde contre notre héros (l’épisode du chien ne devant pas aboyer pour signifier l’innocence de Martelli). L’atmosphère sera étouffante de bout en bout avec des cadrages serrés enfermant les personnages même dans les scènes d’extérieurs et n’en sera que plus étouffante dans la dernière partie en prison où ces choix esthétiques rendent l’ensemble d’autant plus tentaculaire.

Dans Enquête sur un citoyen au-dessus de tout soupçon, Gian Maria Volonté ne pouvait chuter tant il était l’étendard de tout un système complice dans sa corruption. Dans L’Assassin, l’Italie est à la croisée des chemins entre son passé fasciste, son présent froidement capitaliste et son futur sanglant fait de mafia et du sang des Années de Plomb. L’issue est donc forcément moins évidente et inattendue même si le scénario dessine déjà un clivage de classe (une femme issue de la classe aisée tuée par un parvenu). 

Petri dessine faussement une rédemption possible pour Martelli mais le redoutable épilogue fera plutôt comprendre qu’il est ressorti pire qu’il n’était de ses épreuves dans une chute qui annonce celle mémorable du Orange Mécanique (1971) de Stanley Kubrick. Un début de carrière magistral à peine entaché de petits défauts (le rythme patine un peu une fois que l’on arrive en prison) et portant en germe toutes les réussites à venir. 

Sorti en dvd zone 2 français chez Carlotta

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