Dévoreur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que cela intéresse tous mes visionnages de classiques, coups de coeur et curiosités. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau film et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère! Vous pouvez me contacter à justinkwedi@gmail.com, sur twitter et instagram

Pages

Affichage des articles dont le libellé est Chloë Moretz. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Chloë Moretz. Afficher tous les articles

samedi 24 août 2013

Kick-Ass 2 - Jeff Wadlow (2013)


L'audace insensée de Kick-Ass a inspiré une pléthore de vengeurs masqués autodidactes, le Colonel Stars & Stripes en tête, auxquels notre héros va s'allier pour patrouiller les rues de la ville et assurer la sécurité générale. Mais quand Red Mist, réincarné en Mother Fucker, décide de s'attaquer à ces super-héros amateurs, seuls les sabres acérés de Hit Girl sauront les sauver de la destruction.

 Ayant longtemps fait figure de réussites occasionnelles - Superman (1978) de Richard Donner, les Batman (1989, 1992) de Tim Burton -, le film de super-héros s’est imposé durablement dans le paysage cinématographique au cours des années 2000, au point de devenir quasiment un genre en soi. Tout cela entraîne une standardisation et des codes bien établis où la surprise est désormais rare sur ce type de films aux constructions identiques (une heure sur les origines et vocation héroïque liée à un trauma quelconque). Dans ce contexte, Kick-Ass (2010) avait amené un sacré vent de fraîcheur en croisant imagerie comic book et réalisme. On avait donc un héros adolescent qui enfilait le costume plus pour tromper son ennui que par vertu héroïque, se confrontant douloureusement à une vraie violence urbaine. Parallèlement, les vrais super-héros s’avéraient d’impitoyables vigilantes avec le duo Big Daddy / Hit Girl, provoquant un sentiment contrasté où le ludisme BD côtoyait une critique des dérives de cette forme de justice dans une esthétique détonnante.

Matthew Vaughn quitte son fauteuil de réalisateur pour celui de producteur et laisse place à Jeff Wadlow - auteur d’un très divertissant décalque de Karaté Kid (John G. Avildsen, 1984), Never Back Down (2008) -, mais cette suite est tout aussi réussie. Après les événements du premier volet, Dave (Aaron Johnson) a rangé le costume de Kick-Ass tandis que Mindy / Hit-Girl a été adoptée par le meilleur ami de son père qui souhaite lui faire oublier son ancienne carrière de justicière en herbe. Le film propose la même opposition / décalage entre monde réel et comics mais dans une optique différente.

Kick-Ass montrait que cet héroïsme costumé était impossible à prolonger dans le monde réel sans se brûler les ailes, les exploits « cool » de Hit Girl et Big Daddy trouvant leurs conséquences tragiques lors de la conclusion. Le message est différent ici, le super-héroïsme est un sacerdoce et s’y engager pour de mauvaises raisons ne rime à rien. Dave va ainsi reprendre sa lubie Kick-Ass et constater qu’il a suscité quelques vocations avec des rues envahies de quidams masqués qui vont former une équipe pour rendre la justice. Entre l’ancien homme de main de la mafia ayant vu la lumière (Jim Carrey génial en treillis accompagné de son berger allemand quoique légèrement en retrait) et parents ayant perdu tragiquement leur enfant, la nature de super-héros paraît plus un exutoire qu’une vraie mission.

À l’inverse, la vraie super héroïne Hit Girl redevient Mindy et tente de fuir cette violence pour mener une existence d’adolescente normale mais chassez le naturel… On a ainsi un univers de super-héros dont tous les codes sont constamment ramenés à leur facette la plus triviale (la super base étant un simple sous-sol de bar par exemple) et à l’inverse une vraie héroïne dont les aptitudes sont inutiles dans l’impitoyable monde du lycée. Le film détourne d’ailleurs habilement les codes des teen movies au féminin façon Clueless (Amy Heckerling, 1995) ou Lolita malgré moi (Mark Waters, 2004) avec une Hit Girl se vengeant radicalement des mesquineries des pimbêches maquillées. Comme dans le premier épisode, cet héroïsme naïf aura ses conséquences, le méchant Red Mist (Christopher Mintz-Plasse) se réincarnant en Motherfucker et usant de sa fortune pour recruter une horde de malfrats psychotiques. Kick-Ass 2 ne questionne plus la nécessité du super-héros mais ce qui le définit.

Les sacrifices et les pertes révèleront donc à Hit Girl et Kick Ass que c’est là que reposent leur vraie nature et identité, tous les autres personnages s’y engouffrant pour assouvir leurs pulsions ou combler un manque. Le décalage cesse alors et le film ose enfin s’abandonner à l’exubérance et l’excès comic book. La galerie de « vilains » est impressionnante avec une Mother Russia à la violence dévastatrice et qui offrira un climax d’anthologie face à une Hit Girl ayant trouvé une adversaire à sa mesure. La violence extrême et la tonalité trash de la BD de Mark Millar étaient impossibles à retranscrire (et assez vaines dans leur excès) mais comme dans le premier volet, les débordements se font néanmoins plus corsés que le tout-venant, accentuant le côté rock’n’roll et sulfureux associés à Kick-Ass. Le cheminement paraît arrivé à son terme au bout des deux films, Kick-Ass et Hit Girl ayant compris les raisons les poussant à se déguiser la nuit venue. C’est leur raison d’être et en cas de succès, il ne serait pas étonnant de les voir poursuivre leur mission dans un attendu troisième volet.

 En salle en ce moment
 

jeudi 26 janvier 2012

Kick-Ass - Matthew Vaughn (2010)


Dave Lizewski est un adolescent gavé de comics qui ne vit que pour ce monde de super-héros et d'incroyables aventures. Décidé à vivre son obsession jusque dans la réalité, il se choisit un nom – Kick-Ass – se fabrique lui-même un costume, et se lance dans une bataille effrénée contre le crime. Dans son délire, il n'a qu'un seul problème : Kick-Ass n'a pas le moindre superpouvoir...

Phénomène récurrent dans le monde des comics, la mise en abîme de la figure du super héros a gagné le cinéma après dix ans de domination sans partage au box-office. Le mouvement avait été lancé l’an dernier avec l’excellent (et décrié par les geeks puristes) Watchmen de Zack Snyder. Ce dernier n’avait qu’un seul vrai défaut, la fidélité absolue au matériau d’origine qui plaçait l’intrigue dans un univers parallèle, plongé dans la Guerre froide et donc bien éloigné de nos préoccupations actuelles. Un défaut et une qualité en fait, puisqu’il conférait à l’œuvre ce fascinant aspect métaphysique et réflexif, sortant des sentiers battus du blockbuster.

 Matthew Vaughn prend totalement le chemin inverse avec Kick-Ass, objet pop et référentiel bien de son époque. Si on ne sait pas encore comment le film vieillira, ici et maintenant c’est clairement une des prodctions récentes les plus réjouissantes. Kick-Ass est tout d’abord l’adaptation d’un comics de Mark Millar. Scénariste remarqué pour son travail au sein de Marvel, il a bouleversé pour le pire et le meilleur les comics de ces dernières années. On retrouve dans ses titres les plus personnels un goût prononcé pour la violence, les personnages extrêmes et la provocation gratuite et juvénile. Tous ces éléments s’agençaient formidablement dans Wanted, reconstruction trash et bourrée d’humour noir d’un univers super héroïque parallèle (où les tueurs à gage ont supplanté les super héros). Le film qui en fut tiré en 2008 ne pouvait suivre les mêmes traces et donna au final un ersatz amusant et inoffensif de Matrix et Fight Club, bien éloigné du nihilisme de la version papier.

Pas de risque de ce côté-là avec Matthew Vaughn qui dut batailler et produire lui-même dans un premier temps ce Kick-Ass face au refus des studios. Par conséquent, le film garde la patine divertissante et fun du blockbuster, tout en se permettant des écarts de violence et de ton rarement vus dans un spectacle grand public. Le début offre un joyeux détournement des situations et dialogues les plus fameux des films de super héros. Le générique d’ouverture parodie ainsi quelques notes du célèbre thème de Superman sur fond de ciel nuageux. Ce sera ensuite le Spider-Man de Sam Raimi qui sera repris et moqué à la fois.

 Face au cliché du traumatisme dramatique motivant la vocation de héros, nous sommes ici face à un simple adolescent, malingre et complexé, cherchant à tromper son ennui en se voyant plus beau qu’il n’est par ce moyen d’évasion. Un parti pris bien plus empathique avec le lecteur de comics donc, qui s’y identifiera bien plus qu'aux sentiments chevaleresques déployés habituellement. Vaughn retraduit sans détour les élans les plus extrêmes de Millar, tant dans le côté ludique que sombre. Ainsi la première expédition justicière du héros après une amorce de comédie se conclut avec une violence qui nous ramène brutalement à la réalité.

 C’est paradoxalement avec les personnages les plus délirants que le film glisse progressivement vers une tonalité plus grave. Le duo de héros père et fille Big Daddy/Hit Girl offre ainsi une vraie tendresse sous l'aspect décalé. Nicolas Cage, singeant le jeu d’Adam West (interprète de Batman dans la série parodique des années 60) est aussi hilarant qu’émouvant en père attentif, bien qu’il ait fait de sa toute jeune fille le bras armé de sa vengeance. Cette dernière est jouée par la charismatique Chloé Moretz (déjà vue en ado mature étonnante dans 500 jours ensemble) qui crée instantanément un personnage culte avec sa Hit Girl. La jubilation est de mise face à cette gamine qui trucide à tour de bras les truands les plus coriaces sur fond de Joan Jett, en balançant des répliques "badass" tout en gardant son espieglerie enfantine.

 A la manière d’un Tarantino, l’équilibre est ténu mais cette relation filiale porte réellement l’aspect dramatique (et héroïque) du film. Elle emmène aussi progressivement l’intrigue plus légère concernant Dave/Kick-Ass (Aaron Johnson tout en fragilité est très bon également) sur ce même terrain plus sérieux. Les émotions se bousculent ainsi lors de la dernière partie où culmine le combat des héros avec le mafieux redoutable joué par Mark Strong. Les aspects finalement faussement parodiques et outrés qui ont précédé nous auront grandement attachés aux personnages. Matthew Vaughn qui avait si bien su mêler distanciation et émotion à fleur de peau dans son formidable Stardust parvient à un meilleur résultat encore. Ses intentions se dévoilent lors de la scène clé du film, un formidable morceau de bravoure héroïque réarrangé pour la génération myspace. Il y mélange filmage classique, vision de jeu vidéo FPS et images youtube dans un crescendo dramatique saisissant, porté par un montage parfait. D’amusante, Hit Girl devient soudainement poignante de courage et Dave dépasse les préoccupations superficielles adolescentes pour accéder à la figure de héros.

 Matthew Vaughn réalise là un film bien de son temps (les références à la culture populaire du moment pleuvent), profondément ancré comics (l’ensemble est particulièrement flashy, décors comme costumes) mais dont la force narrative et émotionnelle peut rassembler autant les geeks que les non initiés. Périssable peut-être, le temps nous le dira mais ici et maintenant, Kick-Ass est presque un grand film.

Sorti en dvd zone 2 français chez Metropolitan

samedi 6 novembre 2010

(500) jours ensemble - (500) Days of Summer, Marc Webb (2009)



Tom (Joseph Gordon Lewitt) croit encore en un amour qui transfigure, un amour à la destinée cosmique, un coup de foudre unique. Ce qui n'est pas du tout le cas de Summer. Cela n'empêche pourtant pas Tom de partir à sa conquête, armé de toute sa force et de tout son courage, tel un Don Quichotte des temps modernes. La foudre tombe le premier jour, quand Tom rencontre Summer (Zooey Deschanel) la nouvelle secrétaire de son patron, une belle jeune fille enjouée. 

Un garçon tombe amoureux de la fille de ses rêves, et malgré tout ces efforts ses sentiments ne parviendront jamais à être tout à fait réciproque. Une histoire ordinaire racontée de manière extraordinaire voilà ce que se propose de raconter Marc Webb avec son premier film.

This is not a love story. This is story about love. 

La note d’intention donne le ton et effectivement Marc Webb use de tout les artifices à disposition pour narrer cette relation amoureuse en long en large et en travers : la première rencontre, les tentatives d'approche laborieuse, l'euphorie après la première nuit, le bonheur quotidien, la lente désagrégation finale, la déprime et les faux espoirs de reprises... La naissance de l'amour, les hasards et coïncidences menant à son épanouissement ou sa déliquescence, c'est le grand mystère que cherche à illustrer cette histoire. L’un des atouts majeurs et rarissimes dans ce type de film sentimental, c’est d’adopter le point de vue du garçon qui offre la facette fleur bleue du couple tandis que la fille adopte une attitude plus détachée.

Joseph Gordon Lewitt est absolument parfait de justesse et d'émotion, l’empathie est maximale pour les hauts et les bas qu’il rencontre tout au long de l’histoire. Zooey Deschanel en objet de désir inaccessible et idéalisé est parfaite de charme, de candeur et d'esprit. La quête désespéré de son coeur par Tom n'en prend que plus de sens tant Zooey Deschanel (Marc Webb aurait choisit spécifiquement ses objectifs pour pouvoir mettre en valeur ses grands yeux bleus) est supposée incarner un idéal de fiancée ingénue. Elle y parvient et se créé une image qui la suit jusque dans sa carrière musicale dans son groupe She and Him.

Webb saisit tout cela dans un tourbillon pop, ludique et un peu triste débordant d'invention. La séquence où Deschanel aborde Lewitt dans l’ascenseur en fredonnant un fameux titre des Smiths est irrésistible, la séquence de comédie musicale jubilatoire après le premier soir, la sortie au magasin Ikea également Webb construisant des instants personnels et universels à la fois dans la construction de l’intimité et complicité du couple. La narration déconstruite (qui peut rappeler pour les connaisseurs la géniale sitcom How I met your mother) passant de la passion dévorante des débuts aux abîmes de désespoirs de la fin est très réussie notamment un montage parfait (le moment où le héros monte dans l’ascenseur plein d’entrain et sourire béat pour en ressortir la seconde suivante et quelques mois plus tard la mine défaite) dans sa gestion des va et viens temporels.

C’est pourtant quant il use de ses artifices à des fins purement dramatiques que le film touche définitivement au cœur. En témoigne une mémorable séquence (sans doute la plus marquante) où lors d’un ultime rendez-vous avec Summer, l’écran se divise en splitscreen présentant la réalité (et son issue douloureuse) et les attentes du héros pour la soirée, le fossé de plus en plus grand entre les deux provoquant un effet bouleversant. Le film n’est pas sans défauts notamment les clichés d’un cinéma indé américain type Little Miss Sunshine dont il ne se départit pas complètement comme la bande son rock indé (mais bon un film avec les Pixies, les Smiths et Belle and Sebastian qui s’en plaindra?) ou la petite sœur (jouée par Chloé Moretz starifiée cette année avec l’excellent Kick Ass) de 11 ans apprentie conseillère matrimoniale.

Le film évite de finir sur une note trop négative avec un ultime échange salvateur où des vérités douloureuses sont dites (j’ai su avec lui ce dont j’avais toujours douté avec toi terrible à entendre) afin que le héros puisse passer de l’été à l’automne de sa vie amoureuse. Un des meilleurs films sentimentaux vu ces derniers années avec le diptyque Before Sunrise/Before Sunset (encore meilleur bien que plus naïf) de Richard Linklater dont devrait reparler par ici.

Disponible en dvd zone 2 français chez Fox