Dévoreur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que cela intéresse tous mes visionnages de classiques, coups de coeur et curiosités. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau film et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère! Vous pouvez me contacter à justinkwedi@gmail.com, sur twitter et instagram
Le film se déroule en 1900, au large de San
Francisco. Les circonstances réunissent sur un voilier chasseur de
phoques, le Ghost, un pickpocket poursuivi par la police, une
délinquante, évadée d'un bagne de femmes, et un écrivain. Le navire est
dirigé par le terrible capitaine « Wolf » Larsen qui exerce une autorité
implacable sur un équipage de repris de justice, mais est la proie de
ses propres démons. Les morts violentes se succèdent et la situation à
bord devient critique : qui réussira à quitter vivant le navire ?
Le Vaisseau fantôme est une magnifique adaptation du roman Le Loup des mers
de Jack London publié en 1904. Jusque-là le récit maritime avait pour
Michael Curtiz rimé avec les films d'aventures d'Errol Flynn (Capitaine Blood (1935), L'Aigle des mers
(1940)) qui sous le panache n'étaient pas dénués de certains vrais
moments de noirceurs. Le récit de Jack London va lui permettre d'aller
plus loin dans cette direction, notamment à travers les choix
d'adaptations de Robert Rossen qui en signe le scénario. Jack London à
travers la figure du terrifiant Wolf Larsen (Edward G. Robinson)
cherchait à fustiger la théorie du surhomme de Nietzsche ainsi que
l'application frontale de la sélection naturelle de Darwin, par la
domination physique et psychologique qu'impose Larsen à son équipage -
et représenté par les lectures de sa bibliothèque dans le film. Avec le
contexte politique d'alors, Robert Rossen semble davantage avoir orienté
cet aspect vers une réflexion sur le totalitarisme l'hitlérisme.
Le
film n'est plus seulement un duel psychologique et intellectuel entre
Larsen et l'écrivain Van Weyden (Alexander Knox) comme dans le livre,
mais met tout autant en avant George Leach (John Garfield) et Ruth
Webster (Ida Lupino) qui y tenait un rôle plus secondaire. Van Weyden
fait office d'observateur quand Leach et Ruth s'inscrivent d'abord
naturellement parmi les damnés de la terre qui forment l'équipage avant
par leur rapprochement de représenter des symboles de rédemption, de
renouveau. Cela est appuyé par leur passé chaotique fait d'avilissement,
de solitude, de séjours en prison qui fait de cette honte et
ressentiment envers le monde des proies faciles pour Larsen qui se
nourrit des faiblesses de son équipage pour les dominer - avec quelques
saisissants moments de cruautés, le destin tragique du docteur déchu,
Ida lupino démasquée. Puis la symbolique de la transfusion sanguine de
Leach pour sauver Ruth va façonner un autre lien, celui de l'espoir et
de l'amour pour les deux protagonistes.
Ce côté romanesque ajoute à l'attrait du film et le rend moins sombre et
désespéré que le livre, d'autant que Michael Curtiz l'enrichit d'une
vraie dimension formelle et spectaculaire. Les effets de brumes
(somptueuse photo de Sol Polito) durant les séquences maritimes
débouchent sur d'impressionnantes collisions de navires, tout en faisant
sens métaphoriquement. La brume où se tapissent les navires correspond
aussi à la nature de parias voulant se dissimuler de la société, mais
c'est aussi cette même brume qui obscurcit la vue de Larsen lors de ses
crises de migraine, manière de se voiler la face devant ce qu'il est
réellement.
Son sentiment de toute-puissance masque une peur du monde et
des autres, qui n'est rassurée qu'en divisant et piétinant les plus
faibles. L'analogie avec l'hitlérisme fonction, tout comme celle avec le
capitalisme si l'on connaît l'engagement de gauche de Robert Rossen (et
de John Garfield souvent dans cet emploi de prolo rebelle). Michael
Curtiz mène tout cela avec l'efficacité qu'on lui connaît, bien aidé par
une prestation assez fabuleuse d'Edward G. Robinson, sorte d'ogre aux
pieds d'argiles à la fois très intimidant et finalement assez
pathétique. L'aspect huis-clos psychologique est assez frappant sorti de
quelques morceaux de bravoure et ennemis invisibles, le navire Ghost
est donc avant tout un espace mental, un enfer flottant qui nous noie où
duquel on est capable de s'extraire. Une nouvelle belle réussite de
Curtiz.
Sorti en bluray Warner zone free et doté de sous-titres anglais
La lutte de Juarez contre l'empereur Maximilien de Habsbourg impose par Napoleon III au Mexique.
Juarez est le troisième film de la
fructueuse collaboration entre William Dieterle et l'acteur Paul Muni
qui s'associent durant la fin des années 30 sur plusieurs biopics
prestigieux. La Vie de Louis Pasteur
(1936) avait initié le cycle avec succès commercial et récompenses
prestigieuses à la clé (Oscar du meilleur acteur pour Paul Muni, ainsi
que de la meilleure histoire et du meilleur scénario), suivi de La Vie d'Émile Zola
(1937) tout aussi bien accueilli avec des Oscars du meilleur film, du
meilleur scénario et du meilleur second rôle masculin. Le projet de
Juarez est pensé dès 1935 par le producteur Hal B.Wallis qui le
concrétisera grâce au ticket gagnant Dieterle/Muni qu'il engage bien sûr
pour le mettre en œuvre. Le scénario coécrit par Æneas MacKenzie (pour
le premier jet), John Huston et Wolfgang Reinhardt (pour les révisions)
s'inspire, en dehors bien sûr des éléments historiques réels, de deux
sources pour son orientation, la pièce Juarez and Maximilian de Franz Werfel et le roman The Phantom crown
de Bertita Harding. Comme toujours dans les productions historiques de
Hal B. Wallis, la volonté de véracité aux faits est fondamentale et dans ce
souci de rigueur, il traversera le Mexique en août 1938 avec William
Dieterle, visitant le musée national de Mexico (où sont entreposés
effets et correspondance de Benito Juarez), explorant plusieurs petites
villes théâtres de certaines batailles. Paul Muni croisera même durant
le périple un vieillard de 116 ayant combattu aux côtés de Juarez et qui
lui donnera de précieux renseignements sur son attitude, sa gestuelle.
L'acteur poussera d'ailleurs loin cette volonté de mimétisme physique
avec un impressionnant maquillage offrant une remarquable ressemblance
avec son modèle et nécessitant trois heures de travail, au point
d'irriter Jack Warner ne pouvant même pas exploiter l'image de sa star
pour la promotion.
Le film d'une grande fidélité historique s'ouvre sur un moment-clé de
l'histoire du Mexique. Avec la victoire des nordistes durant la guerre
de Sécession américaine, l'empereur Napoléon III (Claude Rains) qui
espérait celle des sudistes voit ses intérêts menacés dans ses desseins
de conquête du Mexique. Pour destituer le président républicain en place
(et rédacteur de la constitution républicaine) Benito Juarez (Paul
Muni), il décide d'installer un souverain européen en la personne de
Maximilien de Habsbourg (Brian Aherne). Dès ces premières minutes le
côté didactique et rigoureux se ressent dans la mise en place aisément
compréhensible du contexte, dans l'explication de certaines subtilités
politiques. Ainsi le référendum factice servant à installer Maximilien
est mis en place pour contourner la doctrine Monroe, spécificités de la
politique étrangère américaine interdisant toute intervention européenne
dans les affaires « des Amériques » (Nord et Sud). Par la suite, tout
le film sera un long parallèle à distance entre Maximilien et Juarez
dans la conquête du pays. D'ailleurs le titre a beau être Juarez (le titre français de l'époque Juarez et Maximilien
étant plus justifié), ce dernier en termes d'importance et même
d'intérêt dans le récit est assez trompeur. Le Juarez incarné par Paul
Muni est bien trop parfait, stoïque et sentencieux pour susciter
l'empathie du spectateur quand Maximilien vulnérable et pétri de
contradictions s'avère bien plus intéressant.
Cette différence est en
partie voulue par le scénario afin de tracer une opposition
intéressante. Juarez par ses origines pauvres, son ethnie indienne et le
fait de s'être élevé à la force du poignet, ressemble au peuple qu'il
gouverne, ne se place pas au-dessus d'eux et recherche l'égalité des
droits dans sa république. Maximilien possède une prestance innée dû à
son ascendance noble, des traits presque angéliques qui lui confère
l'aura de divinité du monarque et subjugue ses interlocuteurs. Cependant
de manière paradoxale tout le film ramène le supposé surhomme
Maximilien à son humanité quant à l'inverse Juarez l'homme du peuple
s'orne d'un charisme surnaturel, d'une éloquence et autorité, d'une
confiance quasi omnisciente sur la tournure des évènements. Si ce
schisme est passionnant, il détache totalement Juarez et sa cause juste
du spectateur en ne lui montrant strictement aucune faille. Les péons
ont beau avoir la possibilité de s'adresser à lui spontanément et en
égaaux, il les écrase plus qu'il ne les convainc de son savoir et c'est
davantage le contexte social bien posé du script qui justifie son
action. Le parallèle rend plus touchants la dévotion et l'échec de
Maximilien que les réussites hypertrophiées (même si sans doute
justifiées historiquement) de Juarez tel ce moment incroyable où il
pétrifie du regard les gardes du dissident Uradi (Joseph Calleia) prêts à
le fusiller.
La différence entre le disgracieux mais pragmatique Juarez et le beau
mais naïf Maximilien se justifie par le rêve entretenu par le second, et
l'ambition concrète visée par le premier. Cela passe par le décor où
toutes les scènes (de réunions, de réflexions...) de Juarez se déroulent
dans des espaces restreints, à l'éclairage diffus, ses voyages ne se
font que par des moyens limités, tout cela le plaçant au cœur du peuple
et de ses préoccupations. Tout le faste hollywoodien se déploie au
contraire pour magnifier Maximilien, l'arrivée au Mexique, la scène de
couronnement grandiose et les déambulations dans le somptueux décor du
palais servant un monarque qui par là même ne comprend pas forcément les
attentes de ses sujets. Les aspirations profondes des deux figures
ne sont pourtant pas si éloignées comme le montrera la belle joute
verbale à distance où Maximilien voit un avantage à ses préceptes nobles
pour diriger le pays sans aspirations personnelles quand Suarez voit
justement dans la démocratie toute l'impartialité du dirigeant
entièrement soumis au peuple.
Cet élément fondamental les différencie
alors qu'une même volonté de servir les plus démunis les animent comme
le montreront plusieurs scènes. Mais le problème reste le même à
l'échelle du film, c'est sentencieux et froid dans les réussites de
Juarez et vibrant et touchant dans les échecs de Maximilien. C'est
vraiment lui qui inspire les plus beaux instants de lyrisme du film,
notamment par le rôle modeste en temps de présence mais essentiel dans
la caractérisation de Carlota (Bette Davis) impératrice et épouse. Bette
Davis traversait à ce moment une passe difficile, fraîchement divorcée
au début de la production et souffrant d'une pleurésie qui écourte voire
annule certaines journées de tournage. Cet état de fébrilité n'en rend
que plus intense son interprétation de Carlota, support fragile de
Maximilien mais à la raison vacillante quand les évènements tourneront
mal. La scène où elle perd l'esprit en appelant son époux et se perdant
dans le noir, le montage alterné entre sa folie manifeste face à la
lumière d'une fenêtre et l'exécution de Maximilien, tout cela déploie de
grands moments de mélodrames où le style de Dieterle fait merveille.
Le triomphe de Juarez ne trouve une certaine emphase que lors de la
conclusion, non plus en contrepoint mais en mimétisme amer de la
faillite de Maximilien une nouvelle fois montré comme tristement
romantique et chevaleresque jusqu'au bout quand Juarez "s'excuse"
d'avoir fait primer la raison d'état - et ne devient grand, ne s'humanise qu'en découvrant enfin à son tour le regret et le doute. Un biopic très intéressant donc
même dans ses imperfections, et où le "héros" n'est pas celui que l'on
croit.
Johnnie Bradfield, un champion de boxe,
est injustement accusé du meurtre d’un journaliste. Le coupable, son
manager, s'enfuit avec sa voiture et sa petite amie. Alors qu’ils sont
poursuivis par la police, ils ont un accident et sont retrouvés
carbonisés. Pris pour mort et mal conseillé, Johnnie décide de
disparaître et part sur les routes pour échapper aux éventuelles
poursuites. Après avoir traversé tous les États-Unis, il fait une halte
en Californie dans un "camp de redressement" pour jeunes délinquants.
Les
talents de Busby Berkeley ne se limitaient pas à la comédie musicale,
en témoigne ce joli film où à un clin d'œil près (la scène où le héros
est arrosé et qu'un des gamins sifflote l'air de By the waterfall entendu dans Prologue (1933)) on se trouve dans plaisant mélodrame. Le film est le remake de La Vie de Jimmy Dolan
(1933) de Archie Mayo et participera à l'ascension de John Garfield
dont c'est seulement le deuxième film. Il incarne ici un champion de
boxe fraîchement vainqueur et se parant d'une vertu et innocence aux
yeux de la presse, un fils à maman se tenant éloigné des tentations du
succès.
Une façade qui va éclater lorsque la réalité le révèle coureur,
buveur et arrogant. La supercherie est sur le point d'être dévoilée par
un journaliste dont il sera injustement accusé du meurtre. Les
circonstances le font passer pour mort mais néanmoins coupable et il est
désormais condamner à errer dans l'anonymat et sans le sous. John
Garfield impose déjà son authenticité et charisme avec ce anti-héros
cynique et individualiste. On appréciera la justesse avec laquelle sa
désinvolture s'atténue et participe à sa rédemption, d'abord par la
crainte d'être reconnu puis ensuite pour défendre enfin une autre cause
que la sienne.
Ce sera celle des gamins d'une maison d
redressement et de leur responsable Peggy (Gloria Dickson). La groupe
d'adolescent est joué par la troupe des Dead End Kids, révélée par le Dead End
(1937) de William Wyler et très célèbre alors. Leur énergie et gouaille
apporte un répondant idéal à John Garfield, toute les scènes montrant
l'apprivoisement commun créant un lien bien plus attachant que la
romance très convenue avec Gloria Dickson (qui au départ semble avoir un
vrai répondant avant d virer à l'amoureuse transie).
C'est reflet
inversé de la première partie où tous les proches de Garfield étaient
des sangsues prêtes à le lâcher à la première déconvenue et justifiant
presque son individualisme. Là malgré la progression convenue du récit
on vibre néanmoins à l'empathie et compassion naissante de Garfield pour
ses garnements auxquels il va peut-être sacrifier son secret. Un bon
moment dont on regrette juste la sobriété excessive de Busby Berkeley,
le rythme et les dialogues percutant son là mais la mise en scène est
anonyme. Sans attendre la folie de ses comédies musicales on pouvait
espérer plus d'inventivité notamment lors des combats de boxe.
Sympathique néanmoins même si l'incarnation suivante d boxeur de John Garfield sera autrement plus mémorable dans Sang et Or (1947) de Robert Rossen.
A la veille d'un match truqué, le boxeur Charlie Davis est assailli par le souvenir d'un certain "Ben". Troublé, il se rend chez sa mère qui le repousse puis visite une chanteuse de cabaret. Dans le vestiaire, toujours sous le choc, il tente de recouvrer ses esprits et repasse en revue sa carrière.
Body and Soul est un des films manifeste d'une nouvelle génération d'artiste à Hollywood qui par leurs ancrage ethnique et social (John Garfield une fois la notoriété venue systématiquement associé à un personnage juif de basse extraction) et leur expérience de la crise des années 30 ainsi que leur sensibilité de gauche orienteront leurs films dans une direction plus ouvertement politisée et engagée que leur prédécesseur. Cette vague sera bientôt brisée par le Maccarthysme mais donnera néanmoins quelque grands films. On retrouve ici deux futurs blacklistés avec Abraham Polonski (qui passera à la mise en scène suite au succès du film) au scénario et l'acteur emblème du mouvement John Garfield.
L'authenticité des milieux prolétaire dépeint, le récit en forme de déchéance et de rédemption et la dimension morale anticipe grandement le Raging Bull de Scorsese (qui a toujours relevé l'influence de Polonski sur son travail) même si Sang et Or est néanmoins typique de son époque avec sa structure en flashback et la photo James Wong Howe lorgnant sur le film noir. On peut également penser à Rocky (le final qui rappelle beaucoup celui du premier volet) puisque malgré la noirceur on est plus proche de la bienveillance du film d’Avildsen que du nihilisme désespéré de Scorsese.
L'histoire dépeint donc l'ascension et la chute de Charlie Davis (John Garfield), gamin du cru qui ne voit que ses poings comme échappatoire à sa condition. John Garfield transpire l'authenticité en jeune loup qui en veut et l'empathie est immédiate à travers les différents drames traversés, les difficultés à joindre les deux bouts et l'environnement hostile parfaitement saisi par la caméra de Rossen.
La personnalité farouche de Charlie sera aussi positive dans sa rage pour gravir les échelons et brise ses adversaire sur le ring que négative lorsque grisé par l'argent et les tentations diverses il ne saura écouter ses proches (excellente et touchante Lili Palmer en fiancée déçue, tout comme Anne Revere en mère clairvoyante) lorsqu'ils l'avertiront des liaisons dangereuses qu'il entretient désormais.Le film est ainsi très sombre dans sa description des basses manœuvres de la pègre pour qui les boxeurs ne sont que de la chair à canon sacrifiée sur l'autel des paris clandestin, ce dont Charlie profitera malgré lui et sera la victime également.
Surnommé le "Gabin du Bronx" à ses débuts, on peut dire que Garfield mais Polonski aussi entretient l'analogie avec la France tant le final positif et rédempteur peut faire penser à ceux qu'on trouvait dans le cinéma du Front Populaire où malgré les obstacles et la noirceur l'espoir et venait à bout de tous les obstacles. C'est donc également le cas ici avec un époustouflant et long combat final (tous les autres auront été volontairement elliptique car sans enjeux pour nous préparer à celui-ci) où la réalisation tout en mouvement de Rossen, l'engagement physique de Garfield et le crescendo dramatique intense le voit enfin retrouver son honneur et vaincre ses démons. Une superbe conclusion, rageuse et poignante.
China Valdez rejoint les Cubains clandestins après que son frère ait été tué par le chef de la police secrète, Ariete. Elle fait la connaissance de Tony Fenner, un Américain expatrié, dont elle tombe amoureuse. Il planifie de creuser un tunnel sous le cimetière de la ville jusqu'à un terrain appartenant à un officiel, de le tuer et ainsi de provoquer le rassemblement de toute la hiérarchie cubaine à son enterrement afin de les tuer.
Alors que le Macarthysme s'apprête à jeter sa chape de plomb de suspicion sur Hollywood, We were strangers s'avère un film étonnant et risqué par la teneur de son sujet. Le film dépeint le destin de quelques résistant durant les dernières heures de la présidence tyrannique de Morales en 1933. Véritable ode à la liberté et incitation exaltée à briser le joug du pouvoir oppresseur, le film pouvait facilement être apparenté à une veine gauchiste tel que l'exécrait McCarthy notamment par la présence tout sauf anodine au casting de John Garfield communiste convaincu et dont la carrière sera brisée par la liste noire. Il semble cependant que les studios (McCarthy n'arrive réellement aux affaires que l'année suivant la production du film) avaient encore le libre arbitre dans le choix de leur sujets.
Dès les premières minutes, Huston appuie ses effets dans sa volonté d'opposer la corruption des puissant face à la noblesse et la solidarité du film. Le film s'ouvre sur une séquence au sénat où est votée une loi répressive interdisant les réunion publique de plus de trois personnes sous peine d'emprisonnement. La volonté de toute puissance, la lâcheté et l'opportunisme s'illustre alors à travers la caméra de Huston captant les expressions de chacun des sénateurs qui vont tous accepter cette mesure révoltante. Les effets s'en font ressentir dès la scène suivante lorsque la police apparaît sous forme d'ombre menaçante venant briser tout velléité d'insurrection en massacrant dans la plus grande indifférence le peuple.
Ayant dressé magistralement la vision globale de la situation cubaine, Huston ne se détachera plus alors des destins individuels de ses protagonistes. Jennifer Jones libéré par O'Selznick pour l'occasion trouve là un bien beau rôle en fille du peuple toute simple qui s'est engagée pour venger l'assassinant de son frère. Entre détermination et fragilité, haine et besoin d'affection elle offre une sobriété touchante à son personnage. Face à elle John Garfield, américain taciturne et mystérieux faisant preuve d'une conviction sans faille pour faire tomber le gouvernement. John Garfield confère son humanité et son charisme naturel à ce Tony Fenner. Pedro Armendáriz redoutable chef de la police secrète complète le trio avec une interprétation aussi pathétique (l'entrevu nocturne avec Jennifer Jones) que réellement menaçante avec un personnage retors et imprévisible.
Dans une construction proche de Pour sonne le glas (en bien meilleur heureusement) les préparatifs d'une manoeuvre historique (l'assassinat de l'ensemble du gouvernement dans un attentat rien de moins) servent à réunir différents révolutionnaires, capter leur rapprochement, leurs joie mais aussi leur doute. Malgré le manichéisme très prononcé destiné à renforcer l'empathie, le scénario n'en oublie pas de questionner les actions de ses héros, l'attentat étant amenés à créer des dommages collatéraux sur des innocents. Loin de stimuler une ferveur aveugle, l'action est donc considéré comme un mal nécessaire mais ne sera pas sans dégâts sur l'équilibre du groupe. Huston comme souvent fait merveille pour dépeindre les moments de camaraderies intimistes, ses petits rien anodins et cette proximité qui scellent des liens indéfectible. Tout le long épisode de la creusée de tranchée en sous sol est donc particulièrement chaleureux malgré la menace ambiante.
Huston délivre une mise en scène claustrophobique traduisant le danger permanent et la paranoïa latente provoquée par les manoeuvres de la police secrète. La photo tout en clair obscur de Russel Metty affirme cette idée, les visages dans la pénombres dissimulant toujours de noirs desseins ou des secrets douloureux notamment la révélation quant au passé de Garfield.
La grande fusillade finale avec ces ennemis invisibles et sans visages exprime parfaitement cela, avec comme seul rempart face aux balles la conviction d'une juste cause et l'amour pour l'autre avec une Jennifer Jones empoignant la mitrailleuse pour une pose et un carnage inoubliable. Elle ne retrouve d'ailleurs son jeu outré que pour une mémorable et passionné tirade final, en forme d'ode à son amant et à la révolution tandis que le chaos se déchaîne enfin dans toute La Havane.
Sorti en dvd zone 1 chez Columbia et doté de sous titres français.
Extrait de la dernière scène ne pas regarder jusqu'au bout sinon vous connaîtrez la fin !