Dévoreur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que cela intéresse tous mes visionnages de classiques, coups de coeur et curiosités. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau film et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère! Vous pouvez me contacter à justinkwedi@gmail.com, sur twitter et instagram

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lundi 26 mai 2025

Iron Man - Joseph Pevney (1951)

Quand Coke Masson monte sur le ring pour défendre son titre de champion du monde poids lourds, il se fait huer par la foule entière alors que le challenger est acclamé. Parmi les spectateurs, une femme se souvient des événements qui ont conduit 2000 personnes à le haïr, et de la terrible histoire derrière la rivalité entre les deux hommes qui s'affrontent.

Iron Man est la seconde adaptation du roman éponyme de W. R. Burnett, après celle signée en 1931 par Tod Browning. Le film adopte une construction en flashback dans le cadre d’un combat de boxe dont nous comprendrons alors les tenants et aboutissants. Cette narration pourrait évoquer certains films noirs fonctionnant selon le même procédé (Nous avons gagné ce soir de Robert Wise en tête) mais Iron Man ne va pas sur ce terrain-là. La notion de film sportif est très relative, tant les circonstances amenant le héros Coke Masson (Jeff Chandler) des mines de charbon au championnat du monde de boxe sont fantaisistes. L’accent est mis sur les instincts quasi meurtriers se réveillant sur le ring pour Coke Masson et la manière dont cela fait de lui un boxeur clivant aux yeux du public. Pas d’entraînement, de dépassement de soi ou même d’affres de la gloire, Iron Man est une étude de caractère où le combat le plus intense de Masson est livré contre lui-même.

La mise en place dépeint la nature paisible du personnage, fuyant les conflits pour ne pas raviver la bête qui sommeille en lui. Les provocations ordinaires, l’avidité de son entourage et le dénuement matériel finissent par le convaincre malgré lui de gagner temporairement sa vie dans la boxe. C’est le départ d’une spirale de violence, sans retour en arrière possible. La prestation nerveuse et menaçante de Jeff Chandler (très crédible en boxeur et s’étant façonné une belle condition physique) parvient à faire oublier les raccourcis du récit, aidé aussi par de seconds rôles forts comme Stephen McNally en grand frère roublard ou Jim Backus en journaliste – sans parler d’un Rock Hudson débutant mais déjà très charsmatique. Le savoir-faire de Joseph Pevney fait le reste avec de remarquables scènes de boxe, portée par une caméra très mobile, des angles inventifs et une brutalité très prononcée. Les bascules mentales lesquelles Masson laisse le fauve prendre la place du boxeur installent une intensité palpable et provoquent une imprévisibilité dont est un peu dépourvu le scénario.

La forme est inventive, le fond plutôt original en définitive (l’apprentissage de combattre à la régulière et dompter ses bas-instincts, mais la narration est trop conventionnelle pour sortir du tout-venant – malgré la vraie émotion de la scène finale préfigurant Rocky (1976) dans la manière dont Masson gagne le respect d’un public hostile.

Sorti en bluray français chez Elephant Film
 

vendredi 3 mai 2024

La police était au rendez-vous - Six Bridges to Cross, Joseph Pevney (1955)

 Des années 30 à 50, l'ascension d'un gangster de Boston qui a fort à faire face à un fonctionnaire de police besogneux. Une étrange amitié nait entre les deux hommes, mélange d'admiration et de crainte...

La fameuse structure "rise and fall" chère au film de gangster prend un tour très intimiste et touchant dans La Police était au rendez-vous. Le sentiment de fresque et du temps qui passe se ressent par les grands évènements (la Grande dépression, la mort de Dillinger, l'attaque de Pearl Harbor et l'entrée en guerre des Etats-Unis) qui jalonnent en arrière-plan l'amitié, l'ascension et l'opposition en parallèle du policier Gallagher (George Nader) et la petite frappe devenue gangster Jerry Florea (Tony Curtis). La première rencontre annonce la complexité de leur relation lorsque Gallagher, encore agent en uniforme abat Jerry jeune délinquant en fuite à la suite d’un vol. 

La culpabilité incite Gallagher à se rapprocher de Jerry et le prendre sous son aile dans l'espoir de l'éloigner de la voie criminelle, mais ce dernier sorti de ce lien quasi filial au policier semble être une irrécupérable mauvaise graine. Tout le récit voit l'amitié sincère des deux personnages vaciller alors que leurs statuts et compétences du côté et en dehors de la loi ne cesse de grandir. Joseph Pevney caractérise de bout en bout Florea comme un adolescent espiègle dont le crime est un terrain de jeu fertile, Gallagher faisant office de père de substitution (quand les vrais parents jetteront vite l'éponge) croyant indéfectiblement en la rédemption de son protégé.

Dans cette idée, tous les méfaits de Florea font figure de blague de sale gosse, l'illégalité des actes ne se délestant pas de la jubilation du personnage à duper son monde. Tony Curtis est un choix parfait dans ce registre, son numéro de charme laissant toujours croire à son interlocuteur le plus endurci qu'une réinsertion est possible. L'acteur (interprété adolescent par Sal Mineo) par touches subtiles fait passer toute cette nature d'homme-enfant, laissant entrevoir dans son regard la détresse et l'abandon lors des rares fois où Gallagher excédé l'abandonnera à son sort . De même l'ascendant filial ou fraternel de ce dernier se ressent quand Florea, dure à cuire craint de tous, trahit par sa gestuelle la crainte d'être frappé par son mentor -Pevney jouant plusieurs fois de cet ascendant dans sa mise en scène, ne différenciant pas les périodes d'adolescence et l'âge adulte. 

Ce n'est bien sûr par la peur de la confrontation physique qui se joue là, mais de la déception et du reniement que ses actes illicites pourraient provoquer chez Gallagher. Florea semble constamment en quête d'approbation quand il fait mine d'abandonner ses activités pour une vie rangée, ou lorsqu'il évite de commettre ses méfaits dans la ville de Boston et donc le secteur de Gallagher. Il reste cet enfant immature incapable d'éviter les "bêtises", et cherchant à les masquer pour éviter la punition. Dans le même ordre d'idée, Gallagher tel un père omniscient semble toujours deviner face aux crimes trop ingénieux que son protégé en est l'auteur. La prise de conscience finale est une sorte de passage tardif à l'âge adulte pour Floreal, placé face aux conséquences de ses actes non pas par leur risque pénal, mais par le fossé définitif que son terrain de jeu creuse face à ses proches. 

La dynamique est immuable, seule les proportions et les conséquences évoluent. Sans jamais dédouaner Florea, un certain contexte xénophobe est néanmoins introduit (le rejet de son engagement militaire du fait de ses origines) et donne une dimension plus vaste au sentiment de rejet et à la quête d'acceptation du personnage. La communauté américaine le rejette et son lien à celle-ci ne tient qu'à la bienveillance d'un individu, Gallagher, quant au contraire le monde des gangsters l'accueille à bras ouvert même si paradoxalement il ne semble jamais y nouer d'amitié solide (la scène finale où ses acolytes se retournent contre lui). Tout cela est captivant, narré avec efficacité (1h36 pour un récit de cette ampleur) en alternant les vrais moments nerveux de polar avec une belle introspection. Les deux acteurs sont parfaits, exprimant avec nuances et continuité la trajectoire des personnages, le sentiment qui ne cessera jamais de les unir malgré les circonstances qui les éloignent. Une belle réussite revisitant la structure et les enjeux d'un classique comme Les Anges aux figures sales de Michael Curtiz (1939).

Sorti en bluray français chez Elephant Films

vendredi 10 février 2017

L'Homme aux mille visages - Man of a Thousand Faces, Joseph Pevney (1957)

Né de parents sourds et muets, Lon Chaney (James Cagney) est rapidement devenu un prodige dans l'art de la pantomime. Alors qu'il se produit dans un théâtre de la côte Est des Etats-Unis, sa femme (Dorothy Malone) lui annonce qu’elle attend un enfant. Le couple décide alors de tenter sa chance à San Francisco. Après la naissance de son fils et un divorce, il travaille pour les studios Universal à Hollywood...

L'Homme aux mille visages s'inscrit dans ce retour sur soi et nostalgie ayant cours dans le cinéma hollywoodien, que ce soit dans une veine réellement acide avec les classiques Sunset Boulevard (1950) ou Les Ensorcelés (1953) ou plus calibrée avec une série de biopics d'icônes comme Valentino de Lewis Allen (1953) et donc le film de Joseph Pevney consacré à Lon Chaney. Le film est produit par Universal, studio où Chaney fit ses premières armes et connu la notoriété et le choix de James Cagney pour l'interpréter est particulièrement judicieux tant son jeu physique et expressif s'y prête. Lon Chaney c'est un destin romanesque à travers son histoire personnelle mais aussi un mystère tant sa personnalité s'effaçait derrière le transformisme de ses rôles, et il affirmait lui-même que "entre les images, il n’y a pas de Lon Chaney".

Du coup tout en suivant assez fidèlement la chronologie de son ascension, le film se montre très romancé pour rendre plus dramatique ce mystère Chaney, que ce soit dans la présence chaleureuse de James Cagney ou certaines omissions et raccourcis dans les évènements. Ainsi on évoque uniquement les films Universal de Chaney tout en décrivant sa relation idyllique avec le patron du studio Irving Thalberg (alors que Chaney s'y considérait sous-payé) alors que la star s'épanouira également en partant à la MGM au contact de grands réalisateurs.

Malgré ces facilités le film se montre intéressant dans sa vision de l'art et la personnalité de Chaney. Ainsi son talent pour le pantomime né au contact de ses parents sourds-muets est particulièrement bien vu, tout comme son sentiment d'exclusion et attrait pour les figures monstrueuses et marginales. Ces deux facettes se ressentent dans ces relations intimes, à la fois chaleureuse et tumultueuse avec ses parents nourrissant cette différence et sa première épouse Cleva (Dorothy Malone) rejetant le handicap de sa famille et celui possible de leurs fils si le mal s'avérait héréditaire. Le jeu quelque peu outrancier de Dorothy Malone (la première rencontre avec les parents de Lon Chaney) et les situations forcées font sentir les coutures grossières du biopic balisé mais l'ensemble se laisse néanmoins suivre. L'aspect le plus réussi reste l'observation du système studio et la manière dont Lon Chaney y fait sa place.

Les débuts théâtraux de Chaney donne l'occasion à James Cagney d'exploiter ses talents burlesques et de danseur (surtout vue dans des comédies musicales comme le Prologue (1933) de Busby Berkeley) avant de véritablement devenir Lon Chaney. Le brio de grimage et de mime servira à se faire une place dans les emplois de figurants avant les grandes créations que seront Quasimodo ou Le Fantôme de l'opéra. Une scène est particulièrement puissante, celle où il joue est handicapé miraculé dans The Miracle Man avec un Cagney passant de la souffrance habitée à la décontraction en un clin d'œil sous les applaudissements des figurants. Les quelques zones d'ombres fictives où réelle servent aussi cette vulnérabilité de Chaney dans les ressorts dramatiques les plus intéressants comme sa relation fusionnelle avec son fils. Joseph Pevney filme l'ensemble sans génie mais avec professionnalisme et en dépit des conventions ce biopic s'avère donc plutôt agréable à suivre.

Sorti en dvd zone 2 français chez Carlotta