Dévoreur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que cela intéresse tous mes visionnages de classiques, coups de coeur et curiosités. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau film et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère! Vous pouvez me contacter à justinkwedi@gmail.com, sur twitter et instagram

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samedi 7 octobre 2023

Les Indomptables de Colditz - The Colditz Story, Guy Hamilton (1955)


 La forteresse de Colditz est une prison militaire réputée infranchissable. Pendant la Seconde Guerre mondiale, les nazis ont l'idée d'y transférer les rois de l'évasion de toutes les nationalités. Regrouper ainsi des récidivistes de l'évasion se révélera une idée plus dangereuse que lumineuse...

The Colditz Story est un récit s'inscrivant dans le courant du film de guerre anglais des années 50, période qui en contrepoint des films de propagandes produits durant le conflit, s'attache désormais à atténuer le message collectif pour s'attacher aux histoires individuelles. Un des films les plus fameux dans cette veine est L'évadé du camp 1 de Roy Ward Baker (1957), qui osait même adopter le point de vue allemand avec son héros roi de l'évasion incarné par Hardy Krueger. Il est également question d'évasion dans The Colditz Story, adaptation du roman éponyme de Pat Reid (publié en 1952), officier britannique qui y narrait son évasion de la redoutable prison militaire et destination finale des évadés multi récidivistes. Le scénario de Guy Hamilton, Ivan Foxwell et William Douglas-Home assume cependant dès son générique avoir grandement romancé les évènements. Sur le papier le film distille le programme attendu et largement vu dans ce type de film d'évasion en tant de guerre, notamment hollywoodien comme Stalag 17 de Billy Wilder (1953) ou plus tard La Grande évasion de John Sturges (1963).

Le traitement va cependant détonner des habitudes et ce dès la scène d'ouverture ou Pat Reid (John Mills) et son ami Mac (Christopher Rhodes) sont transférés à Colditz. Après avoir été introduit dans leurs quartiers et liés connaissance avec leur compagnon d'infortunes britanniques, la porte de leur cellule est crochetée par des soldats polonais voisins dans une tonalité presque humoristique. C'est une manière d'esquisser la nature cosmopolite de la prison, d'exposer ses personnalités fantasques ayant déjà apprivoisé les lieux en vue de les quitter au plus vite, et de donner l'illusion que Colditz est une geôle dont on pourra s'évader facilement. Les quelques plans d'ensemble montrant les vues intimidantes de cette forteresse située sur les hauteurs d'une colline gelée suffisent à calmer les ardeurs, mais le film ne joue étonnamment pas sur la cinégénie et la topographie de ce fabuleux décor pour développer son suspense. C'est sur ce point que le film dénote du modèle hollywoodien et The Colditz Story préfigure davantage Le Caporal épinglé de Jean Renoir (1962) voire la série télévisée Papa Schultz dans son traitement. Le drame de la guerre n'y est pas traité en comédie (malgré des moments légers) mais le traitement de l'évasion y a quelque chose d'étonnamment trivial, et finalement plus réaliste.

La première raison des échecs des tentatives d'évasion sera donc certes la rigueur de la surveillance de Colditz, mais surtout le manque de concertation entre les différentes nationalités de la prison. Ce ton léger et tendu s'exerce dans les deux premières scènes d'évasion où il y a d’abord interférence temporelle (l'échec d'une évasion française empêchant l'évasion anglaise en cours) puis topographique lorsque les tunnels creusés par les Anglais et les hollandais se croisent et s'effondrent, alertant les Allemands. On assiste donc à une étonnante coopérative de l'évasion, où toutes les nations en place se concertent et s'entraident dans leurs stratégies respectives. Certaines évasions relèvent du stratagème méticuleusement élaboré, et d'autres de la pure et folle improvisation selon les opportunités (ce qui annonce totalement le traitement de Le Caporal épinglé), la vraie tension se disputant à la surprise voire l'hilarité en passant d'un type d'escapade à l'autre. Le protagonistes anglais sont bien sûr les plus développés, avec notamment un excellent John Mills en "coordinateur des évasions", un flegmatique Eric Portman en chef charismatique, Christopher Rhodes en colosse soupe au lait, et quelques autres que l'on a davantage l'habitude de voir dans un registre comique comme Lionel Jeffries ou Ian Carmichael (habitué des rôles d'ahuri chez les frères Boulting). 

Si aucun personnage ne se détache chez les autres nations, Guy Hamilton les fait exister par le panache dont ils font preuve dans certaines séquences pour les français (l'évasion "acrobatique" totalement improbable d'un officier), du sens de l'honneur chez les polonais (le tribunal mis en œuvre pour juger une taupe) ou l'habileté stratégique des hollandais - une amusante concurrence sur la nation la plus efficace naissant même au sein du camp. Même les Allemands bénéficient d'un traitement subtil, s'incarnant comme des geôliers impitoyables certes, mais aussi des militaires effectuant simplement la tâche qui leur est assignée ce qui les différencient du pur sadisme nazi. C'est abordé sur un registre grave lorsqu'il s'agira d’exfiltrer le prisonnier polonais démasqué comme informateur (et subissant le chantage de la gestapo) ou dans un ton plus léger le commandant du camp (Frederick Valk) ne pouvant s'empêcher de lâcher un petit rire lorsqu’un de ses officiers subit la moquerie des Anglais.

Le film jongle avec brio sur plusieurs registres et reste captivant de bout en bout, notamment dans le dilemme moral posé par l'ultime évasion dont la méthode simple et efficace dénote avec tous les plans complexes qui ont précédemment échoués. Une grande réussite qui sait offrir une proposition détonante dans le registre balisé du film de "camp de prisonniers". Le film sera un immense succès en Angleterre, se plaçant quatrième au box-office de 1955. Le livre bénéficiera d'une seconde adaptation sous forme de série télévisée dans les années 70 à la télévision anglaise.

Sorti en bluray anglais doté de sous-titres anglais chez Studio Canal, et disponible avec sous-titres français en streaming sur MyCanal

jeudi 20 septembre 2018

L'Homme au pistolet d'or - The man with the golden gun, Guy Hamilton (1974)

En Thaïlande, James Bond recherche le tueur à gages le plus efficace et le plus cruel qui soit, l'impitoyable Francisco Scaramanga, l'homme au pistolet d'or. Mais cette traque va concentrer davantage d’enjeux que prévus et confronter les deux hommes dans une lutte à mort...

Vivre et laisser mourir (1973) malgré une réussite artistique très relative avait remporté un certain succès et installé Roger Moore comme nouveau visage de Bond auprès du grand public. Ragaillardis par cet accueil, les producteurs lancent la production du volet suivant dans une certaine précipitation pour une sortie à peine un an plus tard. Cette exécution dans la hâte en fera  l’opus le plus faible de la saga puisque les maigres qualités des deux épisodes précédents (scènes d’actions efficace, élégance de la direction artistique) disparaissent pour n’en garder que les défauts. Après le recyclage opportuniste de la blaxploitation la saga va surfer sur le succès des films kung-fu de Bruce Lee mais les aptitudes limitées de Roger Moore et le filmage sans idées (combats mous et à peine chorégraphiés) de Guy Hamilton enterrent vite cette initiative. L’humour débile et quasi parodique est à nouveau de sortie (l'inénarrable sheriff JW Pepper est de retour), le rythme languissant est indigne d’un James Bond tandis que le manque d’ampleur est encore plus criant que dans Vivre et laisser mourir

Sur le papier il y avait pourtant matière à en faire un des meilleurs volets avec un ennemi et une thématique des plus intéressantes. Bond est ici confronté à sa part d'ombre avec le redoutable tueur Scaramanga qui le prend pour son égal et le scénario développe un questionnement sur ce qui différencie au fond l’espion de ce meurtrier professionnel – l’occasion d’une joute verbale tendue à la fin du film. La première partie du film fait illusion avec le jeu de cache-cache entre Bond et Scaramanga dans une délicieuse ambiance d’Asie 70's traversant Macao, Thaïlande et Hong Kong. Roger Moore se cherche encore, peu crédible quand il la joue retors (il malmène méchamment Maud Adams, frappe les adversaires en traitre...) mais qui parvient à façonner « son » Bond dans les face à face avec Scaramanga. 

Roger Moore détestait en effet la violence et l’usage des armes à feu, facette qu’il a intégrée à son interprétation en croisant une forme de devoir/dégout à chaque exécution où il ne semble qu’agir en professionnel – loin de la brutalité sadique dont se délectait un Sean Connery. L’ensemble bâclé culmine avec l’affrontement tant attendu où manque le génie de du décorateur Ken Adam (le design affreux de l’antre de Scaramanga ainsi que l'explosion de la base solaire qui pue la maquette) pour le mettre en valeur, sans parler des enjeux très modestes au final. Dans les rares bons points on appréciera un Christopher Lee félin et dangereux, Maud Adams sensuelle et charismatique (tandis que Britt Ekland incarne une des pires Bond Girl) et un score assez classieux de John Barry, à ce demander quelles images on lui a mis sous les yeux. Les à-côtés business – Harry Saltzman coproducteur historique des Bond en faillite forcé de revendre ses droits, procès qui gèlera les droits d’usage du Spectre et Blofeld dans les films suivants – causeront une pause forcée et bienvenue de la saga qui reviendra dans sa formule classique pour un opus d’une toute autre tenue, L’Espion qui m’aimait (1977).

 Sorti en bluray et dvd zone 2 français

 

dimanche 19 août 2018

Vivre et laisser mourir - Live and let die, Guy Hamilton (1973)


007 est appelé pour enquêter à propos de l'hécatombe meurtrière qui décime les agents secrets britanniques ces derniers jours. Enquêtant à New York, dans le quartier de Harlem, puis en Jamaïque et en Louisiane, il affronte un caïd de la drogue international, le redoutable Kananga et sa comparse, l'étrange blanche Solitaire...

Sean Connery avait au gré d’un salaire mirobolant tiré sa révérence au rôle de James Bond (même s’il se dédira pour les mêmes motifs pécuniaires avec Jamais plus jamais (1983)) dans le poussif Les Diamants sont éternels (1971). Les producteurs se trouve alors face à une impasse, le public n’ayant pas accepté un Bond sous de nouveaux traits dans Au service secret de sa majesté (1969) avec George Lazenby. Alors que l’erreur de cet opus avait été d’avoir un interprète restant dans le sillage (vestimentaire, physique et jeu) de Sean Connery, le choix est fait ici de s’en éloigner d’autant que Bond à l’heure de la contre-culture et des mouvements hippie semble un vestige dépassé des années 60.

Guy Hamilton de nouveau à la réalisation décide de poursuivre l’ancrage américain de ses opus à succès (Goldfinger (1964) et Les Diamants son éternels) au point de sérieusement proposer Burt Reynolds aux producteurs qui (fort heureusement) ne démordront pas de la volonté de conserver un Bond britannique. Roger Moore avait été envisagé dès l’époque de Dr No (1962) mais sous contrat sur la série Le Saint il devra renoncer. L’acteur a un défi de taille à relever, l’avantage de sa notoriété déjà établie l’oblige à effacer à la fois le souvenir de Simon Templar et le Brett Sinclair de la série Amicalement votre en plus de l’incarnation de Sean Connery en James Bond. Il va s’en sortir avec brio et sera le principal atout d’un épisode parmi les plus faibles de la saga.

Avec Vivre et laisser mourir James Bond cesse de lancer les modes pour désormais les suivre. Les antagonistes noirs sont donc prétextes à surfer sur la vague de la Blaxploitation tandis que les scènes d’action à New York lorgnent sur les polars urbains à succès tels qu’Inspecteur Harry de Don Siegel (1971) ou French Connection de William Friedkin (1971). L’autre erreur dans cette volonté d’américanisation cela d’éliminer les spécificités british de la série et du personnage. Bond fume donc désormais le cigare, boit du bourbon en lieu et place du fameux vodka-martini, délaisse son légendaire Walter PPK pour le Magnum 357 de Dirty Harry - sans parler de Q et des gadgets quasi absent hormis une montre-aimant.   

Au niveau du ton Roger Moore bien conscient qu’il ne pourra égaler le mélange de séduction et d’animalité d’un Sean Connery parvient à imposer un séduisant flegme britannique. Après un Connery empâté et peu concerné sur Les Diamants sont éternels, Moore apporte un vraie panache dans les scènes d’actions (il donne notamment de sa personne lors de la poursuite en bus impérial ou lors de la scène des hors-bords, l’occasion de contredire la triste réputation que ses dernières interprétations vieillissantes de Bond lui vaudront injustement), distille les bons mots avec un irrésistible timing comique (même si cet aspect deviendra trop envahissant par la suite) qui fait passer toutes les scènes de séduction plus amusées (le jeu de carte truqué bien sûr) que la virilité toute puissante de Connery. L’autre atout sera la présence sensuelle et virginale de Jane Seymour en James Bond girl, la médium Solitaire constituant son premier rôle majeur.

Pour le reste l’ensemble s’avère bien décevant. Le film frise souvent le racisme involontaire avec tous les protagonistes noirs grossièrement caractérisés, le moindre quidam étant en mèche avec le bad guy Kananga (Yaphet Kotto tout juste convaincant) entre hommes de main, traitres et adepte du vaudou. Cela gâche quelques belles idées comme les enterrements à la Nouvelle-Orléans ou le personnage haut en couleur du Baron samedi. Le plus gros souci reste cependant l’approche de Guy Hamilton et cette volonté de prendre les choses à la légère. La force des meilleurs James Bond est de trouver l’équilibre entre univers extravagants de bd et vrai tonalité à suspense maintenant l’implication du spectateur. Là Hamilton poursuit les errements entraperçu dans Les Diamants sont éternels avec un humour balourd et forcé qui gâche et rallonge plus que de raison une course poursuite en hors-bord dans les bayous avec un insupportable personnage de flic redneck. 

La mise en scène mollassonne et sans idées casse ainsi le potentiel de quelques idées folles (la scène des crocodiles dont la cascade suicidaire est bien réelle) et fait peine à voir lorsqu’Hamilton rejoue le légendaire duel de train de Bons baisers de Russie sans approcher le suspense et la brutalité au cordeau de Terence Young. Au final un Bond très mineur mais qui se laisse encore regarder en comparaison de la catastrophe à venir, L’Homme au pistolet d’or (1974) qui en amplifiera tous les défauts. Le film (porté par la chanson-titre tubesque de Paul MacCartney) sans atteindre les hauteurs de Sean Connery au box-office sera néanmoins un succès qui installera enfin un nouveau visage pour James Bond avec Roger Moore. 

Sorti en bluray et dvd zone 2 chez Sony/MGM