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dimanche 19 août 2018

Vivre et laisser mourir - Live and let die, Guy Hamilton (1973)


007 est appelé pour enquêter à propos de l'hécatombe meurtrière qui décime les agents secrets britanniques ces derniers jours. Enquêtant à New York, dans le quartier de Harlem, puis en Jamaïque et en Louisiane, il affronte un caïd de la drogue international, le redoutable Kananga et sa comparse, l'étrange blanche Solitaire...

Sean Connery avait au gré d’un salaire mirobolant tiré sa révérence au rôle de James Bond (même s’il se dédira pour les mêmes motifs pécuniaires avec Jamais plus jamais (1983)) dans le poussif Les Diamants sont éternels (1971). Les producteurs se trouve alors face à une impasse, le public n’ayant pas accepté un Bond sous de nouveaux traits dans Au service secret de sa majesté (1969) avec George Lazenby. Alors que l’erreur de cet opus avait été d’avoir un interprète restant dans le sillage (vestimentaire, physique et jeu) de Sean Connery, le choix est fait ici de s’en éloigner d’autant que Bond à l’heure de la contre-culture et des mouvements hippie semble un vestige dépassé des années 60.

Guy Hamilton de nouveau à la réalisation décide de poursuivre l’ancrage américain de ses opus à succès (Goldfinger (1964) et Les Diamants son éternels) au point de sérieusement proposer Burt Reynolds aux producteurs qui (fort heureusement) ne démordront pas de la volonté de conserver un Bond britannique. Roger Moore avait été envisagé dès l’époque de Dr No (1962) mais sous contrat sur la série Le Saint il devra renoncer. L’acteur a un défi de taille à relever, l’avantage de sa notoriété déjà établie l’oblige à effacer à la fois le souvenir de Simon Templar et le Brett Sinclair de la série Amicalement votre en plus de l’incarnation de Sean Connery en James Bond. Il va s’en sortir avec brio et sera le principal atout d’un épisode parmi les plus faibles de la saga.

Avec Vivre et laisser mourir James Bond cesse de lancer les modes pour désormais les suivre. Les antagonistes noirs sont donc prétextes à surfer sur la vague de la Blaxploitation tandis que les scènes d’action à New York lorgnent sur les polars urbains à succès tels qu’Inspecteur Harry de Don Siegel (1971) ou French Connection de William Friedkin (1971). L’autre erreur dans cette volonté d’américanisation cela d’éliminer les spécificités british de la série et du personnage. Bond fume donc désormais le cigare, boit du bourbon en lieu et place du fameux vodka-martini, délaisse son légendaire Walter PPK pour le Magnum 357 de Dirty Harry - sans parler de Q et des gadgets quasi absent hormis une montre-aimant.   

Au niveau du ton Roger Moore bien conscient qu’il ne pourra égaler le mélange de séduction et d’animalité d’un Sean Connery parvient à imposer un séduisant flegme britannique. Après un Connery empâté et peu concerné sur Les Diamants sont éternels, Moore apporte un vraie panache dans les scènes d’actions (il donne notamment de sa personne lors de la poursuite en bus impérial ou lors de la scène des hors-bords, l’occasion de contredire la triste réputation que ses dernières interprétations vieillissantes de Bond lui vaudront injustement), distille les bons mots avec un irrésistible timing comique (même si cet aspect deviendra trop envahissant par la suite) qui fait passer toutes les scènes de séduction plus amusées (le jeu de carte truqué bien sûr) que la virilité toute puissante de Connery. L’autre atout sera la présence sensuelle et virginale de Jane Seymour en James Bond girl, la médium Solitaire constituant son premier rôle majeur.

Pour le reste l’ensemble s’avère bien décevant. Le film frise souvent le racisme involontaire avec tous les protagonistes noirs grossièrement caractérisés, le moindre quidam étant en mèche avec le bad guy Kananga (Yaphet Kotto tout juste convaincant) entre hommes de main, traitres et adepte du vaudou. Cela gâche quelques belles idées comme les enterrements à la Nouvelle-Orléans ou le personnage haut en couleur du Baron samedi. Le plus gros souci reste cependant l’approche de Guy Hamilton et cette volonté de prendre les choses à la légère. La force des meilleurs James Bond est de trouver l’équilibre entre univers extravagants de bd et vrai tonalité à suspense maintenant l’implication du spectateur. Là Hamilton poursuit les errements entraperçu dans Les Diamants sont éternels avec un humour balourd et forcé qui gâche et rallonge plus que de raison une course poursuite en hors-bord dans les bayous avec un insupportable personnage de flic redneck. 

La mise en scène mollassonne et sans idées casse ainsi le potentiel de quelques idées folles (la scène des crocodiles dont la cascade suicidaire est bien réelle) et fait peine à voir lorsqu’Hamilton rejoue le légendaire duel de train de Bons baisers de Russie sans approcher le suspense et la brutalité au cordeau de Terence Young. Au final un Bond très mineur mais qui se laisse encore regarder en comparaison de la catastrophe à venir, L’Homme au pistolet d’or (1974) qui en amplifiera tous les défauts. Le film (porté par la chanson-titre tubesque de Paul MacCartney) sans atteindre les hauteurs de Sean Connery au box-office sera néanmoins un succès qui installera enfin un nouveau visage pour James Bond avec Roger Moore. 

Sorti en bluray et dvd zone 2 chez Sony/MGM

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