Bouffeur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que ça intéresse tout mes visionnages de vieilleries, coup de coeur et nanar potentiels. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau visionnage et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

Vous pouvez me contacter à justinkwedi@gmail.com et suivre le blog sur twitter à http://twitter.com/#!/JustinKwedi

Pages

vendredi 3 août 2018

Le Grand Alibi - Stage Fright, Alfred Hitchcock (1950)

Jonathan Cooper, épris d'une comédienne et chanteuse, Charlotte Inwood, est soupçonné d'être l'assassin de son mari. Il réussit à convaincre son amie Eve de son innocence. Elle décide de l'aider.

Stage Fright est un Hitchcock mineur mais passionnant dans sa manière de traiter la figure récurrente de l'artifice dans son cinéma. Chez Hitchcock les images mentent constamment au spectateur comme aux personnages, happés par l'illusion de ce qu'on leur donne à voir à travers une normalité qui bascule dans Une Femme disparait (1938) ou le fantasme dans Vertigo (1959). Le monde du théâtre de Stage Fright offre donc un terrain fertile au réalisateur notamment par ces deux héroïnes Charlotte Inwood (Marlene Dietrich) et Eve (Jane Wyman) actrice établie et aspirante.

Le postulat habituel du faux coupable met ainsi en parallèle les deux personnages féminins dans cette question de l'artifice. Charlotte à travers la présence glamour de Marlene Dietrich et la sophistication que confère Hitchcock à ses apparitions véhicule ainsi d'emblée noirceur et duplicité. Le jeu sournois et séducteur de Dietrich se conjugue à la photo diaphane de Wilkie Cooper dans des moments clés tel la joyeuse scène d'habillage qui précède l'enterrement de son époux. A l'inverse l'artifice ne peut fonctionner par la seule imagerie pour la novice Eve obligée de changer gauchement d'apparence, d'attitude et de nom pour mener l'enquête, le scénario tournant à la comédie (la mère qui la démasque sans difficulté sous son attirail) ou au pur suspense cette double identité fragile.

Cet aspect gagne tous les seconds rôles, que ce soit les truculents et so british parents d'Eve (Alastair Sim et Sybil Thorndike) ou la calculatrice Nellie (Kay Walsh), tous amené à mener double-jeu plus ou moins habilement tout au long du film - et pas étonnant que le personnage le moins intéressant soit le flic unidimensionnel joué par Michael Wilding. Le générique de début avec sa fresque théâtrale nous invitant dans un monde d'illusion mais Hitchcock va plus loin. La dramaturgie qu'il prend tant de temps en développer pour tisser les pièges où tombent ses faux-coupables, Hitchcock l'escamote en partie en l'illustrant dans un flashback qui va s'avérer être un mensonge.

Quelques motifs formels (l'incrustation curieuse de Marlène Dietrich se changeant, l'insert sur la robe ensanglantée) peuvent éventuellement laisser anticiper le mensonge mais Hitchcock par sa maestria nous embarque d'emblée dans ce monde de faux-semblants, bien aidé par le jeu imprévisible de Richard Todd, entre malaise et pitié. On regrettera juste un script un peu boiteux qui ne mène pas tous ces chausse-trappes vers une conclusion en apothéose et haletante. Il y aura bien cette entrevue entre Jane Wyman et Richard Todd mais la manière d'y arriver est assez laborieuse. Passionnant malgré ces défauts néanmoins.

Sorti en dvd zone 2 français chez Warner


Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire