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mardi 24 décembre 2013

Sueurs froides - Vertigo, Alfred Hitchcock (1958)

Scottie est sujet au vertige, ce qui lui porte préjudice dans son métier de policier. Rendu responsable de la mort d'un de ses collègues, il décide de quitter la police. Une ancienne relation le contacte afin qu'il suive sa femme, possédée selon lui par l'esprit de son aïeule. Scottie s'éprend de la jeune femme et se trouve ballotté par des évènements qu'il ne peut contrôler.

Vertigo demeure le plus beau, le plus envoutant et personnel des Hitchcock. Tous les ingrédients typiques du Maître du Suspense sont ici bien présents : une intrigue astucieuse adapté du roman D'entre les morts de Boileau et Narcejac, un couple glamour et photogénique James Stewart/ Kim Novak et toujours le nouveau gimmick visuel de rigueur avec ce croisement de zoom et de travelling arrière produisant de façon insensée le sentiment de vertige à l'écran. Ces éléments, Hitchcock ne les mets pourtant pas au service de la tension et du suspense cette fois mais en fait de purs vecteurs d'émotion propre à servir l'étrange romantisme du film.

La scène d'ouverture où le policier Scottie (James Stewart) découvre dramatiquement qu'il est sujet au vertige place ainsi d'emblée le héros dans une position de vulnérabilité. Une vulnérabilité physique mais aussi finalement émotionnelle qui le rend autant apte à tomber éperdument amoureux que d'être victime d'une terrible machination lorsqu'il se met à la filature de l'étrange Madeleine (Kim Novak) pour le compte son mari interpellé par son comportement étrange.

Hitchcock entremêle ainsi d'emblée romantisme et perversion, amour et désir, assouvissement et fantasme. Scottie se fait ainsi clairement voyeur lorsque la caméra se substitue à son regard lorsqu'il observe Madeleine derrière une porte dans la galerie de fleur, crée une ambiguïté trouble quand il emmènera Kim Novak chez lui plutôt qu'à l'hôpital après sa noyade, comme pour profiter de cette inconscience pour un viol symbolique puisqu'elle se réveillera nue sous les draps de son lit.

C'est là que le choix de James Stewart s'avérera si judicieux, l'empathie plus que le dégout naîtra chez le spectateur face au trouble de cet homme perdant de son assurance tant il est submergé par sa passion naissante qui lui inspire ces actions discutables. Dans Fenêtre sur cour (1954), ce type de situations se justifiait finalement par l'argument criminel qui se vérifiait dans l'intrigue, Hitchcock évacue cela ici pour simplement faire reposer cela par le regard fasciné, subjugué et amoureux de Scottie.

Hitchcock visualise ce sentiment tout au long d'une première partie au romantisme mystérieux et fantasmatique. La musique envoutante de Bernard Herrmann accompagne ainsi les déambulations dans un San Francisco dont la modernité s'abandonne progressivement aux fantômes du passé, à travers ses bâtiments à l'architecture européenne, les intérieurs d'église et cimetières hors du temps et crées des ponts obsédants entre les époques comme ce motif récurrent de la spirale avec le chignon de Madeleine et le portrait de Carlotta.

L'action semble comme s'exercer au ralenti, la photo de Robert Burks baignée dans un voile diaphane et rendant plus hypnotique encore cette dimension de rêve si importante chez Hitchcock.

Dans ce contexte, la présence évanescente de Kim Novak fait merveille, ici et ailleurs à la fois, vide et bouillonnante d'une folie intérieur incompréhensible et bien sûr partagée entre le simulacre et les vrais sentiments pour Scottie.

Cette dualité a cours tout au long de cette première partie où la recherche formelle nourrit le mensonge dans les scènes d'intérieurs tandis que l'extérieur dévoile une certaine vérité sous l'illusion telle cette merveilleuse séquence dans une forêt irréelle s'achevant par un baiser passionné tandis que les vagues s'abattent sur un récif en arrière-plan.

Ainsi tout en magnifiant chaque apparition de Kim Novak/Madeleine, cette flamboyance entre mirage et amour idéalisé laisse constamment un espace incertain où chacun est réellement sincère au même moment. Lors de la scène d'adieux avant le drame, on peut supposer que ce n'est plus Madeleine mais la Judy de la seconde partie qui s'arrache le cœur brisé au bras de Scottie en sachant ce qu'elle s'apprête à lui faire.

La seconde partie servira donc de reconstruction de ce fantasme initial mais, celui-ci reposant sur une manipulation, Hitchcock va à nouveau le nourrir d'une forme de perversion. Scottie vidé de toute énergie par la perte de sa chimère n'existe que pour la retrouver tant tout élément de son environnement le ramène à son souvenir. Puisqu'il ne peut plus la rejoindre, il la recréera grâce à la rencontre de la si ressemblante Judy/Kim Novak.

Hitchcock propose un brutal retour au réel par ce biais, la présence plus charnelle de Judy (le ton gouailleur à l'opposé de la mutique Madeleine, la sexualité plus agressive avec cette robe moulante où on devine l'absence de soutien-gorge quand la silhouette élégante était emmitouflée sous les tenues sophistiquées de Madeleine) et le cadre plus urbain empêchant le rêve initial de renaître.

Là encore Hitchcock baigne la romance de stupre et d'une cruauté inattendue où l'amour reposera sur un fétichisme nécrophile cherchant littéralement à reproduire ce qui n'est plus. Alors que la révélation tardive de la vraie identité de Judy/Madeleine aurait constitué un formidable retournement de situation, le réalisateur escamote le déroulement du roman de Boileau-Narcejac pour éventer le mystère à mi-parcours.

Une nouvelle fois c'est l'émotion plus qu'un habile suspense qui guide Hitchcock ici, le déchirement de Judy entre amour dévoué et culpabilité nous rendant son destin bien plus déchirant que la construction originelle qui n'aurait retenu que sa facette manipulatrice. Kim Novak est à nouveau formidable dans ce registre plus habité, au regard vide mais fascinant de Madeleine on sera plus ému par celui de dépit de Judy face un Scottie insatisfait, recherchant toujours ailleurs ce qu'il a sous les yeux.

Sans ce choix, Scottie n'aurait existé que par cette perversion quand ici l'humanité de James Stewart en fait un amoureux désespéré poignant dans son égarement. Hitchcock cinéaste fétichiste s'il en est le peintre idéal de cette obsession en s'identifiant totalement à son héros, en suscitant l'empathie pour ses égarements qu'il comprend mieux que quiconque tant il se sera plu à remodeler ses stars féminines à sa guise.

Là encore Hitchcock créera un ailleurs momentané où les passions se confondent enfin, d'abord quand le visage de Judy dans la pénombre verte (les teintes colorées de la photo se faisant de plus en plus agressives au fil de l'avancée du film, le rêve devenant cauchemar) crée l'illusion de la présence de Madeleine pour Scottie mais surtout quand la transformation se fera enfin complète. Judy se sent enfin aimée et Scottie retrouve son amour perdu le temps d'une stupéfiante séquence où le décor s'estompe le temps d'un baiser et d'un travelling circulaire laisse éclater un souffle romanesque fabuleux tout en révélant l'éphémère de ce moment.

Les fantasmes doivent pour Hitchcock en rester à cet état et chercher à les réaliser c'est obligatoirement se perdre, lui l'aura réussi à travers ses films mais Scottie va à nouveau brutalement tout perdre dans une conclusion miroir à la première partie. A la perte tragique et romantique mais guidé par un artifice qui aura laissé perdurer un souvenir désespéré répondra donc au final un épilogue sombre, lucide et où tout retour en arrière est impossible dans ces même hauteurs d'une église abandonnées.

Tout l'enjeu du film repose bien là, Hitchcock osant laisser des trous béants dans sa trame policière qu'il laisse finalement irrésolue (si ce n'est dans une scène ajoutée de certains montages européens) et sans que l'on trouve à y redire tant l'on avait d'yeux que pour les amours étranges de Scottie et Madeleine/Judy.

Sorti en edvd zone zone 2 français et dans un superbe bluray chez Universal

2 commentaires:

  1. J'ai vraiment du mal avec Hitchcock, aujourd'hui ...je trouve que son cinéma a vieilli, est devenu très désuet, un peu trop freudien et manquant de chair.

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  2. Evidemment pas d'accord avec vous ;-) et surtout concernant Vertigo qui est vraiment le mariage le plus parfait justement entre ses penchants psychalanalytiques et son gout du romanesque. Mais j'avoue même quand c'est plus déséquilibré et boiteux comme Marnie je trouve toujours cela fascinant...

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