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mercredi 18 décembre 2013

Patlabor 2 - Kidō keisatsu patoreibā the movie 2, Mamoru Oshii (1993)

Trois ans après les événements tragiques liés au projet Babylone et à l'arche, un Labor des Nations Unies est détruit durant une opération de maintien de la paix en Asie du Sud-Est. Cet incident va être le déclencheur d'un plan machiavélique visant à incriminer les forces d’autodéfense japonaises et créer au Japon une panique à l’échelle nationale. Les agents Gotô et Nagumo de l'unité spéciale 2 sont alors sollicités par un membre de la commission d'enquête spéciale de l'armée de Terre pour travailler sur l'affaire. Mais la situation va vite se corser lorsqu'ils apprennent que le cerveau de cette entreprise terroriste n'est autre que Yukihito Tsuge, l’ancien mentor et amant de Nagumo.

Trois ans après Patlabor qui lui permit d'enfin exprimer pleinement son talent, Mamoru Oshii signait avec cette suite une œuvre maîtresse et totalement imprégné de son style. Le réalisateur avait dans ce premier film trouvé l'équilibre idéal entre la tension du polar SF et ses envolées réflexives et philosophiques mais aussi entre la tonalité plus modeste du matériau original (les OAV et la série TV plus portés sur les actions quotidiennes de l'unité Labor) et l'ambition de la profondeur thématique voulue. Avec Patlabor 2, Oshii s'affranchit de toutes les contraintes initiales pour totalement s'approprier un matériau devant cette fois se fondre dans son univers.

Le Japon totalitaire et va t en guerre qui conduisit le pays à la débâcle d'Hiroshima est une obsession dans l'œuvre d'Oshii, notamment dans son cycle de Kerberos (les deux tentatives lives The Red Spectacles (1987), Stray Dogs (1981 entre autres) dont le fabuleux Jin-Roh, La brigade des loups (1999) qui nous plongeait dans l'uchronie d'un Japon alternatif d'après-guerre. Ces questionnements se retrouvent dans sa vision du monde futuriste de Patlabor grâce à l'ambitieux scénario de Kazunori Itō.

Le film s'ouvre sur un attentat inexpliqué voyant l'explosion d'un pont routier. Les télévisions sont alors immédiatement fournies en images qui révèlent que l'explosion a été provoquée par un missile issu d'un chasseur américain modifié technologiquement par les japonais, l'appareil venant sans doute des troupes us installées autour du pays. Une révélation qui suffit à créer la tension entre les deux pays et provoquer la peur et la paranoïa au sein de la population, sauf que l'image est fausse et a été mise en circulation par un dangereux terroriste, Tsuge. Ce dernier n'est autre qu'un des créateurs du programme des Labors, ces robots gigantesque inscrit dans ce quotidien futuriste autant au sein de la police que de l'industrie et des militaire.

L'unité 2 est plutôt ici dépassée par les évènements, Oshii mettant les héros de la série en retrait hormis le perspicace Capitaine Goto et Shinobu Nagumo, au cœur du drame puisque ancienne élève et amante du terroriste. Le personnage gagne en profondeur par rapport à la série et au premier film avec son sérieux et sa froideur mis à mal et constitue le pivot émotionnel du film. Oshii nous montre de façon limpide comment la peur peut faire dériver dans le totalitarisme. L'action initiale (et finalement sans danger) de Tsuge sert ainsi d'élément déclencheur à une peur conduisant réveillant un autoritarisme oublié, la paranoïa crée se voyant soignée par un retour à la loi martiale au sein du pays.

Il est largement sous-entendu que le pays ne s'est jamais débarrassé de ses vieux démons et qu'il suffirait d'un rien les ramener. L'ambiance est ainsi essentiellement nocturne, hivernale et dépressive dans une Tokyo enneigée dont les paysages sont progressivement envahis d'hélicoptères, tanks et soldats à la tunique sombre loin du sentiment de proximité et de la bienveillance suscitée par la blancheur des Labor ou des membres de l'unité. On plonge dans une atmosphère cotonneuse où le style contemplatif d'Oshii fait merveille pour exprimer ce sentiment d'attente inquiète sur les nappes de synthé aérienne de Kenji Kawai.

Tout en questionnant les fondamentaux du Japon, le réalisateur est également visionnaire d'un esprit qui régira l'Amérique et le monde post 11 septembre. Le film Couvre-feu (1998) d'Edward Zwick pille d'ailleurs grandement Patlabor 2 sans jamais approcher sa profondeur. Le plan de Tsuge est d'ailleurs nébuleux et ambigu tout au long du film. Le terroriste est-il nostalgique de ce Japon guerrier et fier ou cherche-t-il à révéler une monstruosité jamais disparue par les réactions que génèrent ses coups d'éclats finalement sans vraie victimes collatérales ?

C'est cette même ambiguïté que l'on peut trouver aussi chez Oshii fasciné dans tous ses films par l'arsenal militaire mais méfiant quant aux puissants qui guident son usage. Le message est d'ailleurs encore plus cinglant que dans le premier film où le gouvernement laissait passer une défaillance technologique dramatique par un intérêt et ici profite d'un contexte particulier pour asseoir son autorité.

Contrairement à ses films suivants où il se montre de plus en plus misanthrope (les deux Ghost in the Shell (1995, 2004), et Avalon (2001 où l'on se détache de l'enveloppe corporelle et de son environnement, l'humanité étant un fardeau) Oshii fait encore ici confiance aux hommes pour rétablir l'homme. Gôto est un personnage toujours aussi captivant d'intelligence et de droiture, les atermoiements de Nagumo sont des plus touchants (ce final somptueux) et on retrouve enfin les joyeux drilles de l'Unité 2 tel qu'on les aime lors du final (Isao le sensible de la gâchette, Noa entichée de son Labor, plus grave dans ce film) qui laisse enfin exploser l'action avec un brio rare (avec Oshii les morceaux de bravoure sont aussi parcimonieux que virtuose le final du premier Patlabor étant toujours aussi mémorable).

Un monument de thriller politique formant un fabuleux diptyque (même si le premier garde ma préférence) pour Oshii. Celui-ci ne signera pas le troisième volet de la saga bien moins prenant en 2001 mais semble vouloir y revenir l'an prochain dans une adaptation live.

Sorti en dvd zone 2 et bluray chez Kaze

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