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dimanche 4 janvier 2026

Lola - Bigas Luna (1986)

Lola s’éloigne de Mario, son amant alcoolique et violent à son égard. Cinq ans plus tard, elle est mariée avec Robert, un chef d’entreprise français, et vit dans son confort bourgeois avec leur fille Ana. C’est à ce moment que Mario retrouve Lola.

Lola est une œuvre de transition dans la filmographie de Bigas Luna, coincée entre les deux périodes phares de sa carrière. Le film précède la fameuse trilogie ibérique du réalisateur (Jambon, jambon (1992), Macho (1993) et La Lune et le téton (1994)) et suit de quelques années ses impressionnants débuts avec la doublette Bilbao (1978)/ Caniche (1979). Lola contient encore en partie la dimension sombre et torturée des premiers films, mais troque leur austérité pour une tonalité plus méditerranéenne, charnelle mais toujours provocatrice que va initier Les Vies de Loulou (1990) puis la trilogie ibérique.  Entre chacune de ces phases, la carrière de Bigas Luna a connu quelques bouleversements. 

Après Bilbao, il tente l’aventure américaine avec Reborn (1981) dont il n’est pas totalement satisfait et végète plusieurs années à Los Angeles sans parvenir à faire aboutir ses projets. Ce séjour aura néanmoins son importance puisqu’il contribue à délaisser les atmosphères claustrophobes et blafarde des débuts pour verser dans l’imagerie lumineuse de Lola et sublimée par la suite dans les grandes œuvres des années 90. Thématiquement aussi, la bascule se ressent même si Lola n’est pas aussi abouti que ce qui a précédé et suivra.

Sortis durant la période de la transition démocratique espagnole, Bilbao et Caniche usait de ce contexte ainsi que de cette liberté nouvelle pour capturer une certaine culpabilité du refoulé dans ses désirs les plus coupables et hors-normes. C’est un pays encore replié sur lui-même et ses maux passés qui s’observe. Lola sort en 1986, avec une Espagne intégrée à l’Union Européenne, versant dans une liberté à la fois de mœurs et économique qui se traduit par la scène d’ouverture parisienne, le dépaysement que représente le pays pour les étrangers et notamment ses femmes – la conversation triviale sur le fessier des Espagnoles plus charnus que celui des française. C’est cet exotisme qui attire Robert (Patrick Bauchau), homme d’affaire français chez Lola (Ángela Molina), séduisante jeune femme. Celle-ci sort d’une relation torride et toxique avec Mario (Féodor Atkine), amant torturé dont la brutalité l’oppresse autant qu’elle la stimule sexuellement. Elle va néanmoins choisir la sécurité ainsi que le confort matériel auprès de Robert avec lequel elle va avoir une fille.

Ce triangle amoureux peut être interprété comme une métaphore de la situation que vit l’Espagne. Robert représente la liberté et le confort de l’Espagne nouvelle, ouverte au libre-échange européen, mais possiblement entravée dans son identité profonde par ce conformisme. A l’inverse Mario symbolise l’attrait dangereux et séduisant pour l’ancien régime plus autoritaire. Bigas Luna orchestre cela sous une approche purement charnelle et pas du tout cérébrale malgré quelques visions surréalistes et oniriques lorgnant sur Bunuel (auquel il a emprunté Ángela Molina qui jouait dans Cet obscur objet du désir (1977)). Si l’entre-deux thématique du film est passionnant, Bigas Luna maîtrise moins l’entre-deux narratif et formel que représente Lola

La sexualité du film n'a ni la provocation des débuts, ni l’inventivité de ce qui suivra. L’esthétique méditerranéenne en reste à une surface cosmétique et publicitaire (même si cela rentre timidement en corrélation avec l’imagerie d’une Espagne capitaliste), sans l’outrance magistrale que l’on trouve dans Jambon, jambon pour le versant rural, et Macho pour la facette urbaine bling-bling. Enfin, la narration s’avère particulièrement laborieuse et répétitive dans ses péripéties, manquant de coup d’éclat pour donner du relief à son triangle amoureux – si ce n’est un épilogue entre le thriller et le récit judiciaire qui tombe à plat. 

Les acteurs rattrapent en partie ces scories, que ce soit une Ángela Molina troublante dans son mélange de crainte et de désir envers un Féodor Atkine tout aussi fascinant en mâle alpha ibérique pavant la voie au Javier Bardem de Jambon, jambon et Macho. Le thriller méta Angoisse (1987) et Les Vies de Loulou permettront à Bigas Luna d’entamer cette mue vers le cinéma à la fois plus efficace, accessible, frontal et provocateur qui feront sa renommée. Lola se termine cependant sur une image sulfureuse contenant tout le sel malsain dont est capable le réalisateur, lorsque la fille de Lola arbore innocemment la pose sexuelle fétiche de sa mère sous le regard aimant et ambigu de son beau-père. 

Sorti en bluray français chez Artus  

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