Dévoreur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que cela intéresse tous mes visionnages de classiques, coups de coeur et curiosités. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau film et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère! Vous pouvez me contacter à justinkwedi@gmail.com, sur twitter et instagram
Tales Tales of Golden Geisha - Ageman, Juzo Itami (1990)
Nayoko est une jeune femme au destin
particulièrement extraordinaire : orpheline, elle a grandi sans l'amour
d'une véritable famille et a été adoptée par une maison de geisha. Et
s'il y a bien quelque chose qui la caractérise, c'est qu'elle porte
littéralement bonheur aux hommes qui la fréquentent... Ce qui n'est pas,
évidemment, sans lui attirer les attentions et les avances de puissants
personnages peu scrupuleux.
Tales of Golden Geisha est une des
propositions les plus originales de la filmographie de Juzo Itami, qui
signe là un mélange détonant de comédie romantique et de satire
corrosive sur le monde politique japonais. Le réalisateur aborde son
brûlot par un angle à la fois familier et inédit. Nobuko Mikyato, son
épouse et actrice fétiche, incarne souvent le grain de sable venant
gripper la mécanique des institutions corrompues qu'Itami dénonce dans
ses films. Mais dans Tales of Golden Geisha,
au lieu d'introduire Nobuko Miyamoto comme la solution et le remède de
cette chienlit, il en fait aussi une poignante victime. Nayoko est une
jeune femme aussi marquée tragiquement par la vie qu'elle n'influe à
l'inverse positivement sur le destin de ses amants auxquels elle porte
chance. Orpheline abandonnée à la naissance, Nayoko va découvrir son
"don" lorsqu'elle sera adoptée dans une maison de geisha et que son
premier bienfaiteur, un moine bouddhiste, va grimper dans la hiérarchie
de son culte après s'être lié à elle.
Dès lors les relations aux hommes de Nayoko sont biaisées, ces derniers
recherchant davantage la chance qu'elle va leur porter que l'amour.
Itami glisse un double jeu de mot teinté d'anglicisme pour définir le
talent de Nayoko qui est une a-ge-man, variation du verbe japonais ageru
qui signifie s'élever, ce qui souligne à la fois l'âge avancé des
puissants réclamant les faveurs de l'héroïne, et ce qu'ils attendent
d'elle, nourrir leurs ambitions plutôt que l'amour. Nayoko, par cette
enfance difficile, oscille entre l'indépendance et l'acceptation de ce
rôle qui, à sa manière, lui permet d'obtenir l'attention et l'affection
qu'elle n'a jamais eue. Presque tous les amants font office de père de
substitution par leur âge avancé, sauf Mondo Suzuki (Masahiko Tsugawa),
banquier poissard qui va se lier à elle sans initialement chercher à
profiter de son don. Itami place au même niveau le "monde flottant" des
plaisirs et celui redoutable des affaires.
Le début du film nous dépeint
avec précision les étapes de formation d'une geisha dans tout leur
charme pittoresque, pour en définitive désamorcer cette poésie et
illustrer la finalité de ce statut, une femme destinée à divertir et
s'offrir à un homme nanti. Les hautes sphères de la banque et de la
politique que nous observerons ensuite se dote de tout le clinquant
vulgaire de ces milieux tels qu'ils s'épanouissaient durant la bulle
économique, et qui de la même façon sous couvert de services servent à
exploiter les individus. Nayoko va passer de la quête sincère de l'amour
à l'acceptation de son statut de porte-bonheur, sans trouver
satisfaction dans les deux cas. et Mondo est en quelque sorte son pendant masculin, hésitant entre sentiments et réussite matérielle.
Itami ne se montre pas aussi méticuleux que dans d'autres de ses films
pour dépeindre les mécanismes de corruption, mais le long passif
japonais en la matière devait être limpide pour les locaux sans avoir à
entrer dans le détail - notamment une sous-intrigue de pot-de-vin
destiné à s'attirer les faveurs d'un potentiel futur premier ministre.
Les hommes en prennent pour leur grade, aussi peu fiable
sentimentalement que professionnellement, prêt à soumettre, trahir et se
renier pour le profit et l'ascension sociale. Le propos est cinglant
mais l'équilibre entre brûlot et une veine introspective plus prononcée
est moins parfait que dans d'autres réussite d'Itami.
Le côté
sentimental prend le pas pour une fois et autorise quelques
rebondissements à l'invraisemblance assumée, une mécanique moins bien
huilée mais qui du coup échappe à la formule installée par Itami
précédemment. Nobuko Miyamoto est une nouvelle fois fabuleuse, en grande
naïve romantique échaudée par la lâcheté des hommes. Un peu trop âgée
pour incarner la jeune fille innocente du début de l'histoire, elle nous
fait oublier ce détail par la candeur habitée de son interprétation,
aussi intense en secrétaire malmenée qu'en geisha adulée. La charge est
acérée mais c'est le côté lumineux, bienveillant et mélancolique de ce
personnage que l'on retient.
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